“On ne comprendrait pas que nous défilions avec la CGT”

Publié le 30/04/2013
Dans une interview au Parisien-Aujorud'hui en France à la veille du 1er Mai 2013, Laurent Berger explique pourquoi la CFDT ne défilera pas avec la CGT pour la fête du Travail et expose ses attentes vis-à-vis de la conférence sociale de juin prochain.

Le 1er Mai, la CFDT et la CGT font bande à part. Le divorce est-il consommé ?

Les salariés ne comprendraient pas que nous défilions bras dessus, bras dessous avec la CGT. Elle tire à boulets rouges sur l’accord du 11 janvier sur la « sécurisation » de l’emploi. Elle en a fait son mot d’ordre pour le 1er Mai. Pour nous, c’est un texte majeur. On apporte des nouveaux droits pour les salariés les plus fragiles et plus de dialogue social dans les entreprises afin de tout faire pour préserver les emplois. La CFDT en a assez de jouer les pompiers et de se contenter de compter le nombre des plans sociaux. Notre rôle, c’est de les empêcher. Voilà ce qu’attendent de nous les salariés.

Cette loi va autoriser les employeurs à imposer des baisses des salaires ou à moduler le temps de travail. Pas facile à défendre devant les salariés…

Le texte est très encadré afin d’éviter les chantages qui peuvent exister ici ou là. Et je fais confiance à nos équipes syndicales pour regarder ce qui est bon pour les salariés. Quel syndicat a signé il y a quelques jours à l’usine Bosch de Rodez un accord « flexibilité » prévoyant une baisse des jours RTT? La CGT, et même SUD! N’est-ce pas contradictoire? Je ne fais pas partie de ces responsables syndicaux qui défilent dans les rues pour dénoncer un accord « scélérat » et semblent ignorer ce que font leurs équipes dans les entreprises.

Le gouvernement va-t-il trop loin dans l’austérité ?

L’Europe va trop loin. Et le gouvernement français ne tape pas assez du poing sur la table à Bruxelles. Oui, il faut réduire les déficits publics. Mais pas à un rythme effréné qui ralentit la croissance et l’investissement. C’est un risque pour la France. Et cela crée une défiance des gens vis-à-vis de l’Europe.

Face au chômage, en fait-il assez ?

La question ne devrait pas être de savoir si on va inverser la courbe du chômage à la fin de l’année, mais comment on aide les chômeurs à retrouver un emploi. Pour cela, il faut amplifier fortement leur accès à la formation. Il faut aussi donner davantage de moyens à Pôle emploi pour les accompagner, notamment en termes d’effectifs. Il y a eu 4000 embauches en juin 2012.. A partir du moment où le chômage continue d’augmenter, il faut en recruter 1 000, voire 2000 de plus.

La caisse d’assurance chômage est dans le rouge. Faut-il revoir l’indemnisation ?

Baisser les allocations chômage aujourd’hui, c’est insupportable aux yeux de la CFDT. L’indemnisation est un amortisseur social, la crise est profonde. Attendons que l’emploi reparte. Le déficit est conjoncturel. Les comptes de l’assurance chômage se redressent toujours très vite quand la croissance repart.

Craignez-vous une confrontation sociale en mai ?

Je suis inquiet de la montée des extrémistes. Certains voudraient nous faire croire qu’on est en guerre civile. On n’y est pas. On est face à une crise de responsabilité. Quand un parti républicain appelle à manifester contre une loi qui a été votée, celle du mariage pour tous, il souffle sur les braises.

Le gouvernement a viré de cap sur l’amnistie sociale…

La CFDT n’avait pas demandé cette loi. Il faut que les responsables syndicaux soient vigilants pour ne pas faire de la violence un mode d’action syndicale. Mais il faut savoir distinguer la violence de certains salariés désespérés qu’on n’a pas écoutés.

Qu’attendez-vous de la prochaine conférence sociale ?

Un cap. Dans ce pays, on regarde dans le rétroviseur et pas dans le pare-brise. On ne retrouvera jamais la situation d’avant la crise. C’est une mutation profonde. Il faut préparer l’après. Le gouvernement doit dire aux Français ce que sont les emplois de demain et permettre à tous d’y accéder, notamment par la formation professionnelle.

Propos recueillis par Catherine Gasté