Cinq mois pour réussir la Cop 21

Publié le 07/07/2015 à 16H50
En décembre, 196 pays vont tenter de trouver un accord sur le climat. Face à un phénomène qui menace la vie humaine et nos emplois, la CFDT appelle à une mobilisation sans précédent.

« La lutte contre le changement climatique n’est en aucune façon une menace pour l’emploi. C’est si nous ne faisons rien qu’il y aura des destructions d’emplois. » Tel est le message du président de la République adressé aux participants de la Conférence internationale du travail (CIT) le 11 juin dernier. Il résume bien le défi qui est devant nous et l’un des enjeux de la Cop 21, la grande négociation internationale sur le climat qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre à Paris. « Le statu quo en matière de lutte contre le changement climatique dessine un scénario catastrophique pour la croissance et l’emploi. Les projections montrent qu’à l’échéance de 2050, l’épuisement des ressources, la pénurie d’eau, l’érosion des sols, la biodiversité altérée engendreront une baisse du PIB mondial estimée entre 2 et 10 % », détaille Cyril Cosme, le directeur du bureau de l’OIT pour la France, lors d’une table ronde devant le Conseil national confédéral, le 21 mai dernier.

Le coût de l’inaction

   

Les rendez-vous de préparation de la Cop 21

14 et 15 septembre. Conférence de la CSI à Paris sur les enjeux syndicaux de la lutte contre les changements climatiques.

26 septembre. Trois événements « climat » régionaux. France Nature Environnement organise une journée de débats sur l’eau et le littoral à Montpellier, sur la montagne à Grenoble, sur l’efficacité énergétique à Rennes.

26 et 27 septembre. Mobilisation à Paris et dans les grandes villes en faveur des alternatives citoyennes face aux changements climatiques.

Du 26 au 28 novembre. 11e Conférence annuelle de la jeunesse à Paris. La jeunesse délivrera son message aux négociateurs de la Cop 21.

29 novembre. Mobilisation à Paris et dans les grandes villes du monde. À la veille de la Cop 21, les organisateurs souhaitent une mobilisation massive pour peser sur les débats.

Du 30 novembre au 11 décembre. Cop 21 au Bourget. Les 3 et 4 décembre, la CSI organisera des journées emploi et climat. Le 12 décembre, la Coalition Climat 21 (dont la CFDT est membre) appelle à une nouvelle mobilisation.

   

L’objectif du fonctionnaire de l’OIT n’est pas d’alarmer les participants mais simplement de les informer du danger de ne rien faire. Car « on meurt déjà en raison de l’accélération des changements climatiques », souligne Anabella Rosemberg, de la Confédération syndicale internationale (CSI) : le nombre croissant de cyclones tue toujours davantage. Mais aujourd’hui, « l’absence de lutte contre les changements climatiques a un coût politique faible et n’entraîne pour ainsi dire pas de sanctions de la part des citoyens », regrette-t-elle. Il n’existe à ce jour aucun accord de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle mondiale. Le protocole de Kyoto (1997), premier engagement contraignant, avait été ratifié par seulement 36 pays industrialisés, les signataires ne représentant que 15 % des émissions mondiales. De plus, il était fondé sur une distinction entre pays industrialisés devant réduire leurs émissions et pays en développement exemptés de contraintes. L’émergence de la Chine, aujourd’hui premier émetteur de GES du monde, celle de l’Inde puis du Brésil, l’ont rendu obsolète.

La Cop 21 vise précisément à donner naissance au nouvel accord qui remplacera le protocole de Kyoto à partir de 2020. Ce sera l’aboutissement de vingt années de discussions en vue de trouver un accord global sur le climat afin de limiter l’élévation des températures à moins de 2 °C d’ici à 2100. Pour la CFDT, cette conférence est une opportunité majeure de revendiquer une « transition juste » : la reconversion vers une économie bas carbone doit se faire en sécurisant les parcours professionnels des salariés par le dialogue social. Certains métiers vont se transformer, de nouveaux vont émerger ; ces mutations auront des conséquences sociales qu’il faut anticiper. La création d’emplois durables et de qualité passe par l’anticipation des besoins en matière de qualifications et de compétences, de formation et de sensibilisation aux enjeux du développement durable. Le syndicalisme est donc en première ligne, et la CFDT entend faire cette course contre la montre en tête.

