“La CSC veut représenter tous les travailleurs, y compris les indépendants”

Publié le 09/07/2019

La Confédération des syndicats chrétiens a créé un guichet unique dédié aux travailleurs autonomes. Entretien avec son responsable, Martin Willems.

Qu’est-ce que United Freelancers ?

MartinWillemsDREn Belgique, on n’a que deux statuts, salarié et indépendant. Jusqu’à présent, la CSC organisait uniquement les salariés. Avec United Freelancers (UF), elle devient représentative de tous les travailleurs dans tous les secteurs et tous les statuts. UF n’est pas un nouveau syndicat ni une nouvelle fédération, c’est plutôt un guichet unique mutualisé entre nos fédérations. Il rassemble tous les travailleurs indépendants qui adhèrent à la fédération de leur activité professionnelle.

Qu’est-ce qui a poussé la CSC à créer ce guichet unique ?

Les indépendants sont de plus en plus nombreux, et beaucoup travaillent de longues périodes pour un donneur d’ordres principal dans des collectifs de travail, entreprises ou administrations. Ils exercent leur activité dans des conditions très similaires à celles des salariés. Dans la région bruxelloise, leur nombre a augmenté de 7 % en un an et en Flandre de 23 % en trois ans. Ce sont bien sûr les travailleurs des plateformes et du numérique mais aussi des secteurs traditionnels comme le journalisme, la traduction, l’enseignement, les transports et les livraisons, l’hôtellerie-café-restauration, le médical et le paramédical… et même l’industrie !

Quels services offre United Freelancers aux indépendants ?

En Belgique, les syndicats sont aussi chargés du paiement des allocations chômage. Les indépendants adhérents bénéficient de ce service. On propose également un soutien individuel en répondant à toute demande d’intervention et à leurs interrogations, notamment sur leurs contrats de service. Ceux-ci ont souvent des clauses très contraignantes imposant les mêmes obligations qu’au salarié, comme prévenir de ses absences, être présent en personne sur site alors qu’un indépendant peut se faire remplacer, renoncer à ses droits d’auteur. Et ceci sans les avantages, tels que le treizième mois, le paiement des premiers jours de maladie… Certains contrats avantagent énormément le donneur d’ordres.

Quoi d’autres ?

UF offre également une aide juridique et prend en charge les frais de justice pour toutes les affaires relevant du tribunal du travail [l’équivalent des prud’hommes] comme les requalifications de contrat. L’indépendant peut aussi aller devant le tribunal de l’entreprise. Pour cela, la CSC dispose d’un réseau d’avocats partenaires à des tarifs réduits mais là, c’est l’affilié qui finance. De même, dans le cadre du soutien professionnel, ces travailleurs font souvent appel à des services comptables, UF propose aussi des partenaires pour cela. Enfin, on reste un syndicat et on essaie de voir si le problème est collectif.
Si c’est le cas, on organise une négociation pour régler la question collectivement avec l’employeur soit à l’échelle du secteur, soit nationale. La CSC a l’ambition de représenter les indépendants dans tous les lieux de concertation afin de faire évoluer les lois en leur faveur.

United Freelancers connaît-il le succès ?

UF n’existe que depuis début juin. On s’est rendu compte que parmi nos adhérents, certains étaient déjà sous statut d’indépendant, ce qui nous a étonnés. C’est le cas de salariés licenciés de plus de 50 ans contraints de devenir indépendants parfois dans le même secteur d’activité. Ils sont restés affiliés. Cela concerne déjà entre 3 000 et 4 000 membres. Il y a aussi des indépendants complémentaires, ce qui signifie qu’ils ont une petite activité en plus de leur emploi de salarié. La CSC leur offre des services en tant que salarié mais aussi comme indépendant complémentaire. Ils sont environ 40 000.

dblain@cfdt.fr