"La réforme reste injuste malgré ces deux amendements positifs"

Publié le 08/10/2010 à 00H00
Dans une interview accordée au site internet du Point, Jean-Louis Malys, secrétaire national en charge du dossier retraites, revient sur les concessions - insuffisantes - du gouvernement à l'approche du 12 octobre.

Que pensez-vous des deux nouveaux amendements à la réforme des retraites proposés par Nicolas Sarkozy ?

Depuis le début, nous avons acté toutes les propositions du gouvernement qui modifient le texte dans le sens d'une plus grande justice. La mesure qui concerne les mères de trois enfants est positive. Malheureusement, elle ne prend pas en compte les carrières réelles des femmes. Certaines d'entre elles vont en bénéficier alors que le déroulement de leur carrière n'aura pas été affecté par la maternité. En revanche, des mères de deux enfants seront exclues du dispositif alors que leur évolution professionnelle aura été perturbée. C'est aussi une mesure extrêmement limitée dans le temps. On veut nous faire croire qu'au-delà des femmes nées en 1955, les problèmes sont réglés. Or ce n'est pas le cas. Au contraire, la précarité au sens large, pour les hommes, mais surtout pour les femmes, s'est développée après les années 1960. En ce qui concerne les parents d'enfants handicapés, le gouvernement ne fait que maintenir le dispositif existant. On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un progrès substantiel.

L'ensemble des modifications apportées au texte lors du débat parlementaire ne justifie-t-il pas l'interruption de la mobilisation sociale ?

Absolument pas. Le problème, c'est l'économie globale de la réforme. Les efforts sont mal répartis entre le travail et le capital. Le recul des bornes d'âge, à 62 et 67 ans, creuse les inégalités au sein du monde du travail : ce sont les plus précaires qui seront les plus touchés. Paradoxalement, chaque fois que le gouvernement apporte une modification à sa réforme, il en reconnaît le caractère fondamentalement injuste. En plus, elle n'est pas pérenne. Il aurait fallu une véritable mise à plat du système que le gouvernement nous a refusée.

L'unité syndicale ne risque-t-elle pas d'être menacée par les appels à des grèves reconductibles ?

Aucune organisation confédérale n'a lancé de mots d'ordre de grève reconductible. Pour l'instant, on est totalement calé avec les autres syndicats, notamment ceux qui ont signé les textes communs (FO et Sud refusent de le faire, NDLR). On est un des maillons forts de l'intersyndicale, on souhaite le rester. Nous n'avons aucun état d'âme. On espère que le 12 octobre (la prochaine manifestation, ndlr) la mobilisation sera extrêmement massive. Il y a des secteurs d'activité où les salariés ont envie d'aller au-delà de ce que nous proposons. Ça ne nous pose pas de problème. En revanche, nous avons le sentiment qu'un appel généralisé à des grèves reconductibles ou illimitées risquerait de ne pas être suivi et de diviser le mouvement.

Le gouvernement semble montrer qu'il est arrivé au bout des concessions. Dans ces conditions, quelle peut être la voie de sortie ?

Le gouvernement a déjà tenu ce langage en septembre. Or, tant que la loi n'a pas été votée, il y a encore des éléments qui peuvent bouger. Sa gestion de la communication des chiffres des manifestations a sombré dans le ridicule. Nous, nous avons été relativement raisonnables. S'il continue à ignorer le fait que 72 % de l'opinion est opposée à cette réforme, un chiffre qui n'a cessé de grimper, il le paiera durablement. Si la mobilisation du 12 octobre est une réussite, le gouvernement ne pourra pas continuer à être dans le déni.

Quelle mesure d'assouplissement rendrait la réforme acceptable à vos yeux ?

Nous n'apporterons pas notre approbation à une réforme qui consiste à décaler l'une ou l'autre borne d'âge. Reculer au moins une des deux limites serait un geste significatif. Mais cela ne nous fera pas approuver la réforme pour autant. Il faut comprendre que si nous ne sommes pas dans une logique de négociation, c'est parce que le gouvernement s'y refuse depuis le début.

Propos recueillis par Marc Vignaud