“Je suis très réservé sur la hausse de la CSG”

Publié le 26/08/2013
Interrogé à la veille de rencontrer le Premier ministre sur l'avenir des retraites, Laurent précise une fois encore les attentes de la CFDT avec un leitmotiv : la justice.

Vous serez le premier représentant syndical reçu lundi par Jean-Marc Ayrault. Quelle est votre appréciation du projet de loi sur les retraites, notamment la hausse de la CSG ?

Je suis très réservé sur cette hausse pour financer les retraites. Les recettes de la CSG doivent être attribuées en priorité à la santé et à la perte d'autonomie. Pour les retraites, l'augmentation modérée des cotisations des entreprises et des salariés est plus logique.

Êtes-vous favorable à l'allongement de la durée de cotisation ?

Nous ne la réclamons pas. Mais la durée de cotisation est plus équitable que le report de l'âge, qui pénalise les plus fragiles. L'allongement de la durée de cotisation ne doit pas être accéléré d'ici à 2020. Il faudra respecter un partage équilibré entre la vie professionnelle et la retraite.

Faut-il aussi mettre les retraités à contribution ?

Oui, à condition que les retraités qui touchent de petites pensions ne soient pas pénalisés. La CFDT est favorable à l'alignement du taux de CSG des retraités, de 6,6 %, sur celui des salariés (7,5 %), à condition que cette mesure finance la dépendance vieillesse.

Craignez-vous une réforme a minima ?

Ce ne serait qu'un simple replâtrage si on ne luttait pas contre les inégalités. Les femmes bénéficient de retraites largement inférieures à celles des hommes. Les jeunes sont pénalisés, car une partie des périodes d'apprentissage et de précarité ne sont pas prises en compte. Ils subissent aussi davantage le chômage. Idem pour les polypensionnés, qui ont cotisé à différents types de régime et subissent des incohérences. Enfin, la pénibilité de certaines carrières doit être prise en compte.

Le gouvernement vous a écouté avec la possible création d'un compte individuel pénibilité…

S'il le fait, ce sera très positif. Nous nous battons depuis vingt ans pour que la pénibilité soit prise en compte dans le calcul des retraites. La CFDT estime que dix ans d'exposition à un facteur de risque pour la santé – le travail de nuit, les charges lourdes, le froid… – doivent correspondre à un an de réparation : un départ anticipé ou une formation pour évoluer.

Quelles avancées attendez-vous pour les femmes ?

Nous souhaitons que la majoration de la retraite de 10% actuellement en vigueur lorsqu'il y a trois enfants profite davantage aux mères. Il faudrait remplacer ce système par une somme forfaitaire par enfant, qui soit attribuée en priorité aux femmes. Ce forfait apparaîtrait progressivement.

Combien coûterait la prise en compte de la pénibilité ?

Difficile à dire, mais la justice sociale a un coût. Les entreprises qui proposent des travaux pénibles doivent en payer une partie.

Vos propositions vont braquer le Medef…

Le Medef fait une rentrée offensive, en oubliant les salariés dans l'entreprise. Ses propositions sur les retraités sanctionnent les plus vulnérables. Sur la compétitivité, Pierre Gattaz n'évoque que le coût du travail, et jamais le dialogue social, l'innovation… On n'entend rien sur les négociations à venir : la formation professionnelle et l'assurance chômage. Il s'adresse directement au gouvernement, en zappant les syndicats. J'espère que ce n'est qu'une posture, à quelques jours de l'université d'été du Medef.

Une partie de la gauche s'interroge sur la pertinence de cette réforme à six mois des municipales. Êtes-vous choqué?

Il faut réformer, car les jeunes perdent confiance dans ce système de solidarité intergénérationnel. Il faut leur montrer que la retraite par répartition sera pérenne. Pour cela, toutes les inégalités doivent être réduites.

La CGT, FO, FSU et Solidaires manifesteront le 10 septembre. Resterez-vous hors de ce mouvement ?

Manifester le 10 septembre est hors de question pour la CFDT. La vocation d'un syndicat n'est pas d'organiser des défilés avant de connaître le résultat des concertations. Notre syndicat privilégie la discussion pour obtenir des avancées. Si le gouvernement ne répond pas à nos propositions, nous réfléchirons à une autre mobilisation. Le 10 octobre, 5.000 représentants CFDT du public et du privé se réuniront Porte de Versailles à Paris à l'occasion d'une campagne de mobilisation sur l'emploi et la qualité de vie au travail.

Quelle est votre vision du climat social de cette rentrée ?

La situation reste difficile et préoccupante. Malgré le frémissement économique, rien n'est résolu sur les fronts du chômage et du pouvoir d'achat. Il y a un fort pessimisme chez les salariés. Il n'y a pas de place pour l'attentisme du côté des politiques, du patronat et des syndicats. Sortons de cette crise de responsabilité, de l'incapacité à donner de l'espoir et à résoudre les problèmes concrets.

La courbe du chômage va-t-elle s'inverser ?

C'est le problème numéro un, bien avant les retraites. Le chômage mine la société française. Il faut que le gouvernement remobilise sur ce sujet, le patronat doit recourir aux contrats de génération. Les chefs d'entreprise sont aussi responsables. Le Medef ne peut plus affirmer : "Baissez les charges sociales, et laissez-nous faire."

Propos recueillis par Bruno Jeudy et Marie Nicot