"Le 7 septembre, le niveau de la mobilisation sera déterminant"

Publié le 04/09/2010 à 00H00
Dans un entretien accordé à Ouest France daté du 4 septembre 2010, François Chérèque, assure que la mobilisation du 7 septembre sur la réforme des retraites sera importante.

Vous souhaitez le départ d'Éric Woerth ? Pourquoi ?

Peser sur le choix des ministres ou leur départ, ce n'est pas notre affaire. Simplement, aujourd'hui, je me dois de poser tout haut la question que tout le monde se pose tout bas. Est-ce qu'un ministre concerné dans une affaire qui n'en finit pas peut, à la fois, assumer sa défense et maîtriser un dossier aussi important que celui des retraites ? Le risque est de se prendre les pieds dans le tapis, de mélanger les sujets et de rendre des réponses incohérentes.

Certains observateurs interprètent vos dernières ouvertures comme une annonce de repli ?

Vieille suspicion ! Il n'y a rien de changé dans la position de la CFDT depuis le début. C'est à la fois une opposition ferme à la réforme telle qu'envisagée ¯ tout particulièrement le recul de l'âge de départ à 62 ans ¯ et une volonté d'avoir des résultats pour les salariés sur les points les plus injustes.

Éric Woerth vient de récuser votre idée de retraite à taux plein à 65 ans ?

C'est la raison pour laquelle il la refuse qui est importante. Parce que le recul à 67 ans, c'est le tiers du financement de la réforme, dit-il. Ça veut dire que, sans honte, le gouvernement fait payer le tiers du financement de la réforme aux personnes les plus précaires, notamment aux femmes qui ont interrompu leur carrière pour élever leurs enfants ! On fait payer la charge à ceux qui ont le plus de difficultés en partant en retraite ! C'est le choix d'accroître les inégalités. Inadmissible.

Quel est l'état des lieux de la mobilisation pour le 7 septembre ?

Tous les ans, on annonce une rentrée chaude qui ne vient pas. Eh bien, cette année, la rentrée sera effectivement chaude. Les échos du terrain montrent une bonne dynamique. Le 7, on espère être au moins au même niveau que le 24 juin, une semaine seulement après la rentrée. Tant mieux si c'est mieux. En tout cas, le niveau de mobilisation sera déterminant sur la réponse du gouvernement. Si la mobilisation est importante, il sera obligé de bouger. Inévitablement. La seule suite possible à nos yeux, c'est que le gouvernement rouvre le dialogue pour construire une autre réforme.

Que pensez-vous de l'attitude des partis d'opposition ?

Le terrain de l'unité syndicale c'est le social, pas le politique. Il faut qu'on y reste. Toutes les tentatives de l'extrême gauche de vouloir politiser le mouvement ont d'ailleurs échoué.

Qu'attendez-vous du débat parlementaire ?

Quand la CFDT interpelle les députés de la majorité dans leurs circonscriptions, beaucoup sont mal à l'aise. Sur la pénibilité comme sur l'âge de départ à taux plein...

Et du débat sur les niches fiscales...

Il m'inspire un parallèle entre la réforme des retraites et l'affaire Bettencourt. Rendre des dizaines de millions d'euros à une grande fortune tous les ans parce que, soi-disant, elle paie trop d'impôts et faire une réforme fiscale qui toucherait les classes moyennes en épargnant les plus aisées, ce n'est pas possible. Donc, dans le choix de suppression des niches fiscales, le gouvernement doit privilégier les cadeaux qu'il a faits aux grosses fortunes : bouclier fiscal, transmission des patrimoines...