L’impressionnante progression du nombre de contrats d'apprentissage

Publié le 13/02/2020

• Le nombre d’apprentis a progressé de 16 % en un an.
• Toutes les régions sont concernées par cette dynamique.
• Si la hausse est plus importante dans le supérieur, l’apprentissage décolle dans le secondaire.

La ministre du Travail ne boude pas son plaisir. Près d’un an et demi après le vote de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, la progression du nombre d’apprentis semble lui donner raison. Toutes les régions de France ont connu en 2019 une progression à deux chiffres. Sur le plan national, cette hausse est de 16 %, ce qui représente 50 000 apprentis supplémentaires par rapport à 2018 et porte le total à 485 000. L’objectif des 500 000, longtemps présenté comme le Graal, n’est pas encore atteint mais ce qui paraissait irréalisable il y a quelques années devrait être dépassé en 2020.

Des investissements consentis de longue date

En outre, la hausse est générale, quels que soient les territoires, le niveau des formations et les secteurs professionnels. Les chambres des métiers et de l’artisanat annoncent une progression de 3 %, le bâtiment et les travaux publics 13 %, l’industrie 11 %, les Compagnons du devoir 37,4 % et les Maisons familiales rurales 15 %. Autre bonne nouvelle, des secteurs ayant historiquement peu recours à l’apprentissage – la santé et la cohésion sociale, par exemple – s’organisent pour mettre en place une offre en la matière. Lors de la présentation des dernières données, le 4 février, l’entourage de la ministre a beaucoup mis en avant le redémarrage de l’apprentissage dans le secondaire (CAP et bac pro), où le nombre d’apprentis a progressé de 8 % pour atteindre 203 000 contrats. « Alors que les chiffres de l’apprentissage se maintenaient difficilement ces dernières années et en grande partie grâce à son succès dans le supérieur, nous voyons que la réforme a permis de faire redémarrer cette formation spécifique chez les plus jeunes », se félicite-t-on au cabinet de Muriel Pénicaud.

Les raisons du succès

Si tout le monde se réjouit de ces bons chiffres et reconnaît que la campagne de communication massive pour redonner leurs lettres de noblesse aux formations en apprentissage a eu un impact*, les avis divergent sur les raisons de ce nouvel engouement. Le gouvernement y voit – sans surprise – la conséquence de sa réforme qui aurait permis de « remettre les entreprises au cœur du système ». Depuis le vote de la loi, les entreprises peuvent en effet lancer leur propre centre de formation des apprentis (CFA) sans autorisation administrative à demander aux régions. Le nombre de CFA est ainsi passé de 965 avant la réforme à 1 200 au 31 décembre 2019. Et le financement de l’apprentissage a été modifié : le gouvernement s’est engagé à financer tout contrat d’apprentissage, incitant l’ensemble des organismes de formation à se lancer dans l’aventure.

Mais les régions – qui ont perdu une grande partie de leurs prérogatives en la matière depuis la réforme – contestent en grande partie cette analyse qualifiée de « pure communication » et insistent sur les investissements qu’elles ont consentis depuis de nombreuses années qui porteraient enfin leurs fruits. D’autres observateurs pointent la reprise économique, qui provoque des tensions sur le marché du travail et oblige les entreprises à s’intéresser de nouveau à l’apprentissage pour recruter de nouveaux salariés. Difficile de faire la part des choses. Le travail des partenaires sociaux, qui ont un rôle plus important depuis la réforme, a également eu un rôle déterminant.

Selon la CFDT, ces chiffres sont évidemment une bonne nouvelle mais méritent d’être creusés pour en tirer un bilan qualitatif. Dès lors, plusieurs questions se posent : l’essor de l’apprentissage a-t-il eu un impact sur le développement des autres formations en alternance ? si oui, est-ce que l’une formation se fait au détriment de l’autre ou s’agit-il d’une dynamique globale ? Les CFA créés sont-ils suffisamment bien répartis sur le territoire ? Les formations proposées répondent-elles aux aspirations des apprentis ?

Quel bilan qualitatif ?

« Nous ne sommes qu’au début de la réforme, souligne Michèle Perrin, secrétaire confédérale chargée de la formation. On parle aujourd’hui essentiellement de chiffres mais il faut avoir en tête que la réforme vise aussi des objectifs qualitatifs. Plusieurs chantiers sont devant nous afin d’accompagner cette progression du nombre d’apprentis dans les meilleures conditions possible. »

La CFDT estime notamment qu’il faut progresser sur l’orientation et l’accompagnement des élèves les plus fragiles, y compris en amont (dans la recherche d’un employeur) car le taux d’abandon en cours de formation est très élevé. La prise en charge du transport des apprentis est également un sujet majeur qui n’a pas encore été tranché. La question est de savoir qui des régions ou des Opco (organismes paritaires qui collectent et gèrent les cotisations des entreprises dédiées à la formation professionnelle) doit payer. « Il y a encore des efforts à fournir pour que l’État, les régions et les partenaires sociaux travaillent de concert, insiste Michèle Perrin. La CFDT veillera à ce que les apprentis bénéficient de bonnes conditions de travail et que leurs droits (temps de travail, rémunération, etc.) soient respectés. Nous porterons également une attention particulière à la durée des formations et leur qualité ainsi qu’à la mise en cohérence pédagogique des deux lieux de formation : le CFA et l’entreprise. » Les chiffres présentés sont donc encourageants et motivants mais l’histoire commence à peine à s’écrire.

jcitron@cfdt.fr 

* Sur Affelnet (affectation des élèves par le Net, logiciel d’orientation en fin de 3e), 70 949 jeunes ont formulé des vœux en faveur d’un apprentissage, soit + 40 % en deux ans.

photo t.Lagoutte_Challenges_RÉA