"Une double peine insupportable"

Publié le 06/07/2011 à 00H00
Dans une interview publiée dans Le Monde daté du 7 juillet 2011, Jean-Louis Malys, secrétaire national chargé des retraites, déplore que l'allongement de la durée légale du travail soit présenté comme un simple "détail technique" par le gouvernement alors qu'il s'agit "d'une décision politique". Il dénonce une "double peine" pour les salariés.
Quelle a été votre réaction face à l'annonce de Xavier Bertrand ?
 

Cela ne m'a pas surpris. Je constate qu'une fois de plus ce sont les retraites les plus précaires, notamment celles des femmes, qui sont directement visées. L'allongement de la durée de cotisation à 41,5 ans associé au relèvement de l'âge légal de la retraite à 62 ans va irrémédiablement entraîner une baisse des pensions pour de nombreux salariés. Cette 'double peine' est tout simplement insupportable.

Le ministre du travail n'a-t-il pas tout simplement suivi les recommandations du Conseil d'orientation des retraites (COR) ?
 

Je tiens à souligner que le COR n'a pas émis la moindre recommandation dans la mesure où c'est le gouvernement qui l'a expressément incité à tenir ce discours. C'est d'ailleurs la première fois de son histoire que le COR exprime une opinion. Son seul rôle, jusqu'à présent, a été de produire des études et des rapports relatifs à la question des retraites. Il n'a pas vocation, normalement, à formuler la moindre préconisation.

Cette 'première' ne doit rien au hasard et montre la volonté du gouvernement de présenter l'allongement de la durée légale à 41,5 ans comme un 'aspect technique', alors qu'il s'agit, en réalité, d'une décision politique.

L'allongement de la durée légale de cotisation n'est-il pas le prolongement logique de la loi Fillon de 2003 ?
 

Nous ne sommes plus du tout dans la même logique. L'esprit de la loi de 2003 est bafoué et trahi et ce, depuis des années. En 2003, la durée de cotisation à 41,5 ans pour une retraite à taux plein n'était prévue qu'à l'horizon 2020. Et la question du départ à la retraite à 62 ans n'y était pas abordée. Le régime de retraites qu'on nous propose à l'heure actuelle est extrêmement dur pour toute une catégorie de salariés. Ce sont toujours les plus modestes qui doivent fournir les plus gros efforts.

Que préconisez-vous ? Il faut bien trouver les moyens de réduire le déficit...
 

Une reprise du dialogue sur la question des retraites me semble indispensable. Notre porte reste ouverte et nous avons toujours prôné les vertus du débat et de la discussion. Notre organisation n'a jamais campé sur ses positions initiales et a su, parfois, faire évoluer son point de vue, notamment sur la question du départ à la retraite à 62 ans. Nous n'avons jamais considéré, par exemple, que la retraite à 60 ans était gravée dans le marbre. Alors, je trouve que la volonté du gouvernement de décider unilatéralement de l'allongement de la durée de cotisation sans consultation préalable des différents syndicats est vraiment regrettable. Mais, une fois de plus, je ne suis pas du tout surpris.

 

Propos recueillis par Samir Hamladji