“Soyons fiers d’apporter des avancées aux salariés”

Publié le 30/09/2013
Dans un long entretien à CFDT Magazine daté de septembre/octobre 2013, Laurent Berger fait le point sur les grands sujets de cette rentrée sociale, et réaffirme l'objectif majeur de la CFDT : apporter des avancées concrètes aux salariés.

Quels retours avez-vous de la part des adhérents sur la réforme des retraites ?

Lors des rencontres et des débats, les militants et les adhérents approuvent les avancées que nous avons obtenues notamment sur la pénibilité, les carrières des femmes et l’apprentissage. Je voudrais insister sur le fait que cette réforme n’est pas la nôtre mais celle du gouvernement. La CFDT souhaitait une réforme systémique, plus ambitieuse. Malgré tout, lors des séances de concertation, nous avons fait notre travail de syndicalistes, nous avons créé un vrai rapport de force pour arracher certaines avancées. Jusqu’au dernier moment, nous avons pesé pour que soit inscrit dans la loi le comité de pilotage annuel non seulement sur les questions financières mais aussi sur les inégalités entre les régimes et entre les salariés. Il n’y a pas de triomphalisme, mais nous pouvons dire que nous avons pesé pour obtenir des avancées.

En cette rentrée sociale, la CFDT a mis l’emploi au cœur de ses revendications et particulièrement l’emploi des jeunes. Pensez-vous être entendu??

Derrière chaque statistique du chômage,
il y a des hommes et des femmes.



Le gouvernement a du mal à mettre en cohérence son action avec une dynamique des acteurs qu’il faut mobiliser bien plus qu’ils ne le sont actuellement. C’est flagrant dans les régions où on constate une sorte de fatalisme, d’attentisme. Le patronat ne joue guère le jeu, même si on voit ici ou là des accords intéressants sur le contrat de génération. Et puis parler de l’inversion de la courbe du chômage sous l’angle statistique m’énerve. C’est une vision technocratique, plus politique que sociale, et on oublie que derrière chaque statistique, il y a des hommes et des femmes.

LB AB     
      

La CFDT lance une campagne de syndicalisation. Un syndicalisme d’adhérents est-il toujours la priorité de la CFDT??

Oui, évidemment. Nous voulons une CFDT de plus en plus proche des salariés, en phase avec les réalités vécues et pour cela il faut des adhérents en nombre. La meilleure façon de concrétiser la proximité, c’est d’être de plus en plus présent auprès des salariés. Adhérents et militants, ce sont eux qui font vivre la CFDT et l’action syndicale dans les entreprises et les territoires. Ce sont eux aussi qui permettent à la CFDT de construire le rapport de force. Nous voulons les soutenir et les accompagner. Cette volonté de proximité est l’un des thèmes du grand rassemblement des élus CFDT à Paris, porte de Versailles le 10?octobre.

Qu’attend la CFDT de la négociation sur la formation professionnelle qui semble être un serpent de mer depuis fort longtemps??

Nous voulons une vraie réforme de fond qui concrétise le compte personnel de formation avec une priorité?: la formation des salariés les moins qualifiés et les chômeurs. Il ne faut pas se contenter d’une adaptation au poste de travail, il faut réorienter la formation professionnelle vers les métiers de demain, ceux liés à la transition écologique par exemple ou les métiers qui restent non pourvus et pas seulement dans l’hôtellerie et les restaurants, mais aussi dans la métallurgie, le froid, l’aéronautique etc.

Pour réusssir la réforme de la formation professionnelle,
il faut changer les choses en profondeur.



Pour réussir une vraie réforme, il faut changer la gouvernance du système, aller vers une plus grande mutualisation des moyens… en un mot, il faut changer les choses en profondeur.

La CFDT s’est déclarée favorable à une réforme du financement de la branche famille avec un recours à la CSG. N’est-ce pas un nouveau recul du pouvoir d’achat??

Non. La CFDT revendique en effet le financement de la branche famille par la CSG parce que son assiette est large et concerne les salaires mais aussi le capital et le patrimoine. Actuellement, la branche famille pèse 4?% sur les cotisations patronales. Si on bascule une partie de ces 4?% sur la CSG, nous proposons, pour éviter une baisse du pouvoir d’achat, que les marges ainsi créées servent non seulement à la recherche et à l’investissement, mais aussi à compenser la perte sur les salaires de manière à ce qu’il n’y ait pas d’incidence négative sur la feuille de paie.

Quatre années de gel du point d’indice, ce n’est pas normal !


La CFDT reconnaît la nécessité de la maîtrise des dépenses de l’État et dans le même temps reproche au gouvernement le gel du point d’indice des fonctionnaires. N’est-ce pas contradictoire??

     LB AB 2
      

Quatre années de gel du point d’indice, ce n’est pas normal. Les discussions que nous menons dans la Fonction publique se focalisent sur la nécessité de revisiter les grilles de salaires, les carrières, notamment pour les catégories C et les plus précaires de la Fonction publique.

La CFDT demande depuis très longtemps que soit menée une réforme de l’État qui pose les vraies questions sur le service public dont nous avons besoin et les moyens pour assumer ses missions. La conférence sociale de juin a ouvert ce chantier. Le gouvernement doit le mener à terme?!

Comment appréciez-vous les premiers pas du président du Medef??

J’ai été très critique sur ses premières déclarations. Pierre Gattaz nous dit en substance?: «?Allégez les charges et laissez-nous faire.?» Pas une seule fois cet été, il n’a parlé du dialogue social. Nous le lui avons dit fermement. Espérons qu’il évolue dans sa vision des choses, sinon chacun restera dans une posture qui ne nous fera pas avancer. Il ne faut pas que le président du Medef ait une perception de l’entreprise erronée et un manque de vision d’avenir sur les relations sociales. Je lui rappelle qu’une entreprise ne se limite pas à un dirigeant et un capital. C’est aussi des salariés qu’il faut écouter et respecter.


Malgré nos divergences, il n’y a pas de guerre syndicale.



Quelles conséquences auront les divergences sur la réforme des retraites avec la CGT et FO??

Malgré nos divergences, hier sur l’accord sécurisation de l’emploi, aujourd’hui sur la réforme des retraites, il n’y a pas de guerre syndicale. Mais nous sommes fiers de notre syndicalisme réformiste qui apporte des avancées concrètes aux salariés et ne se contente pas d’être dans le refus sans proposition. Nous travaillons ensemble, avec la CGT et d’autres, sur certains dossiers. Ce qui m’importe, c’est que nous fassions notre travail de syndicalistes en proposant, en acceptant la négociation et la concertation pour obtenir concrètement des résultats.

Propos recueillis par Henri Israël et Corinne Grincourt

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