"La France soutient la grève"

Publié le 25/01/2009 à 00H00
Sud Ouest publie sous ce titre une interview de François Chérèque dans son édition du 25 janvier.

Si l'on en croit les résultats du sondage Ifop-« Sud Ouest », le mouvement de jeudi prochain paraît légitime auprès de la population. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Les syndicats ont bien compris le sentiment qui guide actuellement les salariés. C'est un vrai sentiment d'injustice. Ils ont l'impression qu'ils paient des fautes commises dans la sphère du système financier international. Ils n'en sont pas responsables alors qu'ils en assument les conséquences. Et, d'autre part, les salariés cultivent le sentiment que les mesures prises pour faire face à la crise ne sont pas à la mesure des attentes.

À quoi ressemblerait une mobilisation réussie le 29 ?

On pourra toujours effectuer des comparaisons avec les mouvements de ces derniers mois. La référence, c'est, par exemple, ce qui était monté autour du mouvement contre le CPE1. On va surtout regarder, jeudi, quels salariés viendront manifester. L'enjeu est de réussir à toucher les salariés du privé, en particulier dans les entreprises en difficulté. Il ne faut pas qu'ils se réfugient à l'intérieur de leurs entreprises. Ils doivent au contraire sortir pour manifester leur mécontentement.

Le sondage fait apparaître un fort mécontentement des catégories intermédiaires et des employés. Ceux-ci, quand ils sont jeunes salariés du privé, sont en général peu nombreux dans les manifestations...

Les salariés du privé, plutôt jeunes et plutôt qualifiés - catégories intermédiaires et employés -, sont ceux qui souffrent le plus de la crise aujourd'hui. On le voit bien, les cadres sont en général moins touchés que les ouvriers qualifiés et les employés. Ces derniers ont peur pour l'emploi et pour leur pouvoir d'achat. Cette population-là juge que les réponses apportées par le gouvernement, mais aussi par les partis dans leur ensemble, ne sont pas satisfaisantes. Auprès du monde du travail, on s'adresse d'abord aux plus modestes, et c'est normal. Les cadres s'en tirent mieux. Dans l'intervalle restent les professions intermédiaires, auxquelles on ne pense pas. C'est bien pour cela que nous avions établi en leur faveur une des principales mesures de la nouvelle convention assurance-chômage. Elle permettait aux précaires d'accéder aux aides.

Quelles réponses gouvernementales attendez-vous pour ces catégories de salariés ?

Il existe plusieurs pistes. Il faut aider ceux qui se retrouvent au chômage. On a créé par la négociation un fonds interprofessionnel de qualification. On peut s'en servir comme d'un levier pour qu'ils bénéficient d'une meilleure qualification sur le marché du travail quand on sera en sortie de crise. L'autre élément important porte sur les mesures gouvernementales attachées au pouvoir d'achat. On doit prendre des décisions claires pour l'accès au logement et pour l'accès à la protection sociale, à la santé et aux mutuelles.

Craignez-vous des soubresauts sociaux violents ?

C'est un risque dans la situation actuelle. On nous dit que l'on vit la plus grosse crise de ce siècle, quelque chose que l'on n'a pas connu depuis quatre-vingts ans. Les réactions sociales peuvent être imprévisibles. On a vu récemment, dans certains pays, la jeunesse se rebeller. C'est pour cela que nous prenons nos responsabilités et que nous nous déclarons prêts à réfléchir à des solutions valables pour l'ensemble des salariés.

(1) Dans les premiers mois de 2006, une mobilisation massive avait eu raison de la réforme instituant le contrat première embauche (CPE).

Propos recueillis par Jean-Denis Renard