L'accompagnement des travailleurs migrants

Publié le 04/10/2012 à 00H00
Plusieurs outils d'information et d'accompagnement ont été récemment élaborés pour une meilleure prise en charge syndicale des questions migratoires.

Par rapport à la moyenne nationale, la région Île-de-France compte deux fois plus de migrants. Dans ces conditions, qui s’étonnera que l’Uri francilienne ait depuis longtemps choisi de faire des questions d’immigration un axe fort de son action revendicative ? Passé les mobilisations des années 80 – dont l’emblématique action auprès des nettoyeurs du métro (visant à obtenir l’égalité de traitement avec le personnel statutaire de la RATP) avait conduit à la syndicalisation d’un millier de travailleurs immigrés –, les militants continuent de s’impliquer dans l’accompagnement des migrants.

Dans le cadre d’un partenariat entre le Bureau international du travail et l’Institut Belleville (qui, à la CFDT, œuvre à la coopération syndicale internationale) sur la création d’outils à destination des travailleurs migrants, la CFDT a naturellement fait appel à l’Union régionale Île-de-France afin de recenser les besoins et les attentes de ces populations en proie à des bouleversements sociaux et une xénophobie accentués par la crise.

Les résultats de l’étude conduite au début de 2011 par Zaouia Meriem, déléguée régionale chargée de la lutte contre les discriminations, dans les principaux secteurs d’activité employant des immigrés sont éloquents : « 23 % d’entre eux ont un revenu mensuel compris entre 500 et 1 000 euros ; 50 %, inférieur à 1 200 euros ; 21 % vivent dans un foyer pour immigrés ; ils envoient en moyenne 200 euros par mois dans leur pays d’origine. » De ces constats est né un Guide d’information et d’accueil des travailleurs migrants en France, visant à « informer les migrants » et à « renforcer l’action de la CFDT en matière de lutte contre les discriminations et d’accès au droit », explique Frédérique Lellouche, de l’Institut Belleville. « Quand on travaille sur les questions de migration, on a tendance à s’intéresser soit au pays d’origine, soit au pays d’accueil sans chercher à créer le lien », déplore Federico Barroeta, coordonnateur du projet Migrants au BIT de Dakar, qui voit dans ce guide « la concrétisation d’une vision globale ».

L’implication des fédérations

Selon la CFDT, le plus dur reste encore à faire : « Le syndicalisme dans son ensemble est relativement éloigné de ceux qui ne sont pas au cœur du monde du travail et de la protection des droits, or les travailleurs migrants se trouvent souvent dans ces situations de fragilité. En cela, ce guide est exemplaire de la rénovation de nos pratiques syndicales. Mais sans forte implication syndicale des structures, il ne sera qu’un petit tas de papier. »

Si la concentration territoriale et professionnelle fait de l’Uri Île-de-France un partenaire de choix, les ­fédérations ne sont pas en reste. ­Plusieurs secteurs, confrontés au désarroi des militants à traiter convenablement les problématiques migratoires, ont franchi le pas. Quasi simultanément, la FNCB et la FGA ont élaboré un guide d’accompagnement à destination des militants souvent « consternés et démunis dans leurs pratiques syndicales de terrain », résume Barbara Binder, secrétaire fédérale du secteur agroalimentaire. Même constat dans la construction, où de plus en plus de travailleurs viennent chez des sous-traitants pour une période limitée. Si, à l’échelle européenne, les syndicats ont œuvré afin que soit juridiquement encadrée cette spécificité, ce qui a permis d’aboutir à la directive dite des travailleurs détachés, « les militants sur le terrain n’ont pas forcément la capacité à gérer une situation qui leur paraît complexe et où les fraudes sont légion », affirme Alexandra Rettien, de la FNCB. Le guide, élaboré par la fédération, met en avant un principe simple : « Si un travailleur est embauché en France, le droit français s’applique ! »

Le secteur des salariés du particulier employeur (SPE), quant à lui, se caractérise par un isolement des migrants (80 % des 225 000 salariés des particuliers employeurs recensés lors de l’étude travaillent chez des particuliers) et une proportion élevée de travailleurs sans papiers. Zita Cabais-Obra, ex-esclave moderne philippine devenue secrétaire générale du syndicat SPE, ne connaît que trop bien cette réalité-là et entend (grâce à un guide juridique édité en deux langues) rompre avec les abus et les discriminations dont sont victimes les travailleurs domestiques. « Notre travail militant ne doit pas se limiter à l’accompagnement des migrants pour l’obtention d’un titre de séjour, sur la base des critères établis par les pouvoirs publics. Il consiste aussi à pourvoir ces migrants de l’accès à tous leurs droits, y compris celui de la formation professionnelle, afin que des infirmières devenues travailleuses domestiques par dépit puissent avoir des chances de reprendre le métier auquel elles ont été initialement formées. »

Indispensable mutualisation. Au total, cinq guides auront été édités en quelques mois, permettant d’accompagner militants et ­travailleurs dans les problématiques migratoires. « Nous avons besoin de mutualiser nos outils et nos moyens pour ne pas refaire ce que fait le voisin. Les questions migratoires et leur prise en charge syndicale dépassent la fédération ou l’union régionale. La Confédération doit donc nous donner un cadre », explique Barbara Binder.

Retrouvez le guide et toutes les infos sur l'Institut Belleville

 

Pour aller plus loin