Rapport d'activité - 2022-2026 : des années folles

  • Congrès 2026

Retrouvez ci-dessous le récit des 4 années d'activité de la Confédération.

C’était inespéré. Le mardi 14 octobre 2025, lorsque le Premier ministre Sébastien Lecornu a prononcé les mots suivants : « je proposerai au Parlement que nous suspendions la réforme de 2023 sur les retraites », beaucoup de militantes et militants CFDT se sont certainement remémorés tous ces mois de combat acharné contre une réforme profondément injuste. La suspension actée le 16 décembre 2025 par l’Assemblée nationale, c’est leur victoire.

Pourtant, l’histoire avait bien mal commencé. Le 17 février 2023, les député·es étaient réunis au Palais Bourbon pour enfin se prononcer sur le décalage de l’âge de départ de 62 à 64 ans. Ce vote n’aura jamais lieu. Ils en ont été empêchés.

Ce jour d’hiver, l’ambiance était électrique sous la coupole, tendue par des semaines de mobilisations historiques, dans toute la France. Au cours de la période précédant ce rendez-vous crucial pour le monde du travail, des millions de femmes et d’hommes étaient descendus dans la rue à cinq reprises à l’appel de la CFDT et de l’intersyndicale. Pacifiquement et avec détermination. Dans des cortèges très « orange », c’est l’injustice de cette réforme qui était scandée haut et fort. Les slogans exprimaient combien cette absence de reconnaissance, après des années de travail - parfois pénible et usant - les touchait dans leur dignité. Cette démonstration de force citoyenne se reproduira encore à neuf reprises en 2023 pour dire non aux 64 ans.

La CFDT a pleinement assumé sa première place. En septembre 2022, trois mois après le Congrès de Lyon, elle a dénoncé la brutalité d’une esquisse de réforme qui n’a qu’un but : faire des économies en actionnant comme seul levier le recul de l’âge légal de départ à la retraite. Fidèle à ses engagements de congrès qui parlent de « retraite à la carte », la CFDT s’est très vite mise en action. Des contacts ont été pris avec les autres organisations syndicales. Cette première intervention - discrète et efficace - a permis d’éviter une adoption en catimini de la réforme, au détour du projet de loi de financement de la sécurité sociale, le PLFSS 2023.

Quelques semaines plus tard, le 10 janvier, la Première ministre, Élisabeth Borne, dévoile son projet de loi et confirme ce que nous redoutions. L’architecture du texte repose entièrement sur deux ans de travail en plus pour tout le monde. Le soir même, la CFDT prend l’initiative de réunir l’intersyndicale sur un mot d’ordre : « Non aux 64 ans ». Une nouvelle étape des relations entre confédérations syndicales, plus matures, plus respectueuses des spécificités des unes et des autres, se dessine sur le plan national.

Sous la verrière de la Bourse du travail de Paris et devant un mur impressionnant de caméras et de micros, la CFDT prend la parole au nom des huit organisations syndicales. Le message est on ne peut plus clair : « Cette réforme va frapper de plein fouet l’ensemble des travailleurs et travailleuses, et plus particulièrement celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt, les plus précaires et celles et ceux dont la pénibilité des métiers n’est pas reconnue. Elle va aggraver la précarité de celles et ceux n’étant déjà plus en emploi avant leur retraite, et renforcer les inégalités femmes-hommes. » Tout est dit. Ces critiques, qui vont alimenter le débat public jusqu’à aujourd’hui, sont décrites en quelques mots.

La CFDT ne prend personne par surprise. Elle porte ces préoccupations depuis plus de vingt ans. Dès 2003, elle a fait de la reconnaissance de la pénibilité l’un de ses combats et n’a cessé d’appeler le patronat à reconnaître l’impossibilité pour certains métiers de travailler plus longtemps. La mobilisation de 2023 s’inscrit dans son histoire.

"Cette réforme va frapper de plein fouet l’ensemble des travailleurs et travailleuses, et plus particulièrement celles 
et ceux qui ont commencé à travailler tôt, les plus
précaires et celles et ceux dont la pénibilité des métiers 
n’est pas reconnue. Elle va aggraver la précarité de celles et ceux 
n’étant déjà plus en emploi avant leur retraite, et renforcer les 
inégalités femmes-hommes."

