"Le fond de l'idéologie du FN, c'est le puissant qui domine les autres, dans tous les domaines"

Publié le 14/03/2011 à 00H00
Dans une interview à l'AFP, Jean-Louis Malys revient sur le positionnement de la face aux idées du Front national.

Le poids des idées du FN dans le monde ouvrier vous préoccupe-t-il ?

Je pense que c'est très préoccupant. Tout le monde porte une part de responsabilité, on ne peut pas s'exonérer de ça. Quelquefois, on est passifs et on laisse des idées profondément nocives se véhiculer. A la CFDT, nous sommes sortis du schéma, qui a été véhiculé par les organisations syndicales, du brave ouvrier antiraciste et du méchant patron raciste. Cette vision est inexacte. J'ai travaillé dès l'âge de 18 ans en usine, en Lorraine, ma région. Beaucoup de travailleurs arabes avaient été embauchés dans la sidérurgie et je vous jure que les ouvriers étaient aussi racistes qu'aujourd'hui, ils avaient une forme de mépris pour les Arabes.

 A la CFDT, depuis 1995, nous avons mis en place des formations de sensibilisation sur les questions de discrimination qu'on propose dans toutes les régions.

 Le discours de Marine Le Pen, plus tourné que celui de son père sur les questions sociales, explique-t-il en partie que des salariés, notamment des ouvriers, soient séduits ?

 Je vous renvoie au fascisme italien sous Mussolini et au national-socialisme allemand, qui se voulaient l'un et l'autre 'social' et s'adressaient notamment à ce que la vulgate marxiste appelait le 'lumpen' prolétariat. Que l'extrême droite s'adresse aux ouvriers en jouant sur une fibre anticapitaliste, ce n'est pas nouveau du tout. On l'a peut-être un peu trop oublié en France.

 Le fond de l'idéologie du FN, c'est le puissant qui domine les autres, dans tous les domaines. Fondamentalement, c'est une organisation qui légitime les inégalités et les injustices. Leur politique familiale pousse les femmes à rester à la maison, c'est une organisation profondément raciste et homophobe. Personne ne peut douter que, pour la CFDT, le Front national, c'est l'ennemi absolu.

 Le FN mène-t-il une stratégie d'entrisme dans les syndicats ?

En tout cas, ils prétendent aujourd'hui la coordonner. L'entrisme, il est dans les deux sens. Il y a des gens qui doivent se découvrir une vocation FN parce qu'ils se décomplexent à cause du discours de Marine Le Pen. Mais je ne crois pas que le FN ait une démarche structurée d'entrisme. Ils utilisent des opportunités. Nous, on sera extrêmement ferme, et on est très bien organisés pour lutter contre de telles pratiques.

Propos recueillis par Thierry Mazure