"Les données sur les chômeurs en fin de droits sont lacunaires"

Publié le 04/03/2010 à 00H00
Dans une interview accordée aux Echos.fr, à la veille de la rencontre tripartite sur les fins de droits, Laurent Berger, secrétaire national, prévient qu'il entend faire du sujet une question de solidarité nationale.

On estime le nombre de chômeurs en fin de droits en 2010 autour du million. Disposez-vous de chiffres plus précis, et d'une photographie de cette population ?

Non, mais justement, j'ai le sentiment que le ministère en a, et j'espère bien que demain on nous les donnera. Nous estimons, avec nos projections propres effectuées en régions, que sur le million de chômeurs en fin de droits, environ 40%, donc 400.000, sont sans protection. Autour de Nantes, ma région d'origine, on estime par exemple entre 35.000 et 40.000 les personnes dans ce cas. Mais ce ne sont que des extrapolations, et nous n'avons pas plus d'information sur le profil de ces personnes. Il y a là une lacune énorme, dont on espère bien qu'elle sera levée demain.

Qu'attendez-vous, en-dehors de ces données, de la réunion de demain ?

Nous pensons que ce sera une réunion diagnostic. Par la suite, un deuxième rendez-vous avec le secrétaire d'Etat devrait être davantage axé sur les solutions. Je dois néanmoins préciser d'ores et déjà que la CFDT ne s'y rend pas en tant que gestionnaire de l'Unedic, mais en tant qu'organisation de défense des salariés. La partie de ping-pong consistant à se renvoyer les responsabilités semble avoir pris fin, mais j'espère que cela se vérifiera demain. La responsabilité première est bien celle de l'Etat. Si l'on y joue à nouveau la partition de la responsabilité partagée, je rappellerai que, depuis 20 ans, la part indemnisée par l'assurance chômage a augmenté, tandis que celle de l'Etat a baissé. Les chômeurs en fin de droits, ce n'est pas une question de gestion de l'Unedic, mais de solidarité nationale.

Comment analysez-vous les chiffres du chômage du dernier trimestre 2009, divulgués ce matin par l'Insee ?

Ces chiffres ne sont pas bons, ils illustrent clairement qu'il y a urgence. Quant à l'argument du gouvernement, cela augmente moins vite qu'avant, ou moins vite qu'ailleurs, arrêtons ! Ce sujet dépasse d'ailleurs le dossier des fins de droits. Mais pour y revenir, le président de la République a dit qu'il lançait une concertation le 15 février, elle est désormais à l'oeuvre. Il faut maintenant décider des dispositifs concrets, et d'une opérationnalité. Le fait de verser un revenu de remplacement ne doit par exemple pas être conditionné à un accompagnement renforcé. Etant donné la situation de Pôle Emploi aujourd'hui, il paraît pour le moins difficile que ses équipes s'occupent de plus près de quelques dizaines de milliers de personnes supplémentaires. Du coup on risquerait de ne pas aider ces chômeurs pour une raison purement interne à Pôle Emploi. De même, nous ne sommes pas opposés à une politique encore plus volontariste de contrats aidés, mais à condition de ne pas détourner ces contrats de leur objectif premier, qui est de secourir les personnes qui ont le plus de difficultés à s'insérer dans l'emploi. Le sujet est donc complexe, et nous espérons que la réunion de demain ira au fond de la réflexion.

Il n'y a pas vraiment d'unité syndicale sur le dossier des fins de droits...

Il n'y pas de plate-forme unique, mais une vraie volonté des organisations dans leur ensemble. Et pas d'opposition forte sur les solutions. Il faut maintenant bien sûr que l'on sorte des postures, et que l'on bâtisse des solutions concrètes.

Propos recueillis par Jean-Michel Cedro