"Prendre des mesures d'urgence pour l'emploi"

Publié le 09/07/2012 à 00H00
Dans une interview au Journal du Dimanche du 7 juillet 2012, François Chérèque réaffirme que l'emploi est la priorité numéro 1 de la CFDT pour la Conférence sociale des 9 et 10 juillet.

La France est au bord de la récession. La conférence sociale peut-elle changer quelque chose ?
Il est temps de construire des relations sociales positives par le dialogue. Il s’agit aussi d’un facteur clé de réussite, regardez les pays qui vont mieux que nous! En Allemagne ou dans les pays nordiques, la démocratie sociale est organisée de façon constitutionnelle depuis 1945. Nous avons plus de soixante ans de retard. Le Premier ministre a parlé de contrat et de 'donnant-donnant', cela nous va très bien. C’est un élément de méthode fondamental. Ou bien le dialogue social arrive à maturité en France et les sentiments d’injustice s’estomperont. Ou bien ce sera la victoire de l’étatisme et d’une démocratie d’affrontement.

Quelle est la priorité pour vous ?
C’est l’emploi. Il faut d’abord des mesures d’urgence : davantage de contrats aidés, un plan massif pour la formation des chômeurs, un élargissement du chômage partiel. C’est une nécessité absolue. Ensuite, par la négociation, nous devons créer des outils pour anticiper les restructurations dans les entreprises, donner de la visibilité aux salariés sur la situation économique et ses conséquences sociales, et leur assurer un 'bénéfice' quand la conjoncture s’améliore. Cette négociation est capitale. 

Vous aviez annoncé une avalanche de plans sociaux…
Mais on y est. Quand j’ai lancé la polémique en février, Xavier Bertrand m’a accusé de faire de la politique. Je faisais du syndicalisme! Par exemple, l’ex-président de la République avait convoqué les dirigeants de PSA pour leur dire de ne rien faire. Résultat, la situation est encore pire aujourd’hui.

La tension monte dans la fonction publique, où des ministères vont perdre des postes et d’autres en gagner. Comment réagissez-vous ?
Je n’accepte pas que le gouvernement décide l’évolution des effectifs de façon autoritaire. Il annonce une méthode mathématique, comptable, qui rappelle furieusement celle de ses prédécesseurs. On ne peut pas mettre toutes les administrations à la même enseigne, les besoins sont différents. Il faut commencer par parler des missions pour ensuite adapter les effectifs à celles-ci.

Les classes moyennes peuvent-elles être épargnées par la rigueur comme le dit le gouvernement ?
C’est trop tard. Les décisions du précédent gouvernement pèsent lourd, par exemple la hausse de la CSG et de l’impôt sur le revenu par la non-indexation du barème. Elles n’ont pas été remises en cause. Le nouveau gouvernement augmente le forfait social sur l’intéressement et la participation, cela touchera tous les salariés, du plus modeste jusqu’au cadre. Nous contestons une telle mesure dans cette forme.

Vous préconisez pourtant une hausse de la CSG qui frappera tout le monde.
Nous avons proposé de supprimer les cotisations famille, pour alléger le coût du travail, et d’augmenter simultanément la CSG, pour financer la protection sociale. La CSG doit aussi être utilisée pour financer la perte d’autonomie des personnes âgées. C’est l’impôt le plus juste car il prend en compte les revenus du capital comme ceux du travail. Nous y sommes prêts à condition de déterminer d’abord quels services la société doit rendre au grand âge.

La CFDT apparaît comme le partenaire privilégié du gouvernement…
[Il sourit.] Pendant mon premier mandat de secrétaire général, on m’a farci les oreilles en me disant que j’étais le partenaire privilégié de Raffarin. Comme quoi, ce n’est pas lié à la couleur politique du pouvoir. Nous avons travaillé pour préparer l’après-présidentielle. Le nouveau gouvernement reprend certaines de nos idées, je ne vais pas m’en plaindre. Je reste toutefois vigilant. Un clash peut toujours arriver, il peut venir par exemple d’un manque d’ambition pour réformer les retraites. Je sens une timidité sur ce sujet.

Vos relations étaient mauvaises avec Sarkozy. Elles sont bonnes avec Hollande ?
C’est trop tôt pour vous répondre, je ne l’ai pas revu. Nous n’avons pas encore eu le temps de nous entendre ou de nous accrocher. Mais je ne me fixe pas sur les personnalités. À ce stade, je donne quitus à la méthode et à la réhabilitation du rôle du Premier ministre.

Propos recueillis par Nicolas Prissette