"Que la majorité assume sa part d'échec sur l'emploi"

Publié le 23/01/2011 à 00H00 (mis à jour le 24/01/2011 à 12H20)
A la veille de l'ouverture de la négociation assurance-chômage, Laurent Berger, sectéraire national de la CFDT, met en garde le gouvernement, dans un entretien accordé au Journal du Dimanche daté du 23 janvier 2011.

Comment évolue le chômage, selon vous?
Nous ne voyons pas de signe de reprise. Le nombre de chômeurs a augmenté de plus de un million depuis la crise. Trois catégories sont dans une situation dramatique: les jeunes, les seniors et les demandeurs d’emploi de longue durée. Cela concerne toute la société, pas seulement les partenaires sociaux.

Vous revendiquez de nouveaux droits pour les chômeurs. De quoi s’agit-il?
Nous proposons la création de droits rechargeables. Quand un chômeur retrouve un emploi avant la fin de son indemnisation, il conserverait ses droits. S’il se retrouve à nouveau au chômage, il pourrait donc les récupérer. Cette disposition existe déjà pour les intérimaires. Nous voulons l’étendre pour renforcer la sécurisation des parcours professionnels. Ce serait une grande avancée qui éviterait aux chômeurs de s’interroger quand on leur propose des CDD ou des contrats d’intérim. Cette mesure inciterait à la reprise d’emploi.

Le député UMP Pierre Méhaignerie, président de la commission des Affaires sociales, vous suggère de baisser les indemnités des cadres au chômage, les plus élevées d’Europe. Que répondez-vous?
Qu’il nous laisse négocier ! Si les autres syndicats et le patronat veulent en parler, nous en parlerons, mais ce sujet ne semble pas à l’ordre du jour. Les cadres reçoivent des indemnisations proportionnelles à leurs cotisations. C’est la logique de l’assurance. Globalement, cette catégorie rapporte plus à l’Unédic qu’elle ne coûte. L’intervention de ce parlementaire est d’autant plus gonflée qu’il a voté les lois fiscales avantageant les hauts revenus au détriment des classes moyennes.

Etes-vous satisfait du fonctionnement de Pôle emploi, souvent critiqué?
Pôle emploi suit une logique uniforme, celle du suivi mensualisé des chômeurs. C’est une fausse bonne idée. L’accompagnement doit être différencié selon les demandeurs d’emploi, leurs attentes et leurs difficultés. Pôle emploi doit avoir les moyens d’assurer le service pour lequel il a été créé. Nous revendiquons davantage de regard sur le fonctionnement de cet organisme financé à 65 % par l’Unédic, c’est-à-dire les salariés du privé et les entreprises. Le 'principal actionnaire' doit pouvoir influer sur les décisions.

Xavier Bertrand, ministre du Travail, promeut l’apprentissage pour faire baisser le chômage des jeunes. C’est une bonne idée?
Nous souhaitons des engagements chiffrés du patronat sur l’embauche de jeunes en alternance. L’apprentissage ne peut pas résoudre seul le chômage des moins de 25 ans. L’OCDE a étudié les causes de ce fléau. Il dépend d’abord de l’organisation du marché du travail français. Celui-ci exclut globalement les moins de trente ans des emplois stables. La CFDT entend agir sur ces causes.

L’UMP veut mettre fin aux 35 heures et propose de négocier le temps de travail entreprise par entreprise. Qu’en pensez-vous?
C’est un faux débat, une posture politicienne qui montre une méconnaissance profonde des entreprises. Pendant la crise, elles ont été bien heureuses de pouvoir demander aux salariés de prendre leurs RTT. Ce n’est pas le débat prioritaire, la priorité c’est l’emploi. Que la majorité assume sa part d’échec dans ce domaine.

Propos recueillis par Nicolas Prissette