Covid-19 Italie : “Nous sommes face à un défi pour la vie ”

Publié le 31/03/2020

Alors que l’Italie est le pays européen qui paye le plus lourd tribut face à la crise sanitaire, le secrétaire général adjoint du syndicat italien UIL (Unione italiana del Lavoro), Pier Paolo Bombardieri salue le travail des agents publics, malmenés depuis des années, et appelle l’Union européenne à prendre ses responsabilités.  

Comment l’Italie fait-elle face à ce drame sanitaire sans précédent ?

C'est une situation qui semble surréaliste. Nous sommes face à un tueur sans visage. Le bilan humain est lourd. Malgré cela les citoyens font face. Il y a une grande volonté de chacun d’apporter sa contribution, que ce soit en termes de cohésion ou de solidarité pour celles et ceux qui sont en difficulté. En tant qu’organisation syndicale, nous avons un rôle important à jouer. L’UIL, avec la CGIL et la CISL, a participé à une campagne de collecte de fonds pour aider les hôpitaux à acheter le matériel nécessaire pour gagner cette bataille. La solidarité est la pierre angulaire de l'action syndicale. Nous sommes face à un défi pour la vie. L’Italie veut le gagner. Il est important de garder la tête froide et de repousser les égoïsmes. Les scènes poignantes, et quotidiennes, de douleur sont accompagnées d’autant d'exemples de dévouement du personnel de santé et de ceux qui continuent à consacrer leur temps au service de la collectivité. Il faut leur rendre au hommage.

Les services publics sont en première ligne.

Les agents du service public italien, dans leur ensemble, font face à ce défi avec une générosité extrême et un esprit de sacrifice incroyable, malgré la fatigue et le manque de matériel de protection. Les personnels soignants sont présents. Ils travaillent dans des conditions parfois inhumaines. Ils sont épuisés, mais ne comptent pas leurs heures. Les contaminations se multiplient chez les infirmières, les médecins ou chez les travailleurs du social et du sanitaire. Ce n’est pas juste ! Ce sont des anges qui risquent leur vie. Il ne faut pas oublier qu’ils subissent depuis des décennies les conséquences de la réduction des dépenses publiques. Notre système de santé et de recherche, pourtant solide, aurait pu apporter une réponse à la hauteur de la crise s’il avait été renforcé. Malheureusement les financements pour les besoins de santé ont constamment été réduits.

La responsabilité des politiques est grande. Le gel des embauches et le non-renouvellement des contrats se font sentir. Pour le moment, nous sommes pleinement engagés face à l’urgence, mais dès la fin de la crise, il faudra mettre en pratique ce que nous avons toujours soutenu, à savoir que le système de santé doit être national, gratuit et ne pas être livré aux simples calculs politiques.

"Si la sécurité des travailleurs n'est pas respectée, les entreprises doivent être fermées. Point barre."

Alors que le pays est quasiment à l’arrêt aujourd’hui, quelles sont les mesures prises pour les travailleurs et pour l’emploi ?

Notre priorité aujourd’hui est claire : protéger la santé de toutes et tous. Une action concertée des syndicats a contraint le gouvernement à revoir sa liste des activités essentielles.  Nous avons signé un protocole en matière de sécurité avec le gouvernement et les employeurs. Si la sécurité des travailleurs n'est pas respectée, les entreprises doivent être fermées. Point barre.

Les échanges entre le gouvernement et les organisations syndicales ont aussi permis d’établir l’interdiction de licenciement pour les deux prochains mois. Des mesures ont également été prises pour les salariés en chômage partiel, une prime de 600 euros pour les travailleurs indépendants a vu le jour. Le congé parental a été augmenté et une prime pour la garde d’enfants a été introduite. Si ces annonces vont dans le bon sens, ce n'est pas suffisant, il faut davantage de mesures en faveur des travailleurs et des familles.

Vous appelez aussi à une réponse européenne.

L'Union européenne doit jouer un rôle fondamental. L'Europe traverse l'une des crises les plus importantes de son histoire. Elle doit apporter une réponse collective, commune et immédiate. Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer à ce moment de l'histoire. Avec la Confédération européenne des syndicats, nous dénonçons depuis dix ans les effets catastrophiques des politiques d'austérité. Le temps est venu de changer de paradigme et de politique économique. La Banque centrale européenne a fait des progrès importants, le Parlement et la Commission aussi, mais ils ne sont pas suffisants. Il est essentiel que le Conseil européen prenne également ses responsabilités et agisse de manière unie. Nous ne traverserons ce moment difficile que si nous agissons ensemble.

Propos recueillis par glefevre@cfdt.fr