Harcèlement: peut-on vous remplacer par une plante verte?

  • Harcèlement / VSST

Le remplacement symbolique (ou non) d’un salarié par une plante verte constitue-t-il un acte de harcèlement moral ?

Dans une décision remarquée, la Haute juridiction est venue consacrer le principe selon lequel           “Aucune comparaison, même implicite, ne saurait être durablement imposée entre un salarié et un ficus, quand bien même ce dernier présenterait une stabilité émotionnelle supérieure.”

  Un salarié constate un matin qu'il a été remplacé par une plante verte...

Un salarié d'une usine de retraitement de l'air constate un matin que son bureau a été… remplacé par une grande plante verte (un ficus, selon le procès-verbal). Son ordinateur a disparu, ses dossiers aussi, et une étiquette indique : “Optimisation des ressources – poste végétalisé.”

Après enquête, il s’avère que son supérieur hiérarchique, adepte de méthodes de management “inspirées de la nature”, avait décidé de tester la “photosynthèse organisationnelle”, estimant que :  “La plante produit de l’oxygène sans se plaindre, sans RTT et sans demander d’augmentation.”

Le salarié est invité par son supérier à “prendre du recul sur son rôle” et à “s’inspirer du calme du ficus”... tout en continuant à être rémunéré, mais sans tâches précises.

Au bout de trois semaines passées à rester assis sur une chaise pliante à côté de la plante, il saisit le conseil de prud’hommes pour harcèlement moral. 

Devant les juges, l’employeur soutient que :

-            Il n’y a pas eu sanction mais “expérimentation managériale douce”,

-            Le salarié conservait son salaire,

-            Et surtout que “le ficus n’a jamais officiellement été promu”!

Ayant perdu en première instance et en appel, le salarié se pourvoit en cassation.

La Haute juridiction a donc dû répondre à la question suivante:

Le remplacement symbolique (ou non) d’un salarié par une plante verte constitue-t-il un acte de harcèlement moral ?

    

La mise au placard ne peut prendre une forme botanique

 Pour trancher cette question épineuse, les juges relèvent que :

-            le retrait total des fonctions, combiné à une mise à l’écart physique au profit d’un végétal, constitue une dégradation manifeste des conditions de travail ;

-            le caractère prétendument “philosophique” de la démarche “n’exclut pas l’atteinte à la dignité humaine” ;

-            et surtout, dans un attendu resté célèbre, ils affirment que :

     “Aucune comparaison, même implicite, ne saurait être durablement imposée entre un salarié et un ficus, quand bien même ce dernier présenterait une stabilité émotionnelle supérieure.”

 

Cet arrêt consacre le principe selon lequel :

“La mise au placard ne peut prendre une forme botanique” et rappelle que “l’innovation managériale ne saurait aller jusqu’à la chlorophylle”.

    Ah ah c'est un poisson bien sûr: le SJC n'a pas (encore) perdu la boule!

 

 

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