Dépendance, "on a bien compris qu'il n'y aurait aucune décision avant la campagne présidentielle"

Publié le 30/08/2011 à 00H00
Dans une interview accordée à Sud Ouest, daté du 30 août 2011, Véronique Descacq, secrétaire nationale de la CFDT chargée de la protection sociale, déplore que le plan de rigueur du gouvernement ajourne la promesse du président de République de se saisir au plus vite du dossier de la perte d'autonomie.

Avez-vous été surprise en découvrant l'annonce, faite le 24 août par François Fillon, de l'abandon de toute mesure en faveur de l'autonomie des personnes âgées ?

C'est effectivement une surprise. Si nous craignions que, dans le cadre du plan de rigueur, le Premier ministre ne fasse le service minimum sur la dépendance, nous ne pouvions pas imaginer qu'il ne ferait rien du tout. C'était en effet un engagement politique très important de Nicolas Sarkozy, qu'il a répété de nombreuses fois, notamment à l'occasion de ses vœux de Nouvel An, où il avait fait très fort. François Fillon a employé le terme « reporté » dans sa déclaration, et on a bien compris qu'il n'y aurait aucune décision de prise avant la campagne présidentielle.

Roselyne Bachelot avait annoncé un train de mesures d'urgence de 1 milliard d'euros. Est-ce que cela aurait été suffisant ?

Non. Cela aurait seulement permis au gouvernement de dire qu'il avait fait quelque chose. De notre côté, nous avions estimé qu'il fallait, pour être corrects, entre 3 et 5 milliards d'euros.

Pour répondre à quels besoins ?

Cela aurait servi à la fois pour l'amélioration de l'allocation d'autonomie (Apa) et pour l'allégement du budget des départements sur ce chapitre, ainsi que pour réduire le reste à charge des familles sur l'hébergement des personnes âgées en maison de retraite.

Sous quelle forme était-il possible de trouver ces ressources ?

La CFDT avait proposé d'étendre la contribution de solidarité aux travailleurs non salariés et à tous les revenus du travail, alors qu'aujourd'hui seuls les salariés sont sollicités…

Le fameux lundi de Pentecôte ?

Tout à fait. C'est-à-dire 0,3 % de la masse salariale. On proposait que les professions libérales, les commerçants, les agriculteurs y participent. La deuxième piste sur laquelle nous avions travaillé, en accord avec les retraités, c'était d'augmenter la CSG [contribution sociale généralisée] des retraités pour la rapprocher de celle des travailleurs en activité. La troisième mesure que nous proposions, c'était une taxation de 1 % ou 2 % sur les successions. Avec ces mesures, nous étions entre 3 et 5 milliards d'euros de recettes supplémentaires.

Au lieu de tout cela, il n'y aura rien ?

Ce que j'ai compris, et tous les observateurs avec moi, c'est qu'il n'y aura rien dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en faveur de l'autonomie des personnes âgées. La seule logique que l'on peut entrevoir dans le refus du gouvernement, c'est que nos propositions fâchaient son électorat : les retraités, les professions libérales et les agriculteurs.

C'est également dommageable pour l'emploi ?

Pas seulement pour les personnes âgées dépendantes ! Tout ce qui améliorerait leur autonomie aurait servi à créer des emplois, plusieurs dizaines de milliers, certains disent jusqu'à 300 000, pour aider les personnes en situation de perte d'autonomie. Quand on voit dans quelle situation se trouvent les associations d'aide à la personne, on pensait qu'il y avait aussi matière à lutter contre le chômage.