"Le gouvernement ne serait pas sérieux s'il ne répondait pas à la mobilisation"

Publié le 28/01/2009 à 00H00
L'Humanité publie sous ce titre un entretien avec François Chérèque au sujet de la mobilisation du 29 janvier, dans son édition du 27 janvier.

Sur quels points particuliers la CFDT affirmet- elle des désaccords avec le plan de relance gouvernemental ?

Le plan de relance est centré principalement sur le moyen et le long terme, c’est-à-dire l’aide aux entreprises, en particulier pour la recherche et l’investissement. C’est utile mais il manque deux choses : d’une part sur le pouvoir d’achat et la consommation, c’est plus que faible, et d’autre part les contreparties demandées aux entreprises et aux banques sont plus que floues. Le gouvernement exprime des souhaits plus que des contraintes réelles.

En parlant de contreparties, avez-vous en tête ce que Nicolas Sarkozy dit à propos des bonus ou des dividendes, ou pensez-vous plus généralement au comportement des entreprises ?

Dans le secteur de l’automobile par exemple, il faut fixer ces contreparties par une négociation au niveau de l’entreprise. Une négociation qui concerne les salariés de l’entreprise et aussi de son environnement, les sous-traitants notamment. Il faut qu’il y ait négociations, engagements sociaux vis-à-vis des salariés, sur l’utilisation de ces aides.

Comment faire bouger le pouvoir d’achat ? Par les salaires ?

Ça ne peut pas être uniquement par les salaires. Partout où les entreprises peuvent donner du pouvoir d’achat par les salaires, il faut des négociations. Et le gouvernement a les outils pour intervenir par les contreparties aux allégements de charges. Mais en période de crise, toutes les entreprises ne peuvent pas le faire. La collectivité doit alors intervenir. D’abord pour aider les plus modestes et nous avons proposé d’avancer le RSA et d’aller plus loin que prévu pour les minima sociaux. Mais il faut aussi aider les salariés qui sont toujours oubliés, les classes moyennes avec un revenu qui démarre à 1200 - 1300 euros, par des mesures fiscales, l’accès au crédit à taux zéro pour l’habitat, l’aide pour l’accès à la santé avec les mutuelles, l’aide au transport… Les salariés savent bien qu’en période de crise, les salaires ne sont pas Et le gouvernement a les outils pour intervenir par les contreparties aux allégements de charges. Mais en période de crise, toutes les entreprises ne peuvent pas le faire. La collectivité doit alors intervenir. D’abord pour aider les plus modestes et nous avons proposé d’avancer le RSA et d’aller plus loin que prévu pour les minima sociaux. Mais il faut aussi aider les salariés qui sont toujours oubliés, les classes moyennes avec un revenu qui démarre à 1200 - 1300 euros, par des mesures fiscales, l’accès au crédit à taux zéro pour l’habitat, l’aide pour l’accès à la santé avec les mutuelles, l’aide au transport… Les salariés savent bien qu’en période de crise, les salaires ne sont pas une réponse pour tout le monde.

Mais ne faut-il pas augmenter le SMIC ?

Il faut en parler avec un débat sur les conséquences économiques d’une telle mesure. Avez-vous des propositions pour faire face aux plans sociaux ? François Chérèque. Pour agir sur les plans sociaux, il faut avoir les informations en amont. Il faut donc que les représentants des salariés aient une place dans les conseils d’administration, les lieux de pouvoir. La crise est telle qu’il faut qu’on aille plus loin sans doute pour le chômage partiel : ne faut-il pas consacrer plus de moyens à la formation pour que les salariés soient en meilleure situation à la sortie de la crise ? Il faut utiliser toutes les batteries de mesures possibles. Si on ne fait pas ça, des entreprises vont fermer et quand l’activité redémarrera, ce seront des emplois délocalisés.

Le 29 janvier sera une journée exceptionnelle ?

Ce ne sera pas une journée parmi d’autres et c’est pourquoi la CFDT a voulu attendre pour la tenir. Cette journée est la plus importante depuis trois ou quatre ans. La mobilisation contre le CPE était très forte mais là nous sommes sur un sujet plus vaste. Il est insupportable que les salariés payent cette crise, ils n’en sont pas responsables. En fonction de l’ampleur de la mobilisation, la réaction patronale et gouvernementale sera différente.

Comment sentez-vous la mobilisation ?

Je ne veux pas jouer les devins mais les appels intersyndicaux se multiplient y compris dans le privé. Ça va être un test. On a tout fait pour que ça réussisse : l’unité syndicale réalisée, le temps qu’on s’est donné pour avoir une plate-forme et informer… Ces jours-ci, les désaccords syndicaux sur d’autres sujets doivent s’éteindre. Le gouvernement ne serait pas sérieux s’il ne répondait pas à la mobilisation. Depuis 15 jours c’est plutôt le silence de ce côté. Notre responsabilité est d’amener les salariés dans la rue pour que la réponse du gouvernement soit importante.

Dans cette crise, les syndicats peuvent-ils continuer à obtenir des améliorations concrètes pour les salariés ?

Nous avons le sentiment à la CFDT que ces derniers mois nous avons apporté des améliorations concrètes. Ça peut être discuté. Par exemple sur l’assurance chômage, la formation, etc. Nous voulons continuer. Il faut que les nouvelles régulations ne se fassent pas au détriment du social. Et pourquoi pas obtenir des droits supplémentaires


Entretien réalisé par Olivier Meyer