Résolution du CESE : Pour une Europe ambitieuse, solidaire et respectée dans le monde

Publié le 14/11/2018 (mis à jour le 07/12/2018)

A l’occasion du vote de cette résolution sur l’Europe, qui marque l’expression de la société civile organisée sur la situation et l’avenir de l’UE, sept groupes (CFDT, Associations, CFTC, Coopération, Environnement & Nature, Mutualité et UNSA), dont certains sont membres du collectif « Faire vivre les places de la République » se sont associés dans une déclaration commune pour réaffirmer solennellement leur engagement envers la poursuite de la construction européenne. 

Les défis qui se posent aujourd’hui ne peuvent pas être relevés par un seul pays. Seule l’Union européenne, forte de ses 500 millions de citoyennes et de citoyens, a la taille critique pour peser sur les affaires mondiales. Il ne s’agit pas de refonder l’Union européenne mais de réaffirmer, de porter et de défendre ses valeurs fondatrices, en soutenant des orientations pour les politiques intérieures et extérieures qui soient en ligne avec celles-ci. Fort opportunément, la résolution qui nous est proposée rappelle que l’Union est fondée sur le respect des droits de l’Homme et les valeurs de liberté, de démocratie, d’égalité, ainsi que de l’État de droit. Ajoutons que le but de l’Union est de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples.

Trop souvent les chefs d’État et de gouvernement ont oublié l’idéal européen. Face à la crise financière et économique, ils ont fait le choix de l’austérité qui a eu un coût humain et social important. Au lieu de privilégier l’intérêt général européen, ils ont opté pour des réponses nationales. Au lieu de construire un marché unique réglementé et solidaire, ils ont encouragé la compétition entre les États. En outre, il est évident que l’Union n’a pas le budget pour conduire une politique ambitieuse. A un petit budget correspond une petite Europe.

Comme le rappelle à plusieurs reprises la résolution, les peuples se sont détournés plus ou moins massivement de l’Europe et la crise est devenue politique avec la montée des mouvements nationalistes et xénophobes. La situation demande un changement de cap.

Nous avons plus que jamais besoin d’une Europe sociale et solidaire, engagée dans une transition écologique juste pour sortir par le haut de cette crise de confiance en apportant des réponses concrètes.

A court terme : il faut donner un contenu concret au socle européen des droits sociaux, en utilisant pleinement le tableau de bord social désormais intégré au Semestre européen pour la coordination des politiques économiques, mettre en oeuvre une doctrine fiscale et économique commune et renforcer les actions de l'Union contre le réchauffement climatique.

A moyen terme, l’UE doit devenir le lieu de l’invention d’un nouveau modèle de développement, inscrit dans l’agenda des ODD et les engagements de l’Accord de Paris, et faisant que la recherche de prospérité économique soit facteur de justice sociale et de soutenabilité environnementale. C’est une question de crédibilité vis-à-vis des peuples et générations futures mais aussi des États du monde entier. L’UE doit, en ce sens, répondre aux attentes de ses citoyens et anticiper et réussir les transitions incontournables qui sont devant nous. Pour qu’elle puisse mobiliser, l’Europe devrait porter un minimum de vision autour de la cohésion sociale et la transition écologique. Or elle privilégie plus des inflexions techniques, pour l’essentiel économiques, qu’une véritable orientation sociétale.

De ce point de vue nous aurions souhaité que la résolution aille plus loin dans une vision intégrant réellement les piliers économiques, sociaux et environnementaux alors qu'on a trop tendance à les traiter séparément au détriment d’une cohérence d'ensemble.

Pour contribuer à donner un nouvel élan à l’Union européenne, il est peut-être également nécessaire de permettre des coopérations renforcées sur des sujets émergents ou concernant des domaines de compétences encore non saisis par l’UE. Elles n’excluent personne car d’autres Etats membres peuvent rejoindre à tout moment les premiers engagés.

L’Europe souffre aujourd’hui de son déficit démocratique. Rares sont les citoyennes et les citoyens à connaître cet objet européen, lointain, technique et qui n’existe pour eux qu’à l’occasion de rares élections dont ils ont du mal à comprendre les enjeux et constater les conséquences des actions qui en découlent.

C’est pour cela qu’il est impératif de construire urgemment une Union européenne qui soit davantage démocratique. Si les consultations citoyennes constituent en cela une étape positive, mais néanmoins limitée, il reste beaucoup à faire pour permettre que la parole de la société civile organisée émerge, qu‘elle soit entendue et prise en compte. La reconnaissance et la participation de celle-ci doivent être absolument renforcées. Dans ce cadre nos Groupes plaident pour la création d’un statut européen des acteurs non lucratifs qui défendent l’intérêt général et le bien commun : associations, fondations, coopératives, mutuelles, syndicats…

Il faut ensuite un rééquilibrage des pouvoirs dans l’Union en faveur du Parlement européen. Ce renforcement permettrait de réduire la distance réelle et la distance ressentie entre les citoyens et les instances dirigeantes de l’Union. Pour cela, la revitalisation du débat public est fondamentale : les enjeux des politiques menées doivent être partagés en toute transparence avec les citoyens, auxquels il faut offrir un accès réel aux informations nécessaires à leur compréhension.

Enfin, l’Europe n’adviendra réellement que portée par les Peuples. Nous la forgerons aussi autour de la Culture dans toute sa diversité par la mise en partage de ses ressources, autour de l’éducation notamment par des échanges renforcés entre jeunes générations et autour de l’engagement citoyen.

Aujourd’hui comme hier, l’Europe n’est pas le problème mais la solution.