Les salarié·es et les agentes et agents des fonctions publiques ont très vite perçu la violence des mesures annoncées. En prise directe avec le réel, les sections syndicales CFDT et les militants interprofessionnels multiplient les distributions de tracts dans les entreprises et dans les administrations. Les cédétistes échangent avec leurs collègues, les interpellent sur les inégalités qui découlent d’une réforme qui n’en est pas vraiment une. Repousser l’âge couperet est la disposition la plus basique et la plus injuste qui soit. Toute la CFDT se mobilise et se coordonne. Tracts et « vrai-faux » de la Confédération dans les sacoches, les militants se déploient dans les villes, dans les complexes commerciaux et sur les zones d’activité. Le travail de proximité est intense et porte ses fruits. La réponse du terrain est immédiate et massive. À la grande surprise de nombreux politiques, qui ont perdu le contact avec les électeurs et les électrices, et des employeurs et employeuses peu préoccupés des transformations du travail.

Les 19 et 31 janvier puis les 7 et 11 février 2023, des millions de travailleurs manifestent dans tout le pays. Les mots d’ordre inscrits au feutre sur les banderoles parlent de dignité, de reconnaissance, de sens et de respect. La carte des cortèges est impressionnante. Pas une ville, métropole, préfecture ou sous préfecture, sans son défilé. Pas un secteur professionnel (agroalimentaire, services, construction, éducation, santé, etc.), pas un statut (salariés du privé, fonctionnaires et contractuels, travailleurs indépendants et travailleuses indépendantes, etc.) sans représentation dans la rue. Les manifestations sont colorées, bruyantes, festives et opiniâtres.

Le Gouvernement observe avec dédain ces mobilisations populaires. Durant cette période explosive socialement et démocratiquement, aucun contact n’est noué avec la première organisation syndicale de France. Ni appel, ni rendez-vous. Les ministres multiplient les approximations et les mensonges, affirmant avec aplomb que les femmes seront les grandes gagnantes de la réforme ou que le minimum de pension sera fixé à 1 200 € pour tous et toutes. Les nombreuses interventions médiatiques de la Confédération et les outils de communication distribués par les militants aux élus de la majorité ne les feront pas changer d’attitude. Le Gouvernement d’Élisabeth Borne s’est obstiné dans une surdité interprétée par beaucoup comme de l’indifférence, ou pire, comme de l’arrogance. Mais une chose est sûre : les arguments de la CFDT font mouche auprès de la population.

Jamais au cours de l’histoire sociale récente, le syndicalisme n’a été aussi populaire. Le 16 février 2023, la veille du vote qui aurait pu (qui aurait dû !) annuler le report de l’âge légal, l’opinion publique soutient massivement la mobilisation. Le vote sur l’article 7 du projet de loi qui consacre le passage de 62 à 64 ans n’aura pourtant jamais lieu, empêché par des torrents d’amendements déposés à la dernière minute. Les millions de manifestantes et manifestants qui continuent de descendre dans la rue n’y suffiront pas. Un mois plus tard, le 16 mars 2023, la loi est adoptée par 49-3, sans débat.

La non-réponse à un mouvement social historique par son ampleur, a ouvert une plaie béante jamais cicatrisée. La défiance envers les responsables politiques est énorme. Le sentiment de mépris s’est petit à petit transformé en colère. La CFDT l’a entendue. Jamais nous n’avons baissé les bras, tentant jusqu’au bout de revenir sur les 64 ans et d’arracher du plus pour les salariés et les agents.

Début 2025, lors du malnommé « conclave », la CFDT a fait de l’âge légal, de la reconnaissance de la pénibilité et de l’amélioration de la situation des femmes, les conditions nécessaires et indispensables à un accord. Le Medef a campé sur des positions fermées et dogmatiques. L’organisation patronale est responsable de l’échec d’une négociation qui aurait pu corriger les injustices de la réforme Borne. Le sel est jeté sur la plaie. Et si l’annonce d’une suspension de la réforme à compter du 1er janvier 2026 est vécue comme un soulagement pour des centaines de milliers de travailleurs, cette absence d’empathie, ce mépris des réalités vécues par les gouvernements successifs et le patronat sur la question des retraites laissera un goût amer. Une amertume renforcée par l’attitude d’un Medef arc-bouté, qui refuse de s’asseoir autour de la table de la conférence travail-emploi-retraites en décembre 2025.

C’est dans ce contexte très tendu que la CFDT a agi depuis fin 2022. « La démocratie est en crise » avons-nous alerté à plusieurs reprises. Souvent dans le désert et parfois même sous les critiques ad hominem du président de la République. Mais la réalité est têtue.

" La CFDT a dû déployer son action
dans un enchaînement inédit de crises." 

