"Notre démarche est basée sur la négociation"

Publié le 18/02/2013
Dans un entretien à La Marseillaise, lors d'un déplacement en Paca le 14 février 2018, Laurent Berger est revenu sur les avancées pour les salariés obtenues par la CFDT en signant l'accord sur la sécurisation de l'emploi.

Tout nouveau secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, n’a pas eu droit à un round d’observation. Sa confédération s’est impliquée dans les négociations qui ont débouché sur l’accord de sécurisation de l’emploi avec le Medef. Il assume la position de son syndicat et rejette les critiques de la CGT et de FO, non signataires. La CFDT -qui sera en congrès en 2014 à Marseille- ne change pas d’orientation : négociation et compromis avant tout.

Un mois après l’accord dit de sécurisation de l’emploi, quel regard portez-vous sur cette période ? La CFDT n’a pas été épargnée par les critiques, de la CGT et de FO.

Il faut préciser que c’est le résultat d’un constat partagé : il fallait ouvrir les négociations pour diminuer la précarité. C’était la suite de la conférence sociale de juillet 2012. Avant d’arriver à un accord, la négociation a été terrible, un rapport de force s’est instauré avec une réelle confrontation entre les intérêts des patrons et ceux des salariés. Nous avons abouti à un compromis qui donne des droits nouveaux aux salariés et permet de faire face aux difficultés économiques.
Je n'ai pas été critiqué en interne ! La réalité c’est 3 millions de chômeurs, 9 millions de travailleurs pauvres et 4 millions sans complémentaire santé en France. Et ça, la CGT le sait pertinemment. Nous ne partageons pas la même vision du syndicalisme. Nous sommes plutôt dans un démarche de négociation et de dialogue social alors que d’autres préfèrent la contestation et demandent que l'État fasse tout. Après, je n’ai pas l’habitude de commenter les positions des autres confédérations mais je demande qu’on ne caricature pas la position de la CFDT.

Quelles sont les avancées que vous notez dans cet accord ?

Ce sont des acquis : la complémentaire santé pour tous, un temps de travail minimum, des droits rechargeables pour les demandeurs d’emploi, le droit à la formation.
Nous nous sommes engagés dans cet accord car il donne de nouveaux droits et que les dispositions seront prises à travers des accords majoritaires. La transposition dans les entreprises est un enjeu majeur.

Mais ne croyez-vous pas qu’après 10 ans de gouvernement de droite, durant lesquels l’emploi, notamment industriel, a été mis à mal, les syndicats auraient pu s’accorder pour réhausser leurs exigences sociales ? Cet accord n’est-il pas un socle a minima ?

Je reste marqué par la période 2008-2009 où à la moindre difficulté, les entreprises licenciaient. Désormais, l’accord renforcera la place des représentants du personnel. 2012 marque une vraie rupture de méthode avec ce qui se faisait précédemment. On ne peut pas toujours demander plus de dialogue social et refuser après d’y aller. Soit on dit que c’est à l'État de faire, soit qu’on a aussi des choses à avancer. Notre choix du dialogue social s’inscrit dans un rapport de force. Nous participons à la transformation sociale.

Côté représentativité, que vaut un accord sans la signature de 2 des 3 principales organisations ?

Bien sûr, j’aurais préféré un accord à 5. Mais ça ne servait si c’était sur un consensus mou. Cet accord produira des effets en termes de sauvegarde de l’emploi.

Vous tiendrez en 2014 votre congrès confédéral à Marseille. Quels sont les grands chantiers à ouvrir ?

Sans hésitation celui du système de protection sociale qui doit être ouvert dès cette année. Notamment le volet sur les retraites. Nous voulons sauver le système par répartition. On veut qu’il soit plus protecteur. Une mise à plat doit être effectuée cette année.
Arriver à une situation où une partie de la population ne peut plus bénéficier de ces droits pose un vrai problème de démocratie. La question du financement est aussi un élément majeur.
En termes de politique familiale, le quotient familial doit être remplacé par un calcul forfaitaire par enfant.
L’assurance chômage est un autre grand chantier. Un autre modèle économique et social est à construire. Le gouvernement est trop timide à ce sujet.
Enfin, la défense des services publics qui restent un facteur de réduction des inégalités. J’ai alerté le gouvernement sur le fait que la recherche à tout prix des 3% de déficit maximum était un erreur. Attention à ce que la politique de désendettement, qui est nécessaire, ne se fasse pas au détriment de dépenses d’avenir. Mon souci c’est la cohésion sociale. Le rôle d’une organisation syndicale est de comprendre la situation dans laquelle vivent les salariés, pas que de la commenter.
Le congrès de Marseille en 2014 sera celui de l’après-mutation de la société pour redonner espoir.


Propos recueillis par Sébastien Madau