"Les discours prospectifs ne suffisent pas"

Publié le 23/06/2009 à 00H00
Le Monde publie sous ce titre une interview de Marcel Grignard dans son édition du 24 juin 2009.
Marcel Grignard, vous êtes secrétaire général adjoint de la CFDT. Que pensez-vous de la distinction faite par Nicolas Sarkozy entre 'bons' et 'mauvais' déficits ?
Elle n'est pas nouvelle, mais elle est, sur le fond, acceptable. Considérer qu'il y a des déficits qui préparent l'avenir est du même ordre que quand nous demandons à une entreprise d'investir dans le social pour assurer sa compétitivité future. Il faut distinguer cela des déficits de fonctionnement qui pénalisent le pays pour l'avenir. Cela étant, penser à préserver les équilibres est une chose, la manière de faire en est une autre. On ne peut affirmer qu'il faut investir dans des services publics de qualité qui jouent un rôle dans l'amortissement de la crise et dans le même temps, même si on peut avoir un débat sur l'emploi dans la fonction publique, vouloir supprimer un poste sur deux de façon arbitraire.
Le chef de l'Etat vous propose de discuter des modalités de l'emprunt destiné à financer les investissements. Qu'allez-vous faire ?
L'emprunt peut être une bonne option, mais, pour l'instant, nous n'avons pas d'idée de la nature de cet emprunt ni de sa finalité. Il vaudrait mieux qu'il soit décidé au niveau européen, pour assurer une meilleure relance et mettre l'Europe sur la voie d'un autre type de croissance. C'est tout à fait possible, il manque la volonté politique de le faire. S'il s'agit de financer le coût de la crise, l'emprunt n'est pas nécessaire. Il faut une fiscalité plus juste, notamment en supprimant le bouclier et les niches fiscales. En arrêtant aussi les mesures de défiscalisation des heures supplémentaires. Il ne faudrait pas que le redémarrage de l'économie se traduise par une envolée des heures supplémentaires qui laisse de côté les demandeurs d'emploi, tout en privant le pays de recettes fiscales importantes.
Avec ce discours, M. Sarkozy a-t-il, selon vous, défini un nouveau modèle français ?
Non. Il a rappelé un certain nombre d'éléments repris du modèle républicain et social français qu'il faut préserver. Mais tout cela reste très général. Il y a un gros travail à faire pour construire le modèle social dans un nouveau contexte, européen d'abord. Il faut mettre en parallèle cette rénovation et la nécessité de nous impliquer dans la définition d'une nouvelle étape de la construction européenne. Ce modèle comprendra nécessairement une vision de ce que doivent être les systèmes sociaux de retraite, de santé, d'éducation... Mais avant de se projeter dans l'avenir, réglons les problèmes immédiats.
Etes-vous sensible à l'appel répété du chef de l'Etat aux partenaires sociaux ?
Que le chef de l'Etat réaffirme la place importante des partenaires sociaux est positif. La CFDT, comme les autres syndicats, considère qu'il y a une urgence sociale dans le pays. Pour désamorcer le mécontentement, il faut des actes en faveur des salariés et les discours prospectifs ne suffisent pas.


Communiqué de presse n°53 du 22 juin 2009