[Entretien] “La légitimité de l’OIT est inattaquable”

Publié le 05/06/2019

Cyril Cosme, directeur du bureau pour la France, réaffirme l’importance de l’Organisation internationale du travail (OIT) au moment des célébrations de son centenaire.

 

Marcel Crozet officielle CCosmeComment résumer l’OIT ?

C’est une agence des Nations unies spécialisée dans les champs du travail, de la protection sociale et du dialogue social. C’est la plus ancienne des organisations multilatérales ; elle est née en 1919, en même temps que la Société des Nations. L’OIT a un mandat qui promeut la justice sociale et un travail décent pour tous.

Une de ses spécificités est le tripartisme : c’est la seule structure internationale dont la gouvernance est assurée par les gouvernements de 187 États membres et les partenaires sociaux (un collège employeurs et un collège salariés).

L’OIT est-elle encore pertinente aujourd’hui ?

Sa longévité démontre qu’elle est restée pertinente à toutes les époques. Aujourd’hui, le message des fondateurs, « Il n’y a pas de paix durable sans justice sociale », reste d’actualité. Le chômage des jeunes, le sous-développement et la pauvreté sont des facteurs majeurs d’instabilité géopolitique. La légitimité de l’OIT demeure inattaquable. De plus, sa production normative, qui vise à réguler et encadrer les droits des travailleurs sur le plan international, est très vivante.

L’OIT mobilise également ses ressources en faveur des politiques de développement durable. Enfin, elle propose à ses mandants des formations, des analyses, des statistiques, des recherches qui les aident à comprendre les mutations du monde du travail d’aujourd’hui.

Quels sont les enjeux du 100e anniversaire ?

L’un des enjeux de ce centenaire est de faire en sorte que nos membres soient en mesure d’établir des priorités au cours de la Conférence internationale du travail (CIT) de ce mois de juin, afin de relever le défi des transformations du travail. En janvier, la Commission mondiale sur l’avenir du travail a rendu une dizaine de recommandations parmi lesquelles la formation tout au long de la vie ; la sécurisation des parcours professionnels ; le renforcement du dialogue social, de la protection sociale, etc.
Ces avancées ne seront effectives que si elles s’inscrivent dans le cadre de garanties collectives négociées avec des partenaires sociaux solides et représentatifs. C’est ce que veut mettre en avant l’OIT pour éviter un retour à une conception individualiste des relations de travail.

Quelles sont les avancées sociales marquantes de l’OIT ces dernières années ?

Je citerais la convention sur le travail domestique, adoptée en 2011. Elle s’est révélée très importante pour beaucoup de pays émergents puisqu’elle a favorisé des politiques de transition vers l’emploi formel et a permis l’accès aux droits des salariés concernés. La convention sur le travail des gens de mer est également notable. C’est un domaine d’emplois complètement mondialisé. Elle modernise tous les textes existants dans le secteur maritime et ce qui est remarquable, c’est qu’elle a été négociée entre les employeurs et les organisations syndicales.

dblain@cfdt.fr

©Photos Bao Dandan/REA - Marcel Crozet photo officielle Cyril Cosme

   

 

Vers une convention contre le harcèlement et les violences au travail

 À l’occasion du centenaire de l’OIT, la Conférence internationale du travail (CIT) devrait adopter une convention contre le harcèlement et les violences au travail sur laquelle une commission planche depuis plusieurs années. Les débats lors des précédentes CIT ont permis d’avancer sur une définition unique de « violence et harcèlement », celle du terme « travailleur », et la définition élargie du « monde du travail ». Cependant, il reste encore des points à traiter tels que l’impact de la violence domestique sur le monde du travail ou la prise en compte de groupes de travailleurs plus exposés à la discrimination et aux inégalités. La CFDT sera présente au sein du groupe des travailleurs afin que soit ratifié le projet de convention.