Depuis l’élection présidentielle de 2022, l’instabilité politique s’est amplifiée de mois en mois. Aucune majorité claire n’est jamais sortie des urnes. Ni lors des législatives organisées dans la foulée de la présidentielle, ni après la dissolution de 2024 qui a scandaleusement dénaturé le sens de l’élection européenne. Lors de ces scrutins, la CFDT a pris ses responsabilités. Dans un communiqué datant de juillet 2024 dont le titre ne souffre d’aucune ambiguïté, Barrons la route du pouvoir à l’extrême droite, elle a demandé « à toutes celles et tous ceux qui sont attachés aux fondements de notre république - la liberté, l’égalité et la fraternité - de se mobiliser ». « La CFDT appelle, partout où un candidat d’extrême droite est présent à voter pour le candidat en face le mieux placé pour l’emporter, quelle que soit sa formation politique », poursuit-elle dans cette prise de position publique. Le sursaut républicain a joué, au grand soulagement de tous les démocrates attachés à la liberté et au respect des droits humains.

La CFDT a pris sa part pour empêcher l’accès au pouvoir de l’extrême droite à l’été 2024. Elle s’est mobilisée également avec le Pacte du pouvoir de vivre au sein d’une coalition de plus de 100 organisations de la société civile organisée. Mais qu’ont fait les responsables politiques de cette mobilisation citoyenne exceptionnelle ? « Le soulagement des résultats ne doit pas se transformer en “surtout, ne changeons rien” sauf à se préparer au pire encore une fois », a écrit Marylise Léon à l’ensemble des députés le 10 juillet 2024, les appelant à agir avec responsabilité. « Ce vote vous oblige », leur a-t-elle lancé. « La société civile qui s’est fortement engagée pour faire barrage à l’extrême droite attend maintenant des transformations profondes. »

Hélas… Beaucoup de responsables politiques n’ont pas été à la hauteur de l’engagement des citoyennes et des citoyens. Au lieu de pacifier le pays, trop se sont, au contraire, appliqués à le fracturer en prenant des décisions clivantes et en adoptant des positions sans nuance.

Au cours de la période 2022-2026, la CFDT a dû déployer son action dans un enchaînement inédit de crises.

En l’espace de quatre ans, le monde s’est mis à tourner différemment sous l’impulsion de certaines nations qui ont basculé dans le pire. Le 24 février 2022, la Russie de Vladimir Poutine a engagé une invasion territoriale d’un autre âge. Les troupes russes se sont enfoncées à l’est de l’Ukraine, plongeant la communauté internationale dans un état de sidération. Quelques années plus tard, Donald Trump est revenu aux manettes de la plus grande puissance mondiale. Son retour au pouvoir nourrit les replis identitaires et décomplexe les régimes séduits par les politiques autoritaires et les coups de menton. Les cartes géopolitiques sont rebattues et distribuées en pagaille. Une preuve de cette recomposition des alliances internationales ? La photo de famille réunissant en septembre 2025, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Kim Jong-Un fait froid dans le dos. Dans ce contexte, l’Union européenne qui veut concilier respect des libertés fondamentales, des droits sociaux, économiques et environnementaux, peine à faire entendre sa voix. D’autant qu’en son sein même, ces principes sont attaqués.

Au Soudan, la guerre civile fait des ravages, causant l’un des plus grands désastres humanitaires du début du XXIe siècle. Au Proche-Orient, la terrible attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, et l’effroyable riposte du Gouvernement Netanyahu en provoquent un autre. La CFDT, solidaire des organisations syndicales israéliennes et palestiniennes, a participé à la grande marche du 12 novembre 2023 pour la République et contre l’antisémitisme en alertant sur le risque de transposition du conflit en France. Elle a inlassablement dénoncé la surenchère macabre et n’a cessé de réclamer la libération des otages, un cessez-le-feu et la reconnaissance de la Palestine par la France, enfin intervenue en septembre 2025.

En Europe, l’extrême droite étend sa toile pour devenir inexorablement une réalité politique. Les élections européennes de juin 2024 l’ont confirmé. Après l’Italie, elle gagne l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et l’Angleterre. Dans une moindre mesure, elle touche également le Portugal et l’Espagne. La France n’est malheureusement pas en reste avec la progression, élections après élections, des scores obtenus par le Rassemblement national.

Face à cette menace, la CFDT, avec le syndicalisme international, a continué à défendre les citoyens contre des politiques nationales basées sur le repli sur soi, les discriminations et la loi du plus fort. Le 16 avril 2024, la CFDT, la CGT et l’Unsa ont organisé une rencontre avec les syndicats DGB allemand et CGIL italienne pour partager leurs expériences de lutte contre la poussée de l’extrême droite et pour afficher un front uni.

