Restructuration chez Danone, la CFDT vigilante

Publié le 30/11/2020

Le groupe annonce un plan de suppression de 400 à 500 emplois en France. La CFDT estime que les salariés n’ont pas à faire les frais d’un plan d’économies qui vise à mieux rémunérer les actionnaires.

C’est comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le groupe Danone qui a fait de la responsabilité sociale et environnementale son credo, au point d’adopter le cadre juridique d’entreprise à mission, annonçait lundi 23 novembre la suppression de 2 000 emplois au niveau mondial, dont 400 à 500 en France. Le groupe vise une économie d’un milliard d’euros d’ici à 2023 et le retour d’une marge opérationnelle à 15% dès 2022. Difficile de ne pas voir dans cette annonce la seule volonté de mieux servir les actionnaires… « La CFDT imaginait et espérait que les actionnaires du groupe Danone étaient à l’image de l’entreprise qui porte des valeurs sociales, sociétales et environnementales de haut niveau et qu’ils étaient prêts à accepter que Danone leur délivre un peu moins de rentabilité au vu des engagements pris, » réagissait aussitôt la fédération générale de l’agro-alimentaire CFDT. Le PDG du groupe, Emmanuel Faber, assumait quant à lui sa décision dans une interview donnée à France Inter au lendemain de l’annonce : « C’est la survie même de l’entreprise qui est en cause », justifiait-il, soulignant un décalage de compétitivité par rapport à ses concurrents et n’excluant pas un risque d’OPA sur le groupe.

Le secteur des eaux impacté

Le confinement n’a pas été sans effet sur l’activité de l’entreprise. Danone a enregistré une baisse de 5,4% du chiffre d’affaires sur les neuf premiers mois de l’année. Cette contreperformance s’explique en partie une chute de plus de 20% de la vente des bouteilles d’eau à cause de la fermeture des bars et restaurant. A cet élément conjoncturel s’ajoute une volonté de la multinationale, qui emploie 100 000 salariés dans le monde, de réformer en profondeur son management. L’organisation actuelle en trois familles de métiers – les produits laitiers et d’origine végétale, la nutrition infantile et médicale, les eaux – laisserait la place à des directions par zones géographiques, faisant disparaître au passage « toutes les structures d’équipes communes qui sont au-dessus des pays, » dont un certain nombre de sièges sociaux et de postes de direction, selon le PDG du groupe. Le principal impact en France est la suppression du siège social historique du boulevard Haussmann à Paris, au profit d’un siège unique à Rueil Malmaison.

Des signes avant-coureurs

Ces annonces n’ont guère surpris les équipes CFDT de Danone. L’entreprise peut certes se prévaloir d’une politique sociale avérée mais elle a déjà par le passé pratiqué des coupes dans les effectifs. « Nous avons connu un PSE de cet ordre de grandeur en 2013, avec la suppression de 900 postes de cadres en Europe, rappelle Bruno Largillière, coordinateur CFDT. Depuis quelques temps déjà nous sentions que la direction testait de nouvelles organisations du travail sur certains sites dans une volonté d’économies. »

Tout n’est pas joué

Cependant, les jeux ne sont pas encore faits et la direction de Danone n’a pas précisé les modalités des réductions d’effectifs envisagées. Le terme de PSE n’a pas été prononcé ; une RCC pourrait être mise en œuvre. « Leur projet n’est pas encore ficelé, nous n’allons pas entrer dans la procédure avant février. Ils veulent d’abord écouter les organisations syndicales et les salariés, indique Bruno. Danone n’est quand même pas tout-à-fait une entreprise comme les autres. » Dans le cadre d’un accord de qualité de vie au travail, une méthode de consultation des salariés constitués en groupes de travail pourrait s’appliquer à la réflexion à venir. En prenant en compte toutes les évolutions en cours : les nouveaux modes de consommation, la digitalisation, le télétravail.

Préserver les emplois

Côté syndical, la CFDT veillera à préserver au maximum les emplois, par de la formation, de la mobilité et un accompagnement des salariés en fin de carrière. Si le plan touche a priori davantage les cadres de haut niveau aux compétences recherchées sur le marché de l’emploi, d’autres salariés pourraient être davantage pénalisés. « Nous sommes inquiets pour les personnels des services généraux, des standards, pour les assistantes, dont le métier a radicalement évolué pendant le confinement, les cadres étant de plus en plus autonomes, » indique le coordinateur groupe.  Autant de points d’alerte auxquels la CFDT sera attentive dans les discussions qui s’engagent.

mneltchaninoff@cfdt.fr