"Pour aider l'emploi, il faut revenir sur la défiscalisation des heures supplémentaires"

Publié le 29/07/2011 à 00H00
Interviewé dans Les Echos du 27 juillet 2001, Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT chargé des questions d'emploi, appelle le gouvernement à revenir sur la défiscalisation des heures supplémentaires. Il détaille les attentes de la CFDT dans le cadre de la renégociation de la convention tripartite Etat-Unedic-Pôle emploi pour 2012-2014.

Des signaux inquiétants réapparaissent sur le marché de l'emploi. L'objectif gouvernemental de repasser sous les 9 % de chômeurs en 2011 est-il réaliste ?

Le chômage restera de toute façon à un niveau très élevé cette année. Cela confirme nos inquiétudes et rappelle que non, la crise n'est pas finie. En plus de son niveau, la nature du chômage est inquiétante. La lente reprise se fait par la précarité, avec une multiplication des contrats courts et très peu de créations durables d'emplois. Le premier CDI arrive désormais en moyenne à 27 ans ! La tendance lourde reste le maintien d'un chômage élevé et la montée de la précarité. Le gouvernement ne peut pas se le cacher et doit adapter sa politique.

Que doit-il faire de plus ?

Il faut renforcer les moyens de Pôle emploi. Dans un contexte de réduction généralisée des dépenses, l'annonce par Xavier Bertrand d'un maintien en 2012 du budget de Pôle emploi n'est qu'un moindre mal. Nous le réclamions. Si le gouvernement veut vraiment soutenir l'emploi sans avoir à dégager de moyens, qu'il revienne au moins sur la défiscalisation des heures supplémentaires plutôt que de se gargariser de leur succès. Cette mesure est indéniablement contre-productive car elle limite les créations d'emplois. Et individuellement, ce n'est pas un supplément décisif pour le pouvoir d'achat des salariés concernés.

La nouvelle feuille de route de Pôle emploi se prépare.  Que recommandez-vous ?

La fusion ANPE-Assedic a débouché sur un traitement industriel des chômeurs. Il faut redonner de l'autonomie aux agents pour basculer vers un vrai accompagnement personnalisé. Cela n'a rien à voir avec l'actuel suivi mensuel, qui est inefficace et peu appliqué, faute d'effectifs. L'idée ne doit plus être de faire entrer les chômeurs dans des circuits préformatés mais de bâtir avec chacun le circuit adapté à ses besoins. A la suite de nos multiples alertes, un consensus se dégage avec le ministère du Travail et la future feuille de route VA DANS LE BON SENS, mais il faut aussi revoir la gouvernance. L'Etat ne peut plus continuer à décider seul de tout alors que l'Unedic fournit les deux tiers du budget de Pôle emploi ! Il faut rendre leur place aux partenaires sociaux en renforçant les prérogatives du conseil d'administration, qui se résument aujourd'hui à acter les décisions du ministère ! Cela ne peut plus durer. La CFDT y sera très attentive et elle attend que le patronat soit lui aussi clair sur ce point.

Dans la nouvelle feuille de route, faut-il aller jusqu'à supprimer le guichet unique ?

Il a toujours sa pertinence et il ne s'agit pas de jeter le bébé avec l'eau du bain. Il faut en revanche faire le deuil du métier unique, cette idée que chaque agent peut s'occuper indifféremment d'accompagnement ou d'indemnisation. On a trop délaissé dans la fusion ce dernier volet. Les chômeurs s'y perdent alors qu'il est crucial de commencer par les rassurer d'emblée sur cette question. Il faut leur dire clairement leurs droits à indemnisation dès le 1 er rendez-vous.

Une nouvelle étude remise au ministère du Travail met en cause l'efficacité des opérateurs privés de placement. Faut-il continuer à leur confier des chômeurs ?

C'est le même problème que dans la gestion de Pôle emploi : on suit une logique de coûts au lieu de raisonner en termes de résultats. Recourir aux opérateurs privés, pourquoi pas, mais en se dotant de meilleurs outils de suivi et d'évaluation de leur travail.

Christian Charpy sera remplacé avant la fin de l'année.  Aura-t-il été un bon directeur général de Pôle emploi ?

 La logique ultracentralisatrice qu'il a adoptée était sans doute nécessaire au début, mais elle a trop duré. Il est toutefois trop facile de pointer Christian Charpy du doigt alors que le vrai directeur de Pôle emploi a longtemps été l'Etat via Laurent Wauquiez...

Vous évoquez les efforts à faire par l'Etat, mais les partenaires sociaux sont-ils eux-mêmes à la hauteur des enjeux ? Les récents accords sur l'emploi des jeunes ne sont pas très ambitieux...

Ils n'avaient pas vocation à traiter les difficultés structurelles et le patronat avait posé comme condition que toute évolution se fasse à moyens constants. Si nous avions cherché à mettre la barre plus haut, nous n'aurions rien obtenu. Au final, les mesures sont peut-être insuffisantes, mais certainement pas négligeables : nous avons dégagé 115 millions d'euros pour l'emploi des jeunes. Au moment où Nicolas Sarkozy vient de commander un énième rapport sur l'emploi des jeunes, nous, nous avons agi et obtenu du concret.

Sur quoi souhaitez-vous négocier dans les mois à venir ?

L'agenda social pour le second semestre prévoit un bilan des accords sur la modernisation du marché du travail. Il faut en profiter pour discuter sérieusement de la portabilité des droits des salariés et de charges sociales variables pour pénaliser les contrats précaires. L'agenda prévoit aussi des négociations sur le bien-être au travail, qui ne sauraient se limiter au seul congé paternité comme semble l'espérer le Medef. La réussite des négociations du premier semestre nous encourage à poursuivre sur la voie d'un agenda social ambitieux

Propos recueillis par Derek Perrotte et Lionel Steinmann.