Dans de nombreux pays à travers le monde où la liberté syndicale est menacée et les droits humains ne sont pas respectés, la CFDT a mené des actions et des interventions auprès des autorités souvent sans tambour ni trompette, pour plus d’efficacité. Elle a pris la défense des militants syndicaux de Hong Kong enfermés dans les prisons chinoises. Elle a alerté l’opinion publique sur le sort des femmes iraniennes, syndicalistes ou enseignantes, qui ont lancé une grève de la faim en juillet 2022 et elle a dénoncé l’ignoble meurtre de l’étudiante Jina Mahsa Amini en septembre 2022.

La CFDT a toujours fait de la solidarité une des valeurs cardinales de son engagement. Depuis 2022, les changements de gouvernements ont été fréquents. Ils se sont même succédé depuis 2024 à un rythme plus rapide que les battements de jambes de Léon Marchand. Sans ligne claire, ni vision, les politiques au pouvoir ont braqué les regards sur des boucs émissaires désignés comme responsables de l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Des pans entiers de la population ont été stigmatisés. Les immigré·es d’abord, pour donner des gages à l’extrême droite dans le projet de loi rendu public début 2023, inspiré par la préférence nationale qu’elle porte. Un projet de loi qualifié de « déchéance de fraternité » par la CFDT ! Les jeunes des quartiers populaires ensuite, après les émeutes de 2023 à la suite de la mort de Nahel Merzouk tué par un policier. Pointés du doigt plutôt qu’écoutés, les jeunes ont alors été résumés à leur colère plutôt que reconnus dans leurs difficultés et leurs aspirations. Les demandeurs et demandeuses d’emploi aussi,
en réformant à quatre reprises l’Assurance chômage sans évaluation ni bilan mais avec le même objectif : durcir les conditions d’accès et réduire le montant des indemnités alors que la conjoncture se retourne ; ou encore les salariés et les agents, qui ne travailleraient pas suffisamment et seraient à l’origine des problèmes de compétitivité ou de déficit budgétaire ; ou les personnes en situation de pauvreté qui seraient des assisté·es. À chaque fois, la CFDT, toute la CFDT, de la Confédération aux syndicats, est restée fidèle à son histoire. Ouverte aux échanges quand des compromis sont possibles pour construire du progrès social ; ferme dans son refus de laisser passer des injustices et des attaques criantes contre le devoir de solidarité.

" C’est sur la parole des travailleurs
et des travailleuses que la CFDT
bâtit ses revendications."

C’est dans cet esprit que la CFDT a dit « chiche » aux tentatives d’expérimentations de nouvelles formes de dialogue, comme le Conseil national de la refondation (CNR Santé, Logement, Éducation, etc.), les conventions citoyennes comme celle sur la fin de vie (2023) ou les temps de l’enfant (2025). Toutes ces innovations reposent sur une idée séduisante : ouvrir la réflexion et l’implication du plus grand nombre sur ces sujets sensibles. La CFDT s’y est investie sans arrière-pensée. Avec exigence mais sans naïveté. Elle a ouvertement critiqué l’improvisation de l’organisation des CNR. Elle a souligné la qualité des travaux produits dans le cadre de certaines initiatives, comme la Convention citoyenne sur la fin de vie ou le Conseil national de la refondation consacré au logement. Mais finalement, elle a surtout regretté que ces tentatives de faire autrement se soldent le plus souvent par une quasi-absence de concrétisations dans les politiques publiques.

La CFDT a toujours été convaincue qu’une démocratie mature doit impliquer tous les acteurs et toutes les actrices de la société et notamment les représentantes et les représentants de la société civile. C’est l’origine même de la création du Pacte du pouvoir de vivre qui rassemble désormais 63 organisations environnementales, syndicats, associations de lutte contre l’exclusion, mouvements de jeunesse, etc. Ces
échecs répétés, et parfois organisés, sont autant de mauvais signaux envoyés aux citoyens. Leur parole compte peu.

Pas à la CFDT. À la CFDT, c’est sur la parole des travailleurs que l’on construit les revendications. Entre 2022 et 2026, elle a remis le travail au centre des interpellations des employeurs et des élus politiques et l’a installé sur l’avant-scène du débat public. « Faisons du bruit sur le travail ! » Un travail épanouissant, reconnu et valorisé ! Un travail sur lequel chacun et chacune peut agir.

