Rapport d'activité - Agir contre les idées d’extrême droite

  • Congrès 2026

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NOTRE PROJET EN 2022

Le 21 avril 2002, la présence de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle avait suscité une réaction immédiate de plus d’un million de citoyennes et de citoyens descendus dans les rues le soir même et/ou se mobilisant le 1er mai suivant pour une grande manifestation pour faire barrage au Front national. 20 ans plus tard, le Congrès de la CFDT se déroule quelques semaines après une élection présidentielle qui a placé pour la deuxième fois consécutive l’extrême droite aux portes du pouvoir. Ni fatalité, ni résignation : la résolution de Lyon le souligne dans son article 10.11 : nous combattons depuis toujours l’extrême droite parce qu’elle « pervertit le débat public et corrompt les valeurs de la République. C’est elle qui ne parle de laïcité que pour mieux réprimer la liberté de conscience. C’est elle qui n’invoque l’universalisme que pour occulter, voire justifier, les discriminations. C’est elle, enfin, qui fantasme le peuple pour mieux stigmatiser les “minorités”, où elle enferme celles et ceux qu’elle veut opprimer. »

Agir contre les idées d’extrême droite

Décembre 2022 :  état des lieux - auprès de secrétaires générales et généraux d’unions régionales et de fédérations - sur le rapport à l’extrême droite de nos structures, responsables et militantes et militants.

16 avril 2024 : évènement « Ensemble contre l’extrême droite » à la Bourse du Travail. Co-organisé avec la CGT, l’Unsa, des syndicats allemands et italiens pour échanger sur le combat contre les idées d'extrême droite sur le lieu de travail.

Janvier 2025 : création d’une délégation à la démocratie et à la lutte contre l'extrême droite au sein de la CFDT. 

Septembre 2025 : lancement de la tournée Démocratie pour permettre aux adhérentes et adhérents et militants de s’exprimer sur les menaces identifiées contre la démocratie et les moyens d’y faire face. 

AGIR ENSEMBLE FACE À L’EXTRÊME DROITE : L’ÉTAT DES LIEUX DE 2022

Au sortir du Congrès de Lyon, nous disposions de deux ans avant de prochaines élections politiques, en l’occurrence les européennes de juin 2024. La Confédération met ce temps à profit pour reposer sa stratégie de lutte contre les idées d’extrême droite. Les temps ont changé : avec 89 député·es élus en juin 2022, le Rassemblement national (RN) est devenu la deuxième force politique à l’Assemblée nationale.

Elle se notabilise en y obtenant 2 vice-présidences. La ligne résumée dans « on ne débat pas avec l’extrême droite, on la combat » est réinterrogée par des sections, des syndicats, des structures interprofessionnelles qui n’ont que des députés RN sur leur territoire. De nouvelles questions se posent : que faire si on veut des relais politiques nationaux ? Que leur dire quand ils viennent à notre rencontre, dans les entreprises lors de restructurations ? Comment expliquer que nous tournions le dos à un député quand une large part de nos collègues ont voté pour lui ?

Pour objectiver ces remontées, la Confédération initie fin 2022 un état des lieux auprès de secrétaires générales et généraux d’unions régionales et de fédérations. Les sujets sont passés au crible sans tabou : la contestation de la position de la CFDT visà- vis du RN pendant les élections, le rapport à l’extrême droite de nos adhérentes et adhérents, et militantes et militants, les contacts avec les élu·es des sections, l’image des députés sur le territoire (le cas échéant), les meilleurs moyens d’agir pour la suite, etc.

C’est à partir des enseignements tirés par cet état des lieux que le Bureau national débat et valide notre nouvelle stratégie en novembre 2023. Cette stratégie articule « savoir-faire » et « faire savoir » en coordonnant plusieurs leviers et actions, autour de 3 axes :
Mener la bataille culturelle et renforcer notre place dans la lutte contre l’extrême droite aux yeux de l’écosystème politique et du grand public.
Établir un plan d’action interne ciblé par cercles concentriques : responsables, élus, militants, adhérents.
Élargir le cercle d’acteurs (organisations syndicales, patronales, de la société civile organisée, think tank, universitaires, etc.) avec lesquels nous pouvons travailler.

