Portugal : un vent d’optimisme

Publié le 24/05/2019

Dix ans après la crise financière, le Portugal remonte la pente. La cure d’austérité passée, les indicateurs économiques sont aujourd’hui au vert. Une nouvelle ère s’ouvre pour ce pays profondément européen.

« Je compte bien rester vivre et travailler au Portugal dans les années à venir. » Sandra Santos, 40 ans, technicienne supérieure en santé et sécurité au travail dans une entreprise de montage de chaudières, située à Pombal (dans l’ouest du pays), est revenue au Portugal depuis deux ans, après avoir bourlingué en Europe et en Afrique. « Il y a beaucoup moins de chômeurs qu’auparavant.

Les Portugais sont moins tentés de partir à l’étranger d’autant qu’on a maintenant une bonne qualité de vie, des services de santé de haut niveau et presque gratuits. » Dix ans après la crise financière de 2008, qui avait plongé le pays dans une effroyable récession, l’heure est à l’optimisme de Porto à l’Algarve en passant par Lisbonne.

À l’image de Sandra, les Portugais ont à nouveau confiance en l’avenir. Il faut dire que tous les indicateurs économiques du pays sont au vert et font rêver plus d’un voisin européen. En 2017, la croissance était de 2,8 % et si elle s’est un peu tassée depuis, elle était à 2,1 % en 2018, elle devrait avoisiner les 2,2 % en 2019. De même, le taux de chômage, qui dépassait les 17 % en 2013, a chuté et poursuit sa baisse à 6,3 % cette année. Quant au déficit public, qui représentait encore 3 % en 2017, il a chuté à 0,5 % en 2018, soit un meilleur résultat qu’attendu et au plus bas depuis l’avènement de la démocratie, en 1974. Enfin, le niveau de formation de la jeunesse portugaise a fortement progressé, dépassant même la moyenne européenne. Il paraît loin, le temps où la main-d’œuvre portugaise était réputée peu chère et sous-qualifiée. Seule ombre au tableau, le développement touristique paraît plus fragile. 

Lisboa reaIl a « profité » des printemps arabes qui ont vu une partie de la clientèle choisir des pays plus sûrs. Mais, là aussi, le pays affiche une volonté de diversifier son offre, de la « dézonaliser » afin qu’elle ne se concentre pas seulement sur la période estivale, et de proposer d’autres formes de tourisme.

Les économistes restent donc prudents et relativisent cette success story. Pour beaucoup, ces chiffres positifs correspondent surtout à une phase de rattrapage. La croissance vient tout juste de permettre au pays de retrouver son PIB d’avant la crise. Cependant, l’endettement public et privé du pays demeure élevé. Les Portugais n’ont pas fini de rembourser leurs dettes et les marges de manœuvre du pays restent encore étroites. Tout en restant dans les clous européens, le gouvernement arrivé au pouvoir en 2015 a quand même pu prendre quelques mesures sur le pouvoir d’achat et relancer, modestement, l’investissement public. De quoi favoriser une plus grande redistribution des richesses.

Une embellie relative

« Après les années de crise et les ajustements imposés par la Troïka*, le Portugal connaît une nouvelle embellie », confirme João Proença, l’ancien secrétaire général de l’UGT (União Geral de Trabalhadores), l’une des deux centrales syndicales portugaises. Pour autant, il tient à relativiser certains indicateurs : « Les salaires ont augmenté mais restent peu élevés. Le revenu minimum n’est qu’à 676 euros (580 euros sur quatorze mois). La baisse du chômage ne repose pas uniquement sur la reprise d’activités mais également sur le départ à l’étranger de nombreux Portugais ces dernières années. » Pour lui, le plan d’ajustement et de réductions des déficits publics imposé par la Troïka a certes ramené le budget portugais à l’équilibre mais il a considérablement fragilisé certains secteurs publics, notamment l’enseignement. « Aujourd’hui, on sent encore de grandes disparités entre les activités qui connaissent déjà la reprise et celles qui l’attendent encore. »

”Nous savons ce que l’Europe nous apporte”

Pour autant, ces années de crise n’ont pas entamé l’enthousiasme européen des Portugais. « Nous avons tout à fait conscience de ce que l’Europe nous apporte », affirme Sandra Santos, qui met en avant l’importance de la libre circulation des travailleurs dans toute l’Union et les nombreuses entreprises étrangères installées au Portugal.

De plus, 75% des exportations du pays se font au sein de l’Union, principalement vers l’Espagne, la France et l’Allemagne. L’Union européenne a accompagné le pays pendant la crise et, aujourd’hui encore, le Portugal est l’un des pays bénéficiaires nets des budgets européens. Ses exportations profitent largement
du marché unique, le pays touche d’importants fonds structurels européens et de la politique agricole commune (PAC). Depuis quelques années, l’économie portugaise s’est même internationalisée et a gagné des parts de marché significatives.

Le consensus autour des bienfaits de l’Europe est plutôt partagé. De là à s’exalter pour les élections européennes, il y a un pas que Sandra Santos ne franchit pas : « Ça ne passionne pas pour l’instant », concède-t-elle.
« Le risque d’abstention est élevé, regrette João Proença, mais nous avons des élections législatives quelques mois après [octobre] et les européennes pourraient bien servir de test. » Seule certitude, les députés portugais ne renforceront pas l’extrême droite dans le nouveau Parlement européen. Malgré la crise qu’ils ont traversée, les Portugais n’ont jamais cédé aux sirènes du populisme.

* La Troïka : la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international. Elle a prêté 78 milliards d’euros au Portugal pendant la crise.

dblain@cfdt.fr

©Photos Fred Marvaux/RÉA - Tobias Gerber/LAIF - RÉA 

 

   


Un cure d’austérité sans précédent

Après une décennie perdue (2001-2008) comme l’appellent les économistes en raison de la faible croissance du PIB, le Portugal, qui est entré dans l’Union européenne en 1986, est percuté par la crise financière internationale. Celle-ci va durer de 2008 à 2014. 

Dès 2009, le pays entre en récession (– 2,9 %). Le pic de la crise (– 4 %) est atteint en 2012. Le chômage, lui, passe de 7,6 % en 2008 à près de 17 % en 2013 !

À partir de 2011 et jusqu’en 2014, les Portugais vont subir une cure d’austérité sans précédent. Les dépenses publiques chutent et des politiques très libérales sont mises en œuvre : des privatisations ont lieu dans les secteurs de l’énergie, des transports et des communications ; des coupes budgétaires sont faites dans la santé ; l’emploi public baisse ; le traitement des fonctionnaires cadres diminue de 20 % ; les carrières et rémunérations du public sont gelées ; des communes fusionnent ; les impôts augmentent. Le secteur privé n’est pas oublié : le salaire minimum est gelé ;
la rémunération des heures supplémentaires est divisée par deux ; le temps de travail et les licenciements individuels sont facilités tandis que les indemnités baissent.

La pilule est dure à avaler pour les Portugais. La reprise se fait sentir à partir de 2014, ce qui permet au gouvernement socialiste élu en 2015 de sortir progressivement de cette logique d’austérité. Le pays retrouve une croissance positive dès 2017.