Réforme des retraites : "Le temps des manifestations est révolu"

Publié le 24/11/2010 à 00H00
Interrogé par L'Expension.com, Laurent Berger demande un plan d'urgence pour l'emploi des jeunes, avec des objectifs d'embauche dans les entreprise.

La réforme des retraites, qui prévoit le report de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans, est promulguée . A quoi sert la nouvelle journée de mobilisation du 23 novembre?

Les organisations syndicales entendent montrer une dernière fois leur désaccord avec une réforme qui est et demeurera injuste. Mais sur l'épisode des retraites, nous devons désormais passer à une autre étape, à savoir affiner nos propositions pour le rendez-vous de 2013. Nous resterons mobilisés sur les retraites, mais le temps des manifestations dans la rue tous les quinze jours est révolu.

Dans ses dernières prévisions, l'OCDE est très pessimiste sur le reflux du chômage en France, qui devrait rester au taux élevé de 9,5% en 2011. Nicolas Sarkozy a fait de la lutte contre le chômage l'une de ses priorités. Il a pour cela avancé deux pistes: l'accompagnement renforcé des licenciés économiques et le doublement des formations en alternance des jeunes. Est-ce suffisant selon-vous?

Non, ces deux mesures sont loin de constituer l'alpha et l'oméga d'une politique de l'emploi. Sur les licenciés économiques, avec la fusion envisagée du CTP et de la CRP, nous craignons que le gouvernement ne renvoie la balle aux partenaires sociaux en matière de financement. Surtout, ces mesures ne concernent que moins de 5% des demandeurs d'emploi. Nous demandons que le dispositif d'accompagnement renforce des chômeurs soit élargi à tous les publics en fonction de leurs besoins, pas de leur statut, notamment aux chômeurs de longue durée. Sur les formations en alternance, c'est très bien de vouloir en doubler le nombre, mais comment y parvenir ? Par ailleurs, l'alternance est une solution pour lutter contre le chômage des jeunes, mais uniquement pour ceux qui arrivent sur le marché du travail. Cela n'aide en rien ceux qui sont déjà en galère pour trouver un emploi.

La CFDT a demandé au patronat d'ouvrir des négociations sur l'emploi des jeunes. Quelles mesures allez-vous proposer?

Nous demandons un plan d'urgence pour les jeunes, qui impliquerait des objectifs d'embauche dans les entreprises innovantes ou stratégiques, par dans le cadre des états généraux de l'industrie. Ces embauches seraient stimulées par des incitations, cofinancées par l'Etat et les partenaires sociaux dans le cadre des organismes paritaires que sont les fonds de formation professionnelle, l'Unedic et l'Apec.

Faut-il nécessairement subventionner l'emploi des jeunes?

Malheureusement oui. La culture d'entreprise qui domine depuis trente ans est de considérer que les jeunes ne sont pas assez expérimentés et que les seniors coûtent trop cher. C'est pourquoi ces deux populations sont particulièrement touchées par le chômage.

Nicolas Sarkozy a également annoncé une loi sur la prise en charge des personnes dépendantes pour l'automne 2011. Il a évoqué la création d'une cinquième branche de la sécurité sociale mais n'a pas exclu de faire porter une partie du financement par les assurances privées. Quelle est la position de la CFDT sur ce dossier?

Le financement de la dépendance doit rester dans le cadre de la solidarité nationale, sinon on risque de créer de nouvelles inégalités entre ceux qui auront les moyens de souscrire à une assurance privée et ceux qui ne l'auront pas. Il faut donc trouver de nouvelles ressources, comme par exemple une hausse de l'imposition des droits de succession ou encore une contribution renforcée des retraités via la hausse de la CSG.

Propos recueillis par Emilie Lévêque