ÉLECTIONS EUROPÉENNES ET DISSOLUTION DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE : LE BARRAGE CFDT

Lors des élections européennes de 2024, nous avons pu mettre en oeuvre le premier axe. Nous avons mené une campagne active pour mettre en lumière les intentions de l’extrême droite et sensibiliser aux dangers qu’elle représente pour le monde du travail. À travers divers événements, publications et collaborations avec d’autres organisations notamment européennes, la CFDT a mis en avant l’importance de voter pour des candidates et candidats qui défendent les droits sociaux, le respect des diversités et l’unité européenne. La CFDT a par ailleurs adhéré en 2023 au Manifeste et au Réseau international des syndicats antifascistes.

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En savoir plus : Élections européennes : des outils à disposition de nos militantes et nos militants 

Lors de la campagne des européennes en 2024, la CFDT a mis à disposition des militantes et militants des outils qui montrent pourquoi nous considérons que l’extrême droite représente un danger mortel pour le projet européen : une fiche repère intitulée «  Élections européennes 2024 : ensemble, combattons l’extrême droite en Europe ! », des analyses des votes des partis d’extrême droite notamment la synthèse d'une étude d'expertise, réalisée par un cabinet d’audit indépendant, ainsi qu’une série de visuels pour les réseaux sociaux  « Ensemble contre l’extrême droite ». 

Un webinaire a été organisé le 14 avril « L’extrême droite, montrons son vrai visage » avec Nonna Mayer, sociologue politique à Sciences Po, spécialiste de l’extrême droite. La CFDT a également initié une rencontre de syndicats européens « Combattre l'influence de l'extrême droite sur le lieu de travail », le 16 avril avec la Fondation Friedrich Ebert, la CGT, l’Unsa, la CES, le DGB et la CGIL.

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Hélas, le résultat est conforme aux prévisions des sondages. La liste menée par Jordan Bardella pour le RN est largement en tête avec 31,37 % des voix. Le soir même de l’annonce des résultats, le président de la République dissout l’Assemblée nationale.

La CFDT se mobilise pour éviter que le désastre des européennes ne se reproduise. Nous alertons de nouveau sur les risques d’une majorité RN. Marylise Léon écrit aux adhérents, une vaste campagne de communication est déployée.

Plusieurs sections qui communiquent sur les dangers du programme de l’extrême droite sont confrontées à une interdiction de la part de leur employeur ou employeuse, au motif qu’il ne s’agirait pas d’un thème syndical quand il est, au contraire, central pour les travailleurs. Une expertise juridique nous donne raison et permet aux sections concernées de disposer des argumentaires et modalités confirmant qu’il était tout à fait possible d’aborder ce sujet.

Cette campagne a également été menée de façon active avec le Pacte du pouvoir de vivre et un ensemble d’autres organisations.

Dans l’entre-deux tours, nous appelons à faire barrage aux candidats d’extrême droite dans chaque circonscription en demandant de voter pour le candidat opposé, quel qu’il soit. Le soir du second tour, c’est le soulagement de voir que le front républicain a fonctionné. Le RN est très loin d’obtenir la majorité. Nous sommes soulagés certes, mais aussi meurtris.

Pendant la campagne, plusieurs responsables nous signalent que des messages de la CFDT n’ont pas atteint leur cible. Certains mots - « barrage », « apolitique », « extrême droite » - ont été remis en question par nos militants. Il est temps de mettre le 2e axe d’acculturation et de formation en mouvement.

