Pour une stratégie industrielle efficace
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Les organisations syndicales, membres du collège des salariés de l'industrie au sein du CNI, partagent le constat d’une situation critique pour l’industrie européenne, et plus encore pour l’industrie française.
Cette situation n’est pas une fatalité, elle est le résultat de choix politiques et économiques opérés depuis plus de vingt ans.
Les politiques industrielles ont trop souvent privilégié une logique de financiarisation de court terme, fondée sur la compétitivité par le coût du travail, la compression de l’emploi, la dérégulation sociale et environnementale, et la distribution massive d’aides publiques sans pilotage stratégique ni contreparties suffisantes.
Cette orientation n’a ni relancé l’investissement productif, ni sécurisé les parcours professionnels, ni renforcé durablement notre appareil industriel.
Les conséquences sont aujourd’hui visibles :
• Des délocalisations massives, y compris au sein de l’Union européenne, alimentées par une mise en concurrence destructrice des travailleurs, des territoires et des systèmes sociaux (dumping social, fiscal et réglementaire, notamment environnementale) ;
• Une concurrence intra-européenne exacerbée, liée à l’inégale capacité des États à soutenir leurs industries ;
• Une désindustrialisation persistante, malgré des milliards d’euros d’aides publiques ;
• Un affaiblissement de filières stratégiques – chimie, automobile, métallurgie, industries de transformation – faute de vision de long terme, de coordination territoriale et de sécurisation des chaînes de valeur, fragilisant notre souveraineté industrielle et nous rendant dépendants de décisions prises hors de nos territoires.
Il est temps de tourner la page de ces politiques inefficaces et de bâtir une stratégie fondée sur l’investissement productif, la qualité de l’emploi, la formation tout au long de la vie, une juste rémunération du travail et une transition écologique juste.
Cette inaction ne peut plus durer, d’autant que le contexte économique mondial est marqué par une intensification de la concurrence pour l’accès aux ressources industrielles stratégiques, aux technologies clés et aux capacités de production.
Dans ce contexte de recomposition des équilibres économiques et industriels,
L’Europe et la France ne peuvent rester en retrait : sans maîtrise de leurs approvisionnements critiques, elles perdent leur capacité à produire, à planifier et à maintenir des emplois industriels. La souveraineté industrielle n’est pas un slogan : c’est une condition essentielle de notre sécurité économique, énergétique et technologique.
Lors du comité exécutif du Conseil National de l’Industrie du 15 décembre, le gouvernement a appelé les organisations syndicales à soutenir le renforcement des outils européens de défense commerciale, aujourd’hui trop lents et trop complexes.