[Mise à jour] Covid-19 : Venezuela, le mouvement syndical répond à l'appel de l'ASI

Publié le 25/03/2020

[Mise du jour du 25 mars 2020] Le mouvement syndical international a répondu à l'appel de l'ASI.
Dans une lettre adressée à Nicolas Maduro, le président du Venezuela, et à Juan Guaido, le leader de l’opposition, ainsi qu’au mouvement syndical international, l’Alliance syndicale indépendante (ASI) demande la constitution d’une Union nationale dépassant les clivages politiques pour faire face à une crise sanitaire encore aggravée par le coronavirus.

     


[Mise à jour du 25 mars 2020]
Le mouvement syndical se met en marche pour le Venezuela

A la suite de l’appel urgent de l’Alliance syndicale indépendante (ASI) du Venezuela, le mouvement syndical a fortement réagi. A la CFDT, Laurent Berger a appuyé les revendications de l’ASI. Il a adressé une lettre à Luca Vissentini, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), et à Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), rappelant que ces deux organisations auxquelles la CFDT est affiliée ont « un rôle à jouer auprès des institutions internationales pour inciter les leaders politiques du pays à ouvrir un dialogue le plus rapidement possible pour permettre l’intervention d’une aide internationale humanitaire d’urgence. »

La CSI et son affiliée régionale la CSA (Confédération syndicale des Amériques) ont réagi promptement en publiant une adresse aux institutions internationales et au gouvernement vénézuélien revendiquant la mise en place de plusieurs mesures d’urgence. Elles demandent tout d’abord la levée des sanctions imposées par les Etats-Unis et l’Union européenne. Elles veulent que le FMI, la Banque interaméricaine de développement et la Société andine de développement offrent une aide financière d’urgence au pays. De même, elles appellent à un renforcement de la coopération sanitaire entre l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation panaméricaine de la santé et les autorités vénézuéliennes. Elles demandent également au gouvernement de tout mettre en œuvre pour protéger les travailleurs du secteur informel déjà sévèrement touché.  Enfin, elle presse le gouvernement de réunir tous les acteurs politiques, économiques et sociaux dont les organisations syndicales pour trouver des solutions à cette crise. 

     

 

« Nous écrivons ces lignes imprégnées d'angoisse et de la plus terrible douleur devant les chiffres de 77 Vénézuéliens infectés par le coronavirus et de 21 000 cas testés*, ce qui nous montre la progression vertigineuse de l'infection virale dans la population.  L'inquiétude augmente lorsque les conditions et l'infrastructure des services de santé publique ne sont pas en mesure de contenir les ravages du virus sur les personnes infectées. » Ainsi commence la lettre de l’ASI, une organisation syndicale qui mène un programme de coopération étroit avec la CFDT depuis sa création en 2015, adressée à Nicolas Maduro et à Juan Guaido, respectivement président de l’exécutif et leader de l’opposition au Venezuela. Cette lettre les met en demeure de s’entendre pour faire appel à l’aide internationale. Pour la centrale syndicale, il ne s’agit pas d’une « proposition d'accord politique national ou de dialogue entre le gouvernement et l'opposition pour administrer le pouvoir » mais « d'une décision historique pour la vie, de millions d'êtres humains qui peuvent être infectés dans notre pays et des centaines d’entre eux peuvent mourir. »

Selon l’ASI, les conditions de délabrement du pays sur les plans économique, social, sanitaire exigent que les deux parties trouvent « un accord politique, juridique et constitutionnel nécessaire pour aller de l'avant et prendre des décisions, au-delà du discours et du patriotisme. »

Dans ce sens, l’ASI propose que l’Assemblée nationale fasse appel à une aide internationale humanitaire avec le soutien de prêts et contrôle le budget. Cette aide devrait être gérée par les organisations internationales avec « la participation des forces armées, de l'exécutif national, des structures de l'État, de l'administration publique et de ceux qui contrôlent le système de santé publique. » Pour l’ASI, cette décision doit être prise dans les heures qui viennent tant la situation est dégradée dans le système de santé mais aussi dans les réseaux de distribution de l’alimentation et les services publics de base.

Pénurie de carburant et de denrées alimentaires

Plus précisément dans le domaine de la santé et de l'assainissement, l’ASI demande la constitution d'un comité scientifique Covid 19 et que soit défini « les mécanismes permettant d'appliquer des solutions à court et à long terme pour aborder et résoudre les problèmes des services publics de base : eau, électricité, gaz et collecte des déchets solides. » De plus « un programme de nettoyage approfondi et de désinfection spécialisée de tous nos hôpitaux et centres de soins de santé publique, en particulier dans les domaines de l'unité de soins intensifs, de l'hospitalisation, de la chirurgie, de la maternité, des salles d'opération, des consultations et des salles d'attente, ainsi que de toutes les sources d'infection possibles » doit être mis en place. L’ASI appelle également que soit trouvée une réponse à la pénurie de carburant et que des denrées alimentaires soient distribuées à l’ensemble de la population sans discrimination.

Une prestation extraordinaire pour cessation d’activité

Dans le domaine du travail et des droits, l’ASI demande que soit accordée « une prestation sociale extraordinaire en espèces pour la cessation d'activité de tous les travailleurs vénézuéliens en raison des conséquences de la pandémie de coronavirus » mais également « le maintien des salaires et/ou les revenus de tous les travailleurs touchés pendant la crise. » L’organisation syndicale exige que les travailleurs soient exonérés du paiement de l'électricité, de l'eau, du gaz, des services téléphoniques et des taxes tant que la situation dure. Sur les lieux de travail, elle demande l’application « du protocole de sécurité réglementaire. »

Les responsables des mouvements syndicaux internationaux et européens, également destinataires de cette lettre, pourraient réagir dans les heures et jours à venir.

dblain@cfdt.fr

*Chiffres officiels peu fiables. La réalité est probablement bien pire.