DÉFENDRE LA DÉMOCRATIE, UNE AFFAIRE SYNDICALE

Au deuxième semestre 2024, la CFDT a choisi de structurer et d’opérationnaliser en interne sa lutte contre l’extrême droite à travers un ensemble de dispositifs coordonnés. Après la création d’une délégation consacrée à la démocratie et à la lutte contre l’extrême droite, la Confédération organise un réseau de militants « Démocratie » formés sur le sujet, aptes à organiser des débats, mutualiser des pratiques, proposer des formations et élaborer des argumentaires et guides. Ces militants proviennent de toutes les URI et fédérations ainsi que l’UCC (Union confédérale des ingénieurs et cadres) et l’UCR (Union confédérale des retraités). Ce réseau permet des actions conjointes en appui aux réseaux créés en région (par exemple en Île-de-France, en Bretagne, dans les Hauts-de-France, en Centre-Val de Loire en 2025) et au sein des fédérations (EFRP [Enseignement, formation, recherche publiques] ou Interco) ou des unions comme l’UCR.

Pour nourrir le débat et outiller les militants, la CFDT met en avant différents supports et initiatives. En 2025, plusieurs dynamiques collectives se consolident. Les sollicitations pour organiser des débats se multiplient dans les régions (Bretagne, Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Centre-Val de Loire), auprès des réseaux thématiques (TPE [Très petits entreprises], Efop [Emploi, formation, orientation professionnelle], travail, développement, lutte contre les discriminations, égalité professionnelle, etc.). La coopération entre la Confédération, les fédérations, et les unions s’approfondit.

Au niveau européen, la CFDT participe à un projet de réseau syndical franco-allemand de défense de la démocratie, mené avec la DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund, en français la Confédération allemande des syndicats), et d’autres syndicats français (CGT, Unsa).

Enfin, le Bureau national lance en septembre 2025 la tournée Démocratie. Dans un climat politique instable, il s’agit de permettre aux adhérents et militants de s’exprimer sur les enjeux démocratiques, d’ouvrir le débat sur la manière de faire vivre la démocratie sociale dans ce contexte de crises ; de s’exprimer sur les menaces identifiées contre la démocratie et les moyens d’y faire face.

DÉLÉGUÉ SYNDICAL CFDT DANS UNE COMMUNE
"Les agents ne se cachent plus pour partager les idées du RN et voter pour ce parti, y compris des cadres. La parole raciste est décomplexée."

ÉDUCATEUR SPORTIF ET ÉLU CFDT DANS LES HAUTS-DE-FRANCE
"En tant que responsable syndical, il ne faut pas laisser passer. C’est un sujet parfois délicat à aborder avec ses collègues. Il faut pouvoir argumenter pour déconstruire leurs idées, leurs thèses. Selon eux, partout où il y a un problème, c’est la faute des immigrés.
Il faut pouvoir contrer en apportant des chiffres, des faits…"

« On ne débat pas avec l’extrême droite, on la combat ». Les mots sont forts, mais ils ne suffisent plus. L’infusion et la banalisation des idées d’extrême droite gagnent du terrain. Immanquablement la légitimité de notre action syndicale à y faire face est questionnée jusqu’à notre interne.
Les motifs sont nombreux et doivent être entendus : l’incompréhension du choix d’établir un cordon sanitaire et de ne pas débattre avec l’extrême droite, le fait de donner une consigne de vote contre les candidatures d’extrême droite alors que la CFDT se revendique non-partisane, et est parfois même qualifiée de « apolitique », le traitement spécifique de l’extrême droite par rapport à d’autres mouvances qualifiées d’extrêmes, etc. Tous ces questionnements sont légitimes. Ils ont été pris en compte dans les actions menées, sans altérer notre détermination collective de se mobiliser coûte que coûte contre l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Ce choix collectif s’inscrit dans l’article 1 de nos statuts qui affirme que l’émancipation « n’est possible qu’au sein d’une démocratie qui préserve les droits de chaque individu dans le respect mutuel de leurs convictions philosophiques, morales ou religieuses ». Il est aussi basé sur la conviction que chaque adhérent, militant de l’organisation porte dans ses actions quotidiennes la défense des plus fragiles, celles et ceux qui seraient les premiers à souffrir du projet de l’extrême droite.

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