Congrès de la CES : le dumping social au cœur des débats

Publié le 01/10/2015

Cette troisième journée du Congrès de Paris a été marquée par la présentation de l’équipe candidate à la direction de la CES, autour de Luca Visentini qui devrait être élu secrétaire général vendredi. Par ailleurs, le congrès a adopté plusieurs motions d’urgence sur les attaques contre le droit de grève au Royaume-Uni et en Espagne, sur la remise en cause de la législation sur la santé au travail et la répression dont sont victimes les journalistes turcs et kurdes.

Au troisième jour du Congrès, Veronica Nilsson, probable future secrétaire générale adjointe de la CES, a présenté le pilier III de la feuille de route de la CES pour les quatre ans à venir. Celui-ci, intitulé « un socle de normes sociales ambitieuses », couvre un large spectre. Il propose, entre autres, de mettre fin aux inégalités de traitement entre hommes et femmes, à la précarité et aux attaques contre le droit de grève notamment en Espagne et au Royaume-Uni. Il s’oppose également au mécanisme de règlement des litiges prévu dans le futur traité transatlantique (TTIP) et refuse que les services publics soient intégrés à ce traité. « Si ces conditions ne sont pas réunies, nous nous y opposerons », confirme Veronica Nilsson.

Un protocole de progrès social dans le prochain traité

Le pilier III mentionne aussi la nécessité d’aller vers la mise en place d’un revenu minimum et des emplois décents respectant des normes sociales et environnementales. Il propose l’adoption d’un protocole de progrès social dans le prochain changement de traité, protocole auquel la CFDT et l’Unsa qui parlent d’une seule voix au sein de la CES sont très attachées. Il réaffirme, par ailleurs, que les migrants sont un atout pour la société européenne. Un pan important de ce document fait référence à la lutte contre le dumping social, proposant la création d’une agence de lutte contre la fraude transfrontalière, les « entreprises boîtes aux lettres », etc.

Ce thème de la lutte contre le dumping social fait d’ailleurs l’objet d’une table ronde. En cause, bien sûr, « la directive sur les travailleurs détachés qu’il faut revoir… en même temps que celle sur le travail temporaire qui laisse trop de marges aux employeurs pour contourner les lois locales », constate Kjell Skjarvo, de la fédération européenne du bâtiment (FETBB). La situation dans les transports, secteur particulièrement exposés au dumping social est dénoncée par la représentante de LO-Suède et celui de la fédération européenne des transports (ETF). Pour Mladen Novosel, président du syndicat croate SSSH-UATUC, « les pays nouvellement intégrés ne sont pas épargnés par ce fléau. » De nombreux salariés bosniaques viennent travailler en Slovénie ou en Croatie pour améliorer leur quotidien. « Nous essayons d’informer ces travailleurs sur leurs droits, mais il faut aussi renforcer l’inspection du travail », suggère-t-il.

Une pétition pour une Europe des transports juste

« Nos meilleurs alliés dans ce combat contre le dumping social, ce sont ces travailleurs eux-mêmes que nous devons prendre en charge et associer à nos actions collectives », confirme Philippe Martinez, de la CGT. De son côté, Eduardo Chagas, de la Fédération des travailleurs des transports, présente l’initiative citoyenne de son organisation : une pétition pour laquelle il espère recueillir un million de signatures  afin d’amener les autorités européennes à légiférer pour « une Europe des transports juste ». « Les bons employeurs peuvent aussi constituer des alliés, ils sont aussi victimes du dumping social », affirme Karl-Petter Thorwaldsson président de LO-Suède. Bart Vannetelbosch de la Fédération européenne de l’agriculture, de l’alimentation et du tourisme (EFFAT) ne dit pas autre chose : « Il faut protéger la compétitivité juste mais aussi se garder de limiter la circulation des salariés qui est un droit européen fondamental. »

dblain@cfdt.fr

 

   

L’équipe candidate à la direction de la CES

Luca Visentini, secrétaire général; Veronica Nilsson, secrétaire générale adjointe; Peter Scherrer, secrétaire général adjoint; Liina Carr, secrétaire confédérale; Esther Lynch, secrétaire confédérale; Montserrat Mir Roca, secrétaire confédérale; Thiébaut Weber, secrétaire confédéral.