"la CFDT veut concilier emploi, conditions de travail et défense de l'environnement"

Publié le 21/01/2010 à 00H00
Toogezer, "le magazine de la Terre et des Hommes", publie sous ce titre une interview de Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la CFDT, dans son numéro de janvier 2010.
La CFDT et le Développement durable, c’est une longue histoire ?

Depuis longtemps, la CFDT met en avant l’ambivalence du progrès technologique. On ne peut pas défendre correctement les salariés sans s’intéresser à l’environnement et à la finalité de la production. Dans les années 70, la publication de l’ouvrage « Les dégâts du progrès » est particulièrement emblématique de cette position. Dans la même période, dans le nucléaire, avec le court-métrage « Condamnés à réussir », la CFDT porte le débat sans nier les dangers de cette industrie, mais refuse la dénonciation systématique. C’est toujours notre ligne de conduite. La CFDT a défendu l’intégration du principe de précaution dans la constitution. Elle ne vise cependant pas une société du risque zéro qui est figée. Refuser complètement des technologies comme les organismes génétiquement modifiés ou les nanotechnologies en Europe, c’est se priver de possibilité de progrès et du moyen de les contrôler, celles-ci étant développées dans d’autres régions du monde avec moins de transparence.

Le rapprochement de la plus grande fédération syndicale française, la CFDT, avec la plus grande fédération d’associations environnementales, France Nature Environnement, marque t-il un tournant ?

Le Grenelle a eu comme effet positif, entre autres, de nous mettre en contact avec les autres acteurs du Développement durable, de mieux nous connaître, nous comprendre. C’est notamment le cas des représentants de France Nature Environnement. Je crois beaucoup au rôle de la société civile pour l’émergence d’un Développement durable. Les politiques sont soumis à des échéances de court-terme, des  organisations de citoyens sont nécessaires pour que l’intérêt général à moyen et à long-terme soit pris en compte. De leur côté, les associations environnementales doivent prendre en compte la compatibilité économique et sociale de leurs revendications pour les rendre applicables.

La taxe carbone est-elle votre prochain grand combat commun ?

Nous sommes pour une fiscalité écologique réintégrée dans un contexte plus global de réforme des prélèvements. La taxe carbone passe auprès de l’opinion pour un prélèvement inégalitaire. Dans un contexte d’augmentation de la part de travailleurs pauvres, il faut veiller à  la réduction des inégalités et à l’équité des prélèvements. Nous défendons donc, parallèlement à la taxation des émissions polluantes, la suppression du bouclier fiscal et un réinvestissement des prélèvements pour favoriser les comportements écologiques des entreprises et des ménages. Nous soutenons une imposition de tous les secteurs y compris celui de la production d’électricité, comme d’ailleurs les ONG.

Les intérêts des salariés sont-ils forcément ceux de la planète ?

Dans les entreprises, les syndicats sont en permanence confrontés à des intérêts contradictoires. Loin de cacher ces divergences, il faut savoir les gérer. La priorité d’un salarié est de garder son emploi et de le voir rémunéré correctement avant de se poser des questions sur l’environnement. Les exigences environnementales ne sont pas incompatibles avec l’amélioration des conditions de vie du travailleur.  Mais cela entraîne des mutations fortes en termes d’emploi. Il faut les gérer et donner des perspectives aux salariés. Cela signifie construire des compromis complexes entre tous ces enjeux tout en évitant des dumping sociaux ou environnementaux.

Dans ce domaine, la CFDT est partisane d’une « taxe d’ajustement » aux frontières européennes ?

Oui, car il faut permettre le maintien de la compétitivité internationale de l’Europe parallèlement à sa politique volontariste de réduction des gaz à effet de serre pour la rendre viable économiquement. L’exemplarité de l’Europe et de la France – 1,2 % des émissions des gaz à effet de serre mondiaux pour la France – en matière de lutte contre le réchauffement climatique ne suffit pas. Les première et seconde puissances économiques planétaires sont les Etats-Unis et la Chine.