"Un nouveau contrat social pour renforcer la cohésion et la solidarité dans l'Union"

Publié le 28/06/2012 à 00H00
Ignacio Fernandez Toxo, président de la CES et secrétaire général des commissions ouvrières (CC.OO - Espagne) et Bernadette Ségol, secrétaire générale de la CES, signent sous ce titre une tribune dans _Le Monde_daté du 27 juin 2012.

Ainsi l'Union européenne ne sortira de la spirale de crises dans laquelle elle est embourbée qu'en posant des choix politiques forts. Parmi ces choix, il en est qui concernent directement la 'communauté de destin' qui lie les citoyens européens. Ce n'est qu'en renforçant la cohésion et la solidarité que l'Europe pourra sortir de la crise par le haut.

C'est à cette tâche que s'attelle la Confédération européenne des syndicats (CES). Réunis les 5 et 6 juin, les dirigeants syndicaux européens se sont unanimement prononcés en faveur d'un nouveau contrat social pour l'Europe.

Un tel contrat, à débattre à tous les niveaux, doit se fonder sur trois piliers : la démocratie sociale - c'est-à-dire notamment le respect des négociations collectives -, la gouvernance économique au service d'une croissance durable et d'emplois de qualité, et enfin la justice économique et sociale (par le biais de politiques de redistribution, la fiscalité et la protection sociale).

Aujourd'hui, l'Europe est prise au piège de l'austérité. Les coupes budgétaires accentuent la récession ; la récession aggrave les déficits ; la détérioration des finances publiques amène les gouvernements, sous la pression européenne, à renforcer les politiques d'austérité.

La boucle est bouclée, le piège se referme. Dans cette spirale désespérée, une majorité de gouvernements s'en prend aux systèmes de protection sociale, aux salaires, au droit du travail et jusqu'aux droits fondamentaux.

Le résultat de bientôt trois années de politiques d'austérité, de dérégulation et de privatisations est aujourd'hui tangible : explosion du chômage, asphyxie de l'économie, montée des inégalités, émergence d'un nouveau 'précariat' et, au final, désespoir social.

Un cocktail explosif, que la Confédération européenne des syndicats est bien placée pour en mesurer tous les dangers.

Au-delà même de la question sociale, c'est la démocratie qui est mise en péril, alors que se renforcent les droites nationalistes un peu partout en Europe. L'histoire nous enseigne que lorsque la démocratie vacille, ce sont les droits fondamentaux qui s'affaissent.

L'Europe doit radicalement changer de cap. Sortir de la crise par le haut signifie certes renforcer la gouvernance économique, mais non pour imposer des dévaluations internes ou un vaste programme européen d'austérité. Cette nouvelle gouvernance doit au contraire être mise en oeuvre pour relever les défis d'une prospérité durable.

Autrement dit, elle doit soutenir la coopération et la coordination des politiques économiques et des investissements au service d'une économie bas carbone. Elle doit s'inscrire dans un cadre politique et institutionnel clair, qui reflète cette communauté de destin, par l'intermédiaire notamment de la création d'euro-obligations, le renforcement du rôle de la Banque centrale européenne dans la gestion de la crise, une convergence et une harmonisation des politiques fiscales (les bases taxables des entreprises autant que les taux), la mise en place rapide de la taxe sur les transactions financières, et une lutte beaucoup plus déterminée contre les paradis fiscaux.

Pour rester fidèle à l'objectif d''amélioration des conditions de vie et de travail permettant leur égalisation dans le progrès' inscrit dans les traités, cette nouvelle gouvernance doit en outre assurer des emplois de qualité, des salaires justes, l'égalité de traitement et une bonne protection sociale.

Des appels se font de plus en plus pressants pour des politiques de croissance. La Confédération européenne des syndicats se joint à ces appels, tout en mettant en garde sur le contenu de cette croissance et sur les moyens de la relancer. Nous ne croyons pas que les réformes structurelles du marché de l'emploi créent de la croissance, encore moins de la prospérité durable.

A la veille d'un Conseil européen crucial pour l'avenir de l'Union européenne, les 28 et 29 juin, la Confédération européenne des syndicats appelle tous les acteurs de la scène européenne - Commission, Conseil, Parlement européen, mais aussi gouvernements nationaux, organisations patronales, etc. - à s'engager dans ce débat pour un nouveau contrat social pour l'Europe.