Ces derniers mois, les craintes liées au chômage ressurgissent brutalement. Certains secteurs sont très fragiles, les plans sociaux s’accélèrent. Avec détermination, la CFDT fait des propositions pour sécuriser les transitions professionnelles, et se bat dans les entreprises et les fonctions publiques pour maintenir l’emploi. Emploi et quotidien de travail sont liés. Le travail évolue à une vitesse inédite. Les repères bougent : en quelques années, l’intelligence artificielle s’est invitée dans nos vies pour le meilleur mais aussi pour le pire. Comment ne pas être saisi de vertiges devant l’immensité des changements provoqués par cette technologie ? À tort ou à raison, l’opinion dominante reste la même : l’IA fait peur. Souvent mal anticipée par les entreprises et les administrations malgré les alertes de nos élus, elle n’en finit pas de transformer le quotidien des travailleurs, qu’ils soient cadres, infirmières et infirmiers, techniciennes et techniciens, agentes et agents d’entretien, enseignantes et enseignants, conducteurs et conductrices, développeurs et développeuses, aides à domicile, ouvrières et ouvriers, comptables, caissières et caissiers, postières et postiers, agentes et agents de préfecture, artisanes et artisans, indépendantes et indépendants… qui ont souvent le sentiment de la subir. À l’instar du numérique, la question n’est pas de savoir si nous sommes pour ou contre l’IA - elle fait partie de nos vies - mais de se donner les moyens d’en maîtriser les effets sur le travail ou l’environnement, avec celles et ceux qui vivent ces transformations au quotidien. À tous les niveaux, la CFDT œuvre pour que ces évolutions technologiques ne se fassent pas sans progrès social et alerte sur leur impact environnemental et la nécessaire sobriété dans ses usages.

En décembre 2022, se sont ouvertes les Assises du travail. Pendant quatre mois, la CFDT a participé activement aux douze ateliers et événements territoriaux organisés dans ce cadre. Elle a été force de propositions sur l’organisation du travail, l’articulation entre le dialogue social et le dialogue professionnel, la mise en place du Compte épargne temps universel (Cetu), l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle. Deux ans plus tard, les suites se faisant attendre, la CFDT publie sa propre vision du travail avec Le Travail que nous voulons qui décrit ses priorités et les décline en fiches actions à destination des équipes syndicales. La CFDT a ouvert dans le même temps un laboratoire d’idées pour penser les transformations du travail et les faire résonner : les Places du travail réunissent des chercheurs et chercheuses, des militants associatifs et syndicaux, des chef·fes d’entreprise.

Agir sur le travail pour la CFDT, c’est agir non seulement sur les conditions de travail, c’est prévenir l’usure des organismes, c’est aussi donner du sens au travail, être acteur et actrice de son organisation, de ses transformations. C’est améliorer les parcours et favoriser les évolutions professionnelles.

En s’appuyant sur ces démarches d’anticipation des transformations auxquelles les travailleurs sont confrontés, la CFDT a multiplié les interventions médiatiques (entre 2022 et 2026, on dénombre plus de 200 interventions médiatiques de Laurent Berger puis de Marylise Léon, numéros 1 de la CFDT, auxquelles s’ajoutent celles des secrétaires nationales et nationaux), les interpellations des responsables politiques et des employeurs dans les entreprises et les administrations. À chaque fois, nous alertons sur la nécessité de consolider, de renouveler et de financer durablement la protection des travailleurs (La Protection sociale que nous voulons, juillet 2025), ou encore d’opérer urgemment une transition écologique juste de notre modèle productif.

C’est maintenant qu’il faut agir. Depuis le Congrès de Lyon, le réchauffement climatique a entraîné l’accélération de catastrophes naturelles (incendies, inondations, etc.) d’une ampleur inédite. Dans certaines régions, les travailleurs de plusieurs secteurs d’activité l’ont subi de plein fouet (agriculture, bâtiment, logistique, éducation, etc.).

Il n’y aura pas de transformation écologique sans transition juste. Et pas de transition juste sans prise en compte des réalités de travail. L’implication des travailleurs est une des clés de réussite de cette mutation. Les revendications de la CFDT et les dispositifs d’accompagnement des militants ont été rassemblés dans un Manifeste pour la transition écologique juste publié en décembre 2023. La conférence de presse, organisée pour son lancement, a mis en lumière de premières actions très concrètes engagées par des équipes syndicales sur leurs lieux de travail : aménagement d’ateliers pour supporter des températures excessives, modifications des temps de travail, signature d’accords pour des plans de déplacements doux, etc. L’accord national interprofessionnel sur la transition écologique, signé quelques mois auparavant par la CFDT, témoigne de la volonté affichée alors par les partenaires sociaux de relever les défis qui s’imposent aux entreprises.

