Le chômage mine une jeunesse grecque qui pense souvent à l’exil

Publié le 10/04/2014

58 % de chômeurs chez les 15-24 ans, 36 % chez les 25-34 ans ! « C’est un désastre, une véritable déstructuration de la société », commente Iaonnis Poupkos, le délégué Jeunes de la GSEE,  la Confédération syndicale grecque. « Les plus diplômés quittent le pays, les autres restent au chômage ou cantonnés dans la précarité, poursuit-il. Même le salaire minimum leur est refusé ou plutôt accordé… mais à moins 32 %, en raison de leur âge ». Il ne fait pas bon être jeune et grec. Illustrations. 

Dimitra Jkatzoflia, 28 ans. Après avoir travaillé plusieurs années comme designer graphique, Dimitra a repris des études de sculpture. Son diplôme en poche, elle est restée deux ans au chômage. « J’ai dû retourner vivre chez mes parents. Sans aide, je dépendais totalement d’eux. » Déprimée, se sentant inutile, entourée de jeunes gens dans la même situation, «c’était très difficile de se motiver », affirme-t-elle. Elle a pensé à partir à l’étranger « en dernier ressort, si je ne trouvais rien ». Depuis un mois, elle est réceptionniste dans un hôtel où elle gagne 750 €. Pour elle, le futur ne s’annonce pas brillant. « On doit payer nos dettes et ça va demander du temps, pense-t-elle, et je ne suis pas sûre que le gouvernement ait envie qu’on s’en sorte. »

YannisYannis Kagelounis, 28 ans. « Je travaille 6 mois par an pendant la saison touristique. Je transporte les touristes de l’aéroport à leur hôtel. » Le reste du temps, Yannis galère. Il touche 360 € par mois au chômage. « Insuffisant pour vivre à Athènes, lâche-t-il, l’hiver est très difficile ». Il économise l’été en prévision des six mois suivant. « L’hiver prochain, je le passerai en Serbie où la vie est moins chère. » Yannis ne voit pas la situation nationale s’améliorer.

Theano 28Theano Maniati, 29 ans. Aux ressources humaines de la Banque nationale de Grèce, Theano gagne en moyenne 1 000 € par mois. Depuis le début de la crise, elle a vu son salaire réduit de plus de 200 €. « Cela a modifié mon comportement de consommatrice, raconte-t-elle, je réfléchis à deux fois avant d’acheter et j’épargne plus qu’auparavant. » Theano, qui vit avec ses parents,  convient cependant que « c’est suffisant pour vivre dans la dignité ». En revanche, ces réductions de salaires ont été dramatiques pour certains de ses collègues endettés. Pour autant, Theano se veut optimiste... « sur le long terme, pondère-t-elle, ce qui manque ce sont des investissements dans notre économie. »

EfiEfi Damigou, 23 ans. Elle vient de finir ses études de marketing et de communication. Depuis, elle cherche du travail, envoie des CV. « Les entreprises ne me répondent même pas, s’étonne-t-elle, j’ai fait mes études pendant la crise, je ne me doutais pas que ce serait aussi difficile. » Certains des étudiants de sa fac ont réussi à rester dans les entreprises où ils faisaient des stages : « ils travaillent 12 h par jour et parfois le week-end pour 500 € par mois ». Efi envisage de reprendre des études supérieures en Angleterre ou au Pays-Bas. Elle garde son optimisme mais reconnaît qu’autour d’elle, « les jeunes ne croient plus les politiques » et ne pense pas que la situation puisse s’améliorer rapidement.

Dimitra et Dimitra Vazou et Elentina Talimazi, 20 ans. Ces deux étudiantes en statistiques ont été touchées par la crise à travers leurs parents. « Leurs revenus ont diminué, observe Dimitra, nous ne pouvons plus passer les vacances sur les îles comme auparavant. » Elentina constate autour d’elle que de nombreux étudiants sont en grande difficulté pour régler leurs factures courantes. « Dans l’avenir et dans notre secteur, qui est nouveau, nous savons que ce sera difficile de trouver du travail mais on espère tout de même rester en Grèce, disent-elle, nous aimons notre pays et nous voudrions l’aider. »

Oreste 2Oreste Lagouvaraos Kotronis, 19 ans. « Mes parents sont fonctionnaires, ils ont perdu 20 % de leur salaire avec la crise », commence Oreste. Il constate beaucoup de détresse autour de lui. « Ma copine n’a pas pu prendre de vacances l’été dernier », regrette-t-il. Pour autant, cet étudiant a décidé de consacrer ses études à la finance et voudrait travailler dans la bourse, « pas pour gagner beaucoup d’argent. On peut faire ce travail proprement. » L’Europe l’a beaucoup déçu. « Elle n’est pas solidaire, surtout l’Allemagne, elle défend les intérêts des classes supérieures », estime-t-il. Pour lui, « la solution est socialiste. Il nous faut un système plus juste comme en Suède ou en France. »

BillVasilis Georgopoulos, 29 ans. Il est au chômage depuis un an. Il a travaillé avec son père qui avait un magasin de bonbons. Ce dernier a fermé en raison de la crise en 2012. Vasili ne touche aucune allocation. « Je ne peux rien faire, je suis dépendant de mes parents qui sont retraités maintenant, c’est très déprimant », confie-t-il. Il envisage de partir à l’étranger mais n’a pas de réseau et espère ne pas avoir à en arriver là. Sur les questions européennes, il se dit agacé par le comportement des grandes nations : « On en a marre de les entendre nous dire ce qu’on doit faire. »

Photos ©Vasilis Garaganis