"La réforme des retraites n'est pas scellée"

Publié le 20/07/2010 à 00H00
A Brest dans le cadre de la campagne Saisonniers, François Chérèque est revenu sur la réforme des retraites dans une interview accordée au Télégramme, le 20 juillet 2010.

Le projet de réforme repoussant l'âge de départ à la retraite à 62 ans a été acté par le gouvernement. Les dés sont-ils jetés?
Le sort de la réforme des retraites n'est pas scellé tant que la loi n'est pas définitivement votée. Le texte du projet de loi n'appartient plus au président de la République, ni au gouvernement, il est désormais entre les mains des parlementaires. Ce sont les députés qui voteront la loi à l'automne. Nous allons faire pression sur eux pour leur expliquer notre désaccord et leur demander de changer cette loi injuste. Pourquoi vont-ils voter une loi qui amènera les femmes qui ont interrompu leur carrière à partir à 67 ans pour avoir une retraite complète? Pourquoi vont-ils voter une loi qui obligera les personnes ayant commencé à travailler à 18 ans, dans des emplois parfois pénibles, à cotiser pendant 44 ans? Il faudra expliquer tout cela dans leurs circonscriptions. Nous allons aussi leur rappeler que 2012 ne sera pas seulement une élection présidentielle, mais aussi une élection législative.

Quelles sont les propositions de la CFDT, et quelles sont vos marges de manoeuvre?
Nous refusons le paramètre des 62 ans. Il faut pouvoir maintenir le choix du départ à 60 ans, pouvoir partir avec une retraite complète dès que la durée de cotisation est atteinte. Il est anormal que des salariés qui ont démarré tôt leur carrière professionnelle soient obligés de cotiser 43 ou 44 ans alors que d'autres pourront s'en aller avec 41 années. C'est une question de justice sociale. Il y a des députés villepinistes et du Nouveau Centre qui vont plutôt dans notre sens.

Le président de la République a dit qu'il ne tiendra pas compte de la mobilisation du 7 septembre, même si elle est forte. L'automne sera-t-il chaud?
Bien sûr, l'automne sera chaud. Nous avons l'habitude d'entendre les hommes politiques affirmer haut et fort, avant un mouvement social, qu'ils ne changeront pas leur position. Nous l'avons déjà vu, la pression de la rue fait parfois bouger les choses. Il est important que la mobilisation du 7septembre soit forte, car la loi ne doit pas être votée en l'état.

Le gouvernement se dit attentif aux questions sur la pénibilité, les carrières longues et les polypensionnés. Est-ce une avancée de sa part?
Si le gouvernement estime qu'il y a tant d'inégalités sur ces sujets, c'est que la loi qu'il propose n'est pas bonne et qu'il faut la revoir. Nous arracherons tout ce que nous pourrons pendant le débat parlementaire qui se tiendra du 7 septembre à la mi-octobre.

Propos recueillis par Yves Drévillon