Mine de Soma : les syndicats turcs dénoncent « un meurtre »

Publié le 22/05/2014

Au congrès de la CSI qui se déroule du 18 au 23 mai à Berlin, le drame minier de Soma est présent dans tous les esprits et souvent évoqué lors des différentes interventions.

Tout de noir vêtu, Kivanç Eliaçik, responsable international de la Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie (Disk), porte le deuil des 301 mineurs morts le 13 mai à Soma. « Nous affirmons que cet événement tragique n’est pas un accident, mais un meurtre », assène le leader, voix posée et regard déterminé. Pour le syndicat Disk, c’est le système de sous-traitance en cascade, la recherche du profit maximal au moindre coût et les normes de sécurité défaillantes qui sont les causes premières de cette tragédie. « Au moment du sauvetage, les responsables ne connaissaient même pas le nombre exact de mineurs restés coincés au fond. Dans un puits de mine où tout doit être réglé au millimètre, c’est inconcevable, » s’indigne Kivanç Eliaçik.

Dénoncer le « meurtre » de Soma est aussi une réponse au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, dont le commentaire lors de sa visite sur le lieu du drame : « Les accidents sont dans la nature même des mines. », avait beaucoup choqué. Deux semaines avant l’explosion, le Parlement, largement dominé par l’AKP, le parti de Tayyip Erdogan, s’était opposé à la demande d’ouverture d’une enquête parlementaire sur la sécurité dans les mines.

Le front populaire

La colère du peuple s’est traduite par d’énormes manifestations dans tout le pays, durement réprimées par la police. « Il y a eu beaucoup de violences policières. Kani Beko, le président de notre syndicat [Disk] a été hospitalisé, il a partiellement perdu la vue et l’ouïe. » Dans le même temps, à Soma, les syndicats locaux organisaient un mouvement de solidarité envers les familles des mineurs. « Des étudiants et des volontaires sont venus de partout pour apporter leur aide, raconte Kivanç Eliaçik. La police les a interpelés, elle a également arrêté des syndicalistes et des juristes engagés dans la défense des victimes et de leur famille. » 

Mais la révolte populaire risque de coûter cher au premier ministre, candidat à l’élection présidentielle en août prochain. Aujourd’hui, les autorités turques promettent de tout mettre en œuvre pour établir les responsabilités. Une enquête est en cours et huit dirigeants, dont le PDG de la société minière Soma Kömür, Can Gürkan, ont été placés en détention.

« Disk demande que les dirigeants de la société, mais aussi le premier ministre et les membres du gouvernement concernés, les ministres du Travail et de l’Énergie, soient traduits en justice », affirme Kivanç Eliaçik.

Le syndicat exige que la Turquie signe la convention n°174 de l’Organisation internationale du travail, sur la prévention des accidents industriels majeurs, afin que la sécurité des travailleurs des mines soit assurée. Enfin, un appel à la solidarité syndicale internationale est lancé afin de venir en aide aux familles des victimes.

mneltchaninoff@cfdt.fr

   
Dans un courrier adressé le 19 mai aux présidents des deux syndicats Türk-Is et Disk, Laurent Berger a exprimé sa profonde émotion devant la catastrophe de Soma et la solidarité de la CFDT avec les syndicalistes turcs, dans leur combat pour obtenir des conditions de travail décentes et plus sûres.
 
   


photo © Ufuk Kosar /Nar Photos Rea