La formation des chômeurs «est loin d'être efficace»

Publié le 17/01/2012 à 00H00 (mis à jour le 18/01/2012 à 11H50)
Dans une interview au Figaro, le secrétaire national Laurent Berger détaille les attentes de la CFDT à la veille du sommet social.
LE FIGARO.- Qu'espérez-vous du sommet pour l'emploi?

Laurent BERGER.- Nous l'avons demandé fin août, il est programmé mi-janvier. Mieux vaut tard que ­jamais, si ce n'est que le chômage s'est dégradé en quatre mois. Nous y allons déterminés pour trouver des mesures d'urgence en faveur des chômeurs et des salariés qui risquent de perdre leur emploi. Ce sommet a créé une attente et ce ­serait un grand vecteur de désespérance s'il n'en ressortait rien de palpable.

La perte du triple A change-t-elle la donne?

Non, elle confirme la situation dans laquelle l'Europe et la France se trouvent. Et puis elle renforce l'urgence de prendre des mesures pour lutter contre la hausse du chômage.

Quelles sont les mesures d'urgence que vous préconisez?

En premier lieu, des actions sur le chômage partiel. Il faut simplifier les dispositifs existants pour que plus d'entreprises y aient recours et qu'elles utilisent le temps dégagé pour former leurs salariés. Dans ce cadre, nous demandons que les salariés qui bénéficieront d'une formation touchent 100% de leur salaire, financé sur leur crédit de temps de formation. Les branches doivent déployer le plus rapidement possible sur leurs territoires des formations sur les compétences transférables des salariés, celles qui permettent d'améliorer leur employabilité et de passer d'un emploi à un autre.

Nous suggérons aussi d'étendre le bénéfice des contrats de sécurisation professionnelle, qui permettent de mieux suivre et d'indemniser certains demandeurs d'emplois, à 25.000 fins de contrats courts (intérim et CDD). Soit dix fois plus qu'aujourd'hui. Nous proposons également à l'État de doubler la mise sur les 140 millions d'euros que les partenaires sociaux ont débloqués l'année dernière pour l'emploi des jeunes et nous sommes prêts à mettre un peu plus si le gouvernement joue le jeu. Nous exigeons enfin 2000 embauches à Pôle emploi face à l'afflux de chômeurs, et la mise en place de la nouvelle feuille de route, qui prévoit un suivi «sur mesure» des demandeurs d'emploi.

Comment améliorer la formation des chômeurs?

Elle est loin d'être efficace. Pôle emploi doit détecter les besoins par rapport aux offres d'emplois existantes et transférer la mise en œuvre rapide des formations à l'Afpa, qui dispose du réseau et des compétences pour le faire. Un effort particulier doit être fait dans la lutte contre l'illettrisme et les compétences transférables. L'objectif est d'éviter de passer par des appels d'offres longs et ainsi d'agir vite.

Avez-vous chiffré vos mesures?

Oui, à 250 millions d'euros. C'est le prix de l'urgence que nous proposons de financer par la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires dans les entreprises de plus de 10 salariés. Cette disposition coûte 4 milliards d'euros par an à l'État et à la protection sociale, il y a de la marge.

Le chef de l'État veut discuter de la mise en place d'une TVA sociale et d'accords compétitivité-emploi. Êtes-vous partants?

Nous n'allons pas à ce sommet pour négocier des mesures structurelles et il est hors de question que nous nous fassions ins­trumentaliser. Non que les thématiques de la compétitivité, du financement de la protection sociale ou du coût du travail ne nous intéressent pas -nous avons des choses à dire- mais ce n'est pas le moment, à trois mois de l'élection présidentielle, de prendre des décisions à la hussarde sur ces sujets, qui plus est en pénalisant les salariés.

Propos recueillis par Marc Landré