La mécanique est lancée. Elle ne doit surtout pas être enrayée par un manque d’investissements et des choix budgétaires qui relèguent les priorités environnementales en bas de page. Les Sentinelles vertes l’ont bien compris. Ce réseau de militants, issus de fédérations et de régions, en fait sa raison d’être. Son objectif ? Interpeller les employeurs via nos élus du personnel sur les conséquences du dérèglement climatique dans les entreprises et administrations. Monter au créneau sur les lieux de travail, c’est aussi lutter contre la petite musique du backlash écologique jouée sur tous les tons. Ce travail en réseau est une nouveauté. Il a plusieurs vertus. Il permet de s’enrichir des visions des différents champs professionnels et territoires, et favorise la mutualisation.

" Des syndicats rencontrés,
écoutés, considérés."

S’engager différemment, plus ponctuellement ou sur des sujets précis, c’est ce que la CFDT a commencé à expérimenter au cours de ce mandat. Ces innovations répondent aux aspirations de militants expérimentés mais aussi aux nouvelles générations qui nous rejoignent.

Fidèle à ses engagements du Congrès de Lyon, pour mieux identifier les attentes des militantes et des militants, la Confédération a lancé une grande tournée des syndicats en 2023. Le Rendez-vous des syndicats a duré près de sept mois. 180 rendez-vous, plus de 700 syndicats rencontrés, écoutés, considérés. Jamais la CFDT n’avait effectué un tel état des lieux de son organisation.

Il a permis des échanges entre des femmes et des hommes engagés, investis, motivés, souvent passionnés et courageux, ne comptant pas leurs heures. Des femmes et des hommes qui se disent aussi débordés, sous la pression de l’urgence, quelquefois découragés. Une surcharge militante aggravée dans le privé par les ordonnances de 2017, dans le public par la diminution du temps syndical, et accentuée par la difficulté à élargir le cercle des militants investis. Ces rencontres ont permis à chacun de s’exprimer sur ses attentes : plus de lisibilité sur le « Qui fait quoi », plus de qualité de vie militante, plus d’efficacité auprès des salariés et des agents, une communication mieux ciblée. Ces attentes constitueront la base des chantiers lancés pour renforcer l’organisation. Le top départ de la Fabrique du changement a retenti.

Les fondations de la CFDT de demain ont été posées avant le Congrès de Bordeaux. À la suite de l’organisation d’Effervescence(s) en juin 2024 à Orléans, une formation ayant réuni 230 jeunes militants de la CFDT repérés pour monter en responsabilité, le Bureau national a décidé d’inviter systématiquement des jeunes de moins de 35 ans aux instances nationales. Deux d’entre eux ont participé à leur premier Bureau national en septembre 2025. C’est un signal fort qui leur est envoyé. Les jeunes ont toute leur place dans la CFDT. Ils sont invités à rejoindre les sections de leur entreprise ou de leur administration, à s’investir dans les syndicats. Toutes les structures doivent être à l’unisson pour les écouter plus encore et incarner un syndicalisme résolument moderne.

Mais la modernité ne se décrète pas. Elle impose d’être en prise avec les évolutions de la société. Dans cet esprit, la CFDT a pleinement assumé son qualificatif de syndicat féministe en avril 2024 dans un manifeste inédit pour une organisation syndicale. Ce manifeste s’inscrit dans l’histoire de la CFDT en faveur des droits
des femmes.

Écologique, féministe… La CFDT affiche un visage résolument contemporain par sa capacité, aussi, à prendre le temps de Se projeter dans l’avenir à travers des débats, des conférences et les universités d’été avec ses militants. Le temps est devenu une donnée et parfois une contrainte majeure pour tout citoyen. Le temps des loisirs, le temps de la formation, celui de l’information, le temps du travail bien sûr. Un temps qui s’étire de plus en plus du matin au soir, parfois la nuit. Qui répond de moins en moins à un rythme hebdomadaire bien réglé. C’est pour tenir compte de cette évolution du rapport au temps que la CFDT revendique depuis plusieurs années la création du Compte épargne temps universel dit Cetu. Un compte qui donne la possibilité à chacun de reprendre possession de son temps pour des projets personnels, pour s’occuper d’un membre de sa famille, pour faire une pause. Une première pierre a été posée en 2024 pour la future création de ce nouveau droit. Un accord signé avec l’Union des entreprises de proximité (U2P), malgré l’opposition des autres organisations patronales, en dessine les contours. L’universalité et la portabilité du Cetu, telles que créées dans l’accord, permettraient à chaque salarié, quelles que soient son entreprise et la taille de celle-ci, d’épargner du temps et de l’utiliser au gré de ses besoins ou de ses choix tout au long de sa carrière professionnelle. Cette avancée importante pour les travailleurs attend encore une traduction dans la loi pour être effective.