Des leviers d’action, de la section au syndicat

Des moyens d’agir très concrètement existent déjà : le bilan carbone, le plan de déplacement d’entreprise, les contrats d’études prospectives sur l’emploi d’un secteur et d’un territoire, la responsabilité sociale des entreprises (RSE)… « Les salariés ont des moyens d’interpeller l’entreprise sur sa contribution à la transition énergétique. C’est même pour eux le seul moyen de sortir de la forteresse assiégée : si l’entreprise ne fait rien, elle met en danger l’outil de production et les emplois, souligne Thierry Dedieu, secrétaire confédéral chargé de ce dossier. Aujourd’hui, le développement durable n’est pas un choix, c’est une obligation ! »

Le territoire aussi est un échelon privilégié en termes de mise en œuvre de mesures bas carbone. Le cabinet Syndex a croisé réalités territoriales et compétences professionnelles en 2014 dans le cadre de l’étude Ececli* (Évolution Compétences Emplois Climat Île-de-France). L’Union régionale interprofessionnelle et la Confédération y ont été étroitement associées. Cette étude a rassemblé de nombreux acteurs (conseil régional, employeurs, Opca, syndicats, Direccte, etc.) des secteurs de l’énergie, du transport, de l’eau, de l’automobile et du bâtiment. « Nous avons dressé un état des lieux des emplois qui risquent de pâtir du changement climatique dans la région et projeté des objectifs vers des emplois cibles durables à l’échéance de 2019 », explique Emmanuel Palliet, du cabinet Syndex. Une sorte de GPEC transversale sur plusieurs secteurs.

Des outils passerelles ont été mis au point à cette occasion. Ils évaluent rapidement si telle compétence est transférable directement ou si elle nécessite une formation courte ou approfondie du salarié. « Cette étude réalisée sur un territoire est adaptable à un bassin d’emplois, à une filière ou à une grande entreprise, estime Emmanuel Palliet. Il existe même des budgets dans le cadre des contrats d’études perspectives (CEP) que gèrent les Direccte. Encore faut-il un acteur pour les impulser. Cela peut être le rôle du syndicat. »

cnillus@cfdt.fr & dblain@cfdt.fr

* http://www.idf.direccte.gouv.fr/IMG/pdf/synthese_ECECLI_2014_ok_bd_.pdf

  

Cop 21 : des facteurs favorables et des obstacles

Après vingt ans de négociation sur le climat, que peut-on attendre de la Cop 21 ? La dernière tentative de parvenir à un accord mondial sur le climat, en 2009 à Copenhague, s’est soldée par un échec. Depuis, plusieurs éléments plaident en faveur d’un accord à Paris à la fin de l’année. D’abord parce que les prévisions du Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) se confirment, que les « climatosceptiques » ne sont plus crédibles, que les solutions techniques se sont multipliées. Ensuite parce que la société civile et les entreprises se sentent davantage concernées et prennent conscience que l’avenir ne s’écrira pas sans elles. Ne reste plus qu’à agir. Mais aussi et surtout parce que la Chine et les États-Unis – les deux premiers pollueurs de la planète, qui avaient refusé à Copenhague de réduire fortement leurs émissions de gaz à effet de serre – sont maintenant engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La prise de conscience est également palpable dans le reste du monde. À cinq mois de la conférence, une quarantaine de pays ont envoyé leurs indicateurs chiffrés de réduction des émissions de GES, conformément à l’accord de Lima (2014) sur la préparation de la Cop 21. Récemment, la déclaration conjointe de la France et du Pérou (pays organisateur de la Cop 20) au dernier sommet du G7 montre que le contexte a évolué et reconnaît des liens étroits entre changement climatique et travail décent.

Reste que mettre d’accord 196 parties sera difficile. Quel que soit le contenu de l’accord final, sa mise en œuvre fera débat. Parmi les sujets compliqués, le financement de la lutte contre le dérèglement climatique est au premier plan. Un fonds vert de 100 milliards de dollars d’aides aux pays du Sud afin de s’adapter aux changements à partir de 2020 est acté, mais la répartition de son abondement reste en suspens.

    

photo © LaurentCerino / Réa