Chine : les conflits sociaux évoluent

Publié le 14/01/2015

Selon un rapport du China Labour Bulletin dirigé par Han Dongfang, l’industrie chinoise connaît ses premières délocalisations et les conflits collectifs qui vont avec. Les salariés réclament de meilleures rémunérations, mais pas seulement. La nécessité d’un vrai dialogue social se fait sentir.

Au moment où la Chine devient la première puissance économique mondiale et quelques semaines après la révolte de Hongkong, que les autorités chinoises se sont abstenues de réprimer dans le sang, un rapport de China Labour Bulletin (CLB), une ONG que soutient politiquement et financièrement la CFDT, montre que les choses bougent aussi sur le plan social. CLB est une ONG qui a pour objectif d’ouvrir la voie à un règlement pacifique et efficace des conflits du travail en Chine. Entre 2011 et 2013, CLB a recensé 1 171 cas de grèves et manifestations. Des conflits collectifs liés à l’évolution économique de l’Empire du milieu.

Le pouvoir d’achat des Chinois a peut-être a augmenté mais la croissance à deux chiffres des années 2000 est passée. En 2014, elle est retombée à 7,4 % (7,7 % en 2013) en raison de la crise et de la baisse de la consommation dans les pays européens et aux États-Unis. Dans le même temps, les coûts de production ont augmenté et notamment ceux du travail. Entre 2010 et 2013, le salaire moyen des ouvriers chinois a progressé de 50 %. Aussi, les entreprises chinoises tentent-elles de contenir ces coûts en restructurant ou en délocalisant vers le Bangladesh, le Cambodge ou à l’intérieur même du pays, là où le travail ne coute pas cher. C’est notamment le cas des entreprises employant beaucoup de main-d’œuvre (textile, jouets, etc.). Les secteurs plus technologiques s’engagent plutôt sur des fusions.

60 millions d’intérimaires

Pour réduire le coût du travail, de nombreuses entreprises évitent de recourir aux heures supplémentaires et de payer des primes. Le travail en heures supplémentaires étant majoré, « les directions ont introduit un système de forfait horaire », affirme le rapport. D’autres réduisent les allocations logement (partie intégrante du contrat de travail) ou encore « oublient » de payer la sécurité sociale ce qui est l’origine de plusieurs conflits importants. Enfin, d’autres encore recourent à l’intérim. Soixante millions de salariés étaient employés avec ce statut en 2011.

Sur les 1 171 cas de conflits observés par le CLB, 40 % se sont produits dans l’industrie, secteur particulièrement touché par le ralentissement de la croissance, dû à la baisse de la demande venue d’Europe, des États-Unis et du Japon. Les autres secteurs concernés sont les transports (chauffeurs de bus et de taxi) et les services (éboueurs, enseignants). Les raisons de ces conflits sont d’abord salariales. Si le niveau de rémunération des travailleurs chinois a progressé, il reste insuffisant pour vivre décemment et trop faible par rapport à l’inflation sur le logement et l’alimentation.

900 000 « permanents syndicaux »…inopérants

Selon le rapport du China Labour Bulletin, tous ces combats ont conduit les travailleurs à revendiquer une représentation des salariés. Le syndicat officiel, ACFTU, avec ses 900 000 permanents ne répond pas à cette demande. Au point que Xi Jinping, le président chinois, ait demandé aux membres du syndicat de renforcer leur travail de terrain pour être davantage à l’écoute des salariés. Mais il semblerait que le message ne soit pas passé… De leur côté, « les employeurs réagissent au mieux avec mépris, mais souvent avec des stratégies d’intimidation voire de répression (…) », constate le CLB. Certes, il existe un droit du travail mais il ne prévoit pas de sanctions pour ceux qui ne le respectent pas. « Quant à la négociation, celle-ci demeure pour l’instant une pratique marginale », observe le CLB.

En revanche du côté des pouvoirs publics, on note une diversité de postures selon les régions et leurs intérêts. Le gouvernement intervient « soit en réformant, soit en rétablissant l’ordre », selon CLB. Dans le privé, les politiques se montrent souvent neutres et laissent aux entreprises le soin de régler leur conflit. « Pour autant, la répression d’actions jugées menaçantes pour l’ordre social reste une pratique courante, rappelle le rapport. Sur les 1 171 conflits recensés, les forces de l’ordre sont intervenues 239 fois dont 150 directement dans les usines. »

Les ONG : un relai temporaire

En l’absence de syndicats libres et de représentation du personnel, c’est la société civile chinoise qui s’y colle. Des ONG (comme China Labour Bulletin), des associations locales ou des réseaux d’avocats prennent le relai en proposant « de l’aide juridique pour les salariés victimes d’accident du travail par exemple, mais aussi en promouvant la négociation collective avec des formations et en apportant soutien matériel et stratégique lors de conflits. Notons que ces ONG font régulièrement l’objet de répression policière », ajoute le CLB.

Enfin, le rapport conclut sur une note relativement optimiste pour le syndicalisme. L’analyse de CLB montre le réel besoin de dialogue social ressenti par les travailleurs chinois. De leur côté, les ONG ne pourront remplacer durablement les syndicats car elles sont situées en dehors de l’entreprise. Par ailleurs, le discours politique sur la nécessité de « redynamiser » le syndicalisme pourrait conduire à des évolutions favorables à une représentation syndicale du personnel dans les entreprises.

dblain@cfdt.fr