C’est également avec cette volonté d’écrire de nouveaux droits que la CFDT a obtenu la possibilité pour les salariés et les agents des fonctions publiques de partir en retraite progressive dès 60 ans. Un droit bien réel celui-là, depuis le 1er septembre 2025.

Malgré un patronat, qui tout au long de ces quatre années, a mis les deux pieds sur le frein, répétant à l’envi que la seule solution pour relancer l’économie c’est « moins de contraintes, moins de normes, moins de coûts, moins de régulations ». À plusieurs reprises ces quatre dernières années, nous nous sommes confrontés à l’immobilisme d’un Medef et d’une Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) incapables de penser plus loin que le bout de leurs intérêts. La négociation du Pacte de la vie au travail, qui aurait dû être un préalable et non une issue à la réforme des retraites, a échoué à « construire les voies et moyens nécessaires pour améliorer l’emploi et le travail, notamment des seniors ». Les voies de passage ont rarement débouché. Une petite brèche dans les ordonnances Travail, ô combien symbolique, a été ouverte par l’accord transposé par la loi : la fin de la limitation à trois mandats successifs pour les élus du comité social et économique (CSE) en septembre 2025. Mais, même lorsque des accords nationaux interprofessionnels, comme celui sur le partage de la valeur ont été signés, le patronat s’est employé à ne pas les respecter. Malgré des engagements écrits, le constat est clair : les résultats des négociations dans les branches, globalement, n’ont pas été à la hauteur des enjeux, sur la mixité des métiers, pas plus que sur les classifications. Les gouvernements successifs ont prêté une oreille attentive à cette obsession du coût du travail. En ne réclamant aucune contrepartie aux exonérations de cotisations sociales par exemple, ils se sont privés de ressources importantes. Idem en refusant d’ouvrir le chantier d’une fiscalité plus juste et mieux répartie.

Et pendant ce temps ? De plus en plus de travailleurs, parmi lesquels celles et ceux qu’on appelle si bien les « Essentiel·les » pour notre pays, ont sonné l’alerte de salaires qui ne suffisent plus à pouvoir vivre dignement. Le pouvoir d’achat devient la préoccupation principale des salariés. La conférence sociale sur les salaires en octobre 2023 aurait pu y apporter des réponses. Dans le cadre du diagnostic réalisé, le gouvernement reconnaît pour la première fois la réalité : oui, il existe des travailleurs pauvres. Mais au-delà des constats, cette conférence s’est heurtée à l’absence d’ambition du gouvernement et du patronat. C’est donc au sein de chacune des branches et des entreprises qu’il a fallu que nos élus livrent bataille pour obtenir des revalorisations salariales. Parfois avec succès, mais sans pouvoir inverser la tendance de fond.

Livrer bataille aussi dans les fonctions publiques. Le 20 octobre 2023, après dix-huit mois de négociations difficiles, la CFDT et l’ensemble des organisations syndicales représentatives, à l’exception de Force ouvrière (FO), ont signé un accord interministériel sur la protection sociale complémentaire.

Cet accord se déploie petit à petit pour les fonctionnaires, contractuels, ouvriers de l’État, stagiaires, apprentis, etc. Il doit être décliné dans chaque ministère, chaque établissement public dépendant de l’État. Après avoir longtemps renâclé, les fonctions publiques hospitalière puis territoriale se sont mises au diapason… sur le papier. Pour les collectivités, un amendement adopté en juin 2025 a repoussé au 1er janvier 2029 l’obligation de se doter de contrats de prévoyance collectifs. Quant à la Fonction publique hospitalière, c’est toute la mise en place qui a été de nouveau repoussée à 2028, tant sur le volet complémentaire santé que prévoyance. La CFDT a remis la pression pour que les engagements des employeurs soient enfin respectés.

Elle a également exercé cette pression dans la rue, en intersyndicale, en décembre 2024. Le mot d’ordre de cette mobilisation des fonctions publiques ? Contre l’augmentation du nombre de jours de carence et la baisse de l’indemnisation des jours d’arrêt maladie, et pour une amélioration du pouvoir d’achat.

Quelques jours plus tard, le passage à trois jours de carence a été abandonné. Mais concernant l’amélioration du pouvoir d’achat, les organisations syndicales se sont heurtées à un mur, malgré l’absence d’attractivité de la fonction publique et les nombreux postes vacants.

