Hongkong CTU : “Nous n’avons rien d’autre à perdre que nos chaînes !”

Publié le 05/11/2019

Depuis plusieurs mois, la Confédération des syndicats de Hongkong (HKCTU) se mobilise pour défendre la démocratie et la liberté. Aux côtés des 7 millions de Hongkongais, elle s’oppose à l’influence de la Chine continentale. Rencontre avec Lee Cheuk Yan, secrétaire général d’une organisation qui n’entend pas baisser la garde.

DR LeeCheukYan DR« Nous n’avons rien d’autre à perdre que nos chaînes ! », martèle Lee Cheuk Yan [photo ci-contre au centre]. De passage en Europe, le secrétaire général du syndicat HKCTU (190 000 membres) compte sur le soutien de la communauté internationale dans son combat. La CFDT l’a reçu le 17 octobre. « Un pays, deux systèmes. Les dirigeants chinois veulent en finir avec cette réalité. Leur objectif est clair, ils ne veulent qu’un modèle, celui, totalitaire, du parti communiste. Ils veulent en finir avec les valeurs de liberté et d’égalité. »

Depuis sa rétrocession à la Chine en 1997 par les Britanniques, Hongkong, petit territoire de 1106 km², bénéficie d’une administration spéciale, d’un statut et de lois propres. C’est ce particularisme que le parti communiste entend annihiler.

Depuis le mois d’avril, les Hongkongais se mobilisent massivement, malgré la répression policière. Tout a commencé lorsque Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif, a déposé un projet de loi autorisant l’extradition des citoyens hongkongais vers la Chine. « Cela aurait permis d’envoyer n’importe quel citoyen en Chine pour qu’il y soit jugé. Le peuple a pris peur. Hongkong s’est embrasé, défiant le pouvoir central. C’est David contre Goliath, résume Lee Cheuk Yan. Mais nous nous défendons. Parce que nous croyons en la démocratie. »

La jeunesse en première ligne

Le mouvement syndical est au cœur de ce mouvement. Une grève générale a été déclenchée, les mobilisations se sont succédé, plus de 2 millions de personnes ont répondu présentes.
« Des rassemblements sans précédent ! », insiste Lee Cheuk Yan. Et non sans risques pour les grévistes et les participants. Les salariés de la compagnie aérienne de la Cathay Pacific en subissent aujourd’hui les conséquences. Après un mouvement d’ampleur au sein de l’aéroport, des dizaines d’entre eux ont été licenciés. Les employés sont mêmes encouragés par leur direction à dénoncer leurs collègues pro-démocratie, ceux qui ont participé à des actions ou simplement posté un message de soutien sur les réseaux sociaux… « Un climat de terreur, dénonce Lee Cheuk Yan. Mais se taire, c’est accepter notre sort, déclare-t-il. Alors, nous continuons avant qu’il ne soit trop tard. L’enjeu est trop important. Notre combat pour la démocratie dépasse la simple question de Hongkong. Nous nous battons pour tous les travailleurs chinois. »

Et cette mobilisation commence à payer. Le retrait du projet de loi d’extradition a été annoncé. Une première victoire, mais pas question de relâcher la pression car c’est l’avenir de tout un peuple qui se joue. La jeunesse l’a bien compris ; dans cette lutte pour la démocratie, elle est en première ligne. « Dans les défilés, on voit des gamins de 12-13 ans, des lycéens, des étudiants, qui nous disent qu’ils sont prêts à mourir parce que vivre sous la tutelle des autorités chinoises, c’est en finir avec tous leurs espoirs. » Une motivation supplémentaire pour ce responsable syndical : « Peu importe ce qui m’arrivera. Je suis préparé à tout… »

glefevre@cfdt.fr