"Nous voulons encadrer le recours au CDD"

Publié le 11/09/2012 à 00H00
Dans une interview accordée au site du Nouvel Observateur, Laurent Berger précise les attentes de la CFDT pour la négociation sur "sécurisation de l'emploi".

Sur la précarité, quelle est votre position ?

Nous voulons encadrer le recours au contrat à durée déterminée (CDD). Nous voulons que leur nombre soit un sujet de négociation dans l'entreprise, car on sait que certaines l'utilisent de manière excessive. Nous défendons également une hausse des cotisations chômage sur ce type de contrat, pour que le CDI redevienne la norme. Par ailleurs, nous devons avancer sur le chômage partiel subi. Il faudrait interdire les contrats en-dessous d'un minimum d'heures par semaine, qui reste à définir.

Et sur l'anticipation ?

Nous allons proposer un rôle accru des représentants du personnel, délégué du personnel ou élus du comité d'entreprise, dans les décisions de l'entreprise. Nous plaidons pour qu'il y ait un plan efficace pluriannuel sur les formations et les compétences. Aujourd'hui, le plan de formation est transmis au comité d'entreprise, mais n'est pas soumis à négociation. Il faut qu'il y ait un dialogue social sur ce sujet.

Le document d'orientation évoque l'amélioration 'des dispositifs de maintien de l’emploi face aux aléas conjoncturels'. Etes-vous pour plus de flexibilité ?

- La flexibilité existe déjà, via les CDD et le temps partiel. Mais le recours au temps partiel est très compliqué. Ainsi à l'heure actuelle, les entreprises préfèrent licencier plutôt qu'y faire appel. Nous allons lutter pour qu'il y ait un mécanisme plus simple.

Et sur les procédures de licenciements collectifs ?

Beaucoup d'entreprises ont des chocs importants, dus à la crise économique. Elles doivent pouvoir s'adapter et, s'il n'y a pas d'autres solutions, licencier. Mais il y a de nombreux cas où l'on conclut un accord pour préserver les emplois. Et dans ce cas, il faut qu'il y ait un cadre de discussion. Il faut des règles pour empêcher qu'il n'y ait pas de chantage à l'emploi, et que les entreprises puissent mettre au point ces accords de manière temporaire.

Pour cela, nous souhaitons qu'il y ait une expertise indépendante systématique. Une personne qui examine la rentabilité de l'entreprise par rapport à son endettement. Nous ne sommes pas pour une loi interdisant les licenciements boursiers, parce qu'elle serait facile à contourner : un site peut être déficitaire alors que le groupe auquel il est rattaché est bénéficiaire. Nous voulons une protection des salariés pour les sites rentables. On tient compte de la conjoncture, mais les salariés ne peuvent pas être la variable d'ajustement.

Quel est votre état d'esprit à l'approche des négociations ?

Nous n'allons pas dire : si nous n'obtenons pas telle disposition, ça ne va pas. Ou : attention, ce point va gêner le Medef, celui-ci va gêner la CGT. Je ne sais pas si nous sommes au milieu des positions, par rapport aux autres partenaires sociaux. Nous sommes pour une sécurisation des salariés et nous ne nions pas qu'un certain nombre de choses puisse être adapté. Pour qu'il y ait un accord, il faudra que l'ensemble des parties parcours un petit bout de chemin sur tous les sujets.

S'il n'y a pas d'accord, le gouvernement tranchera. C'est un sujet de préoccupation ?

Ce n'est pas la conception de la démocratie sociale à la CFDT. Il faut plus que jamais que l'on soit capable d'aboutir à un accord. Mais nous devons arriver à un compromis global. Nous ne dirons pas quels sont les points où nous pouvons faire des compromis, mais nous pouvons dire que nous sommes particulièrement attachés à la question des cotisations pour les CDD. Et sur ce point, le patronat va devoir parcourir un chemin plus important. L'idée, pour réussir, c'est que chacun soit dans une logique constructive.

Propos recueillis par Donald Hebert