Arc-boutés sur des principes économiques présentés comme intangibles, les gouvernements successifs et les employeurs n’ont que très rarement été à l’écoute des voix qui demandaient une fiscalité plus juste. Résultat, la période 2022-2026 a été marquée par une répétition de crises budgétaires. Dès mars 2024, devant l’ampleur du déficit, la CFDT a réclamé l’organisation d’une Conférence des finances publiques réunissant État, partenaires sociaux et collectivités. L’idée ? Mettre tous les acteurs autour de la table et étudier les pistes - toutes les pistes, sans tabou - pour réduire le coût de la dette dans un esprit de justice sociale et d’équité fiscale. Cette proposition est restée lettre morte. Les Gouvernements Attal, Barnier et Bayrou ont privilégié la bonne vieille méthode d’un budget dessiné par quelques-uns et sans aucune concertation. Avec le résultat que l’on connaît.

C’est une occasion manquée - une de plus - pour renouveler le rapport entretenu par les politiques avec les acteurs de la société civile. Ce sujet a constitué le programme de la dernière Université syndicale d’été (USE) organisée fin août 2025 dans un Bierville rénové. Pour la première fois, un Premier ministre a été invité à s’expliquer devant des syndicalistes CFDT de toutes les régions et de tous les secteurs professionnels. Pour la CFDT, il était devenu de plus en plus anormal de laisser le Medef monopoliser la parole du monde du travail à chaque rentrée de septembre. À Bierville, François Bayrou, en sursis, a entendu (tout comme la ministre du Travail présente elle aussi) les réactions et les revendications portées par la voix de Marylise Léon. Des revendications ancrées dans le réel et le quotidien de tous les militants. Des revendications qui portent un projet de justice et d’émancipation de la société.

Entre 2022 et 2026, la CFDT a fait la démonstration de la force qu’elle représente. Forte de ses adhérents et de ses militants, elle a fédéré, structuré et incarné un mouvement qui a marqué l’histoire sociale du pays. Elle a démontré une capacité à composer avec toutes les facettes de l’action syndicale : l’écoute des travailleurs, la délibération et la construction collective de revendications, la négociation, la recherche de compromis et, quand cela est nécessaire, la contestation. Elle a réaffirmé des valeurs fondamentales et non discutables - le respect des droits humains, la liberté, l’égalité entre les individus quelles que soient leur origine, leur couleur de peau ou leurs orientation sexuelle.

Le 8 avril 2025, la mesure de la représentativité pour la période 2021-2024 l’a démontré : pour la deuxième fois consécutive la CFDT est montée sur la plus haute marche du podium des organisations syndicales, secteur privé et fonction publique confondus. Elle a même creusé l’écart avec sa dauphine. Cette première place, elle la doit au travail quotidien des représentantes et des représentants CFDT sur tous les lieux de travail et dans toutes les régions. Elle la doit aussi à la force incroyable que constituent les 640 000 adhérents. En 2023, les effectifs de la CFDT ont augmenté de plus de 20 000 personnes. Ils ne l’ont pas quitté depuis, fidèles à une organisation dans laquelle ils se reconnaissent.

L’histoire écrite entre 2022 et 2026, c’est aussi le passage de témoin de Laurent Berger à Marylise Léon, le 21 juin 2023 lors d’un Bureau national extraordinaire et un événement réunissant au Zénith de Paris plus de 2000 militants qui représentaient la richesse et la diversité de la CFDT. Ce passage de témoin est à l’image d’une organisation apaisée et renforcée. La CFDT est aujourd’hui un acteur incontournable de la démocratie. Les responsables politiques et patronaux ne peuvent pas faire sans. Elle doit cette position enviée par beaucoup - mais qui lui donne énormément de responsabilité - à tous les salariés et les agents qui lui font confiance. Elle la doit surtout à vous tous et toutes qui la faites vivre tous les jours.

NOUS SOMMES LE 22 JANVIER 2026, LE BUREAU NATIONAL VIENT D'ADOPTER CE RAPPORT D'ACTIVITE. L’HISTOIRE QUI S’ÉCRIRA JUSQU’À NOTRE CONGRÈS DE JUIN 2026, NOUS LA PARTAGERONS ENSEMBLE, DANS NOS INTERVENTIONS À BORDEAUX.

Une commission exécutive confédérale au contact des équipes CFDT

carte de france illustrant les 655 déplacements de la commission exécutive confédérale CFDT sur la mandature 2022-2026

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