"La compétitivité est l'affaire de tous"

Publié le 13/03/2012 à 00H00
Dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 13 mars 2012, François Chérèque expose les défis que doit relever l'industrie française en termes de compétitivité.
L'avenir de l'industrie passe-t-il par une amélioration de la compétitivité fondée sur une baisse du coût du travail ? Pour la CFDT, le sujet est important, mais le coût du travail n'est qu'un des éléments à prendre en compte. Notre retard est dû à d'autres facteurs : défaut d'investissement, d'innovation, de formation, mauvaise organisation du tissu industriel, difficultés d'accès au financement... Ces conclusions sont le fruit d'un diagnostic établi par trois syndicats, dont la CFDT, et deux organisations patronales.

C'est cela que le gouvernement a ignoré en décidant la 'TVA sociale', au prétexte d'augmenter la compétitivité. La mesure est injuste, néfaste pour la consommation et la croissance. Elle pénalise plus les consommateurs que les importations.

La CFDT est prête à débattre du transfert des cotisations sociales pour les risques universels vers une contribution plus large que les revenus du travail. Mais le retard de compétitivité appelle d'abord d'autres réponses cohérentes, inscrites dans la durée.

Les faiblesses de notre pays sont connues. Il y a, d'une part, un déficit d'investissement, de montée en gamme, d'innovation, et un dialogue social trop souvent défaillant. D'autre part, notre système d'éducation fait le choix de l'élitisme au détriment de nombreux jeunes. Les entreprises sous-traitantes sont soumises aux donneurs d'ordre plutôt que considérées comme des partenaires. Enfin, le subventionnement des bas salaires enferme salariés et entreprises dans le smic et la non-qualification...

La France a aussi des atouts : ses infrastructures, son système de protection sociale, la compétence de ses salariés, sa productivité horaire supérieure à ses voisins européens.

La compétitivité n'est pas une fin en soi, elle est une condition de l'emploi, de la cohésion sociale et de la croissance. Il faut agir sur la qualité des produits et services, la formation, l'organisation du travail, la recherche.

Quelles sont les priorités ? Soutenir l'investissement social et valoriser notre capital humain : former plutôt que licencier, sécuriser les parcours des salariés, développer l'alternance. Face à la crise, la priorité est de garder les compétences dans les entreprises, comme l'ont réussi nos voisins allemands avec le chômage partiel et la formation quand trop d'entreprises françaises font le choix irréversible du licenciement économique.

Notre pays doit rattraper son retard d'investissement dans l'innovation. Cette exigence concerne aussi l'innovation sociale. L'organisation du travail, les pratiques de management et le sens du travail doivent être discutés.

Autre enjeu : l'organisation des filières d'activité qui repose sur une coopération entre grands groupes et PME. Dans cette logique, un accord sur la construction et le partage de la valeur ajoutée est urgent.

Audace et engagement

Au niveau européen, il faut pousser les capacités d'investissement nécessaires à la progression d'un nouveau mode de développement. Le projet européen ne peut pas se résumer à la rigueur des objectifs budgétaires communs.

Enfin, nous devons dégager en France tous les moyens nécessaires au financement de la croissance. La CFDT assume la nécessité de réduire les déficits publics, mais refuse que les choix imposés n'aient pas été débattus et qu'ils pèsent majoritairement sur les salariés.

La mise en oeuvre de ces priorités implique une démarche de dialogue social. Nous avons besoin d'un pilotage coordonné entre l'Etat et les partenaires sociaux. Les organisations syndicales et patronales doivent démontrer que ces défis sont les leurs. Les organisations patronales aussi devront faire preuve d'audace et d'engagement.

La CFDT sera force de proposition, exigeante sur les modalités et l'évaluation des actions et des mesures prises. La compétitivité est l'affaire de tous.

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT