[Interview] Travailleurs détachés : il faut “des moyens de contrôle supplémentaires”

Publié le 10/12/2013

Dans une interview à Direct Matin du 10 décembre 2013, Laurent Berger demande une régulation accrue pour lutter contre le dumping social du fait des abus liés aux travailleurs détachés.

La directive européenne qui encadre le travail détaché doit-elle être aménagée ?

La CFDT est pour sa révision, pour éviter qu’elle ne soit détournée et n’encourage au dumping social. Aujourd’hui, il est important d’obtenir une meilleure définition des conditions auxquelles les travailleurs détachés peuvent être employés. Nous réclamons aussi des moyens de contrôle supplémentaires. Enfin, il faut veiller à engager la responsabilité des donneurs d’ordre, et pas seulement celle des sous-traitants.

Comment expliquer la fréquence des abus ?

Les moyens de contrôle ne sont pas adaptés et les travailleurs détachés ne signalent pas toujours les abus.?Certains sont difficiles à repérer, comme lorsque des employeurs paient leurs travailleurs détachés au Smic, puis prélèvent des sommes sur leur salaire au titre du logement ou du transport.

Un contrôle plus strict ne contrevient-il pas au droit de libre circulation dans l’Union??

Il est possible et même nécessaire de concilier les deux, car beaucoup de travailleurs français sont eux-mêmes détachés dans d’autres pays. C’est pourquoi nous avons réclamé l’amélioration de la directive européenne, non sa suppression.

Cette polémique ravive le débat des charges sociales plus faibles dans certains pays de l’Union européenne…

A termes, c’est la question de l’harmonisation sociale et fiscale au sein de l’Union européenne qui se posera. Mais cela ne se fait pas en claquant des doigts, nous n’en sommes pas encore là. Dans un premier temps, obtenir plus de régulation est une priorité.

N’y a-t-il pas un risque d’amalgame et de stigmatisation des travailleurs étrangers ?

C’est précisément en régulant que nous éviterons toute stigmatisation. Encore une fois, employer des travailleurs détachés n’est pas un problème en soi. Mais s’il y a besoin de travailleurs détachés, les entreprises doivent le faire dans des conditions légales. Nous refusons tout discours xénophobe. Il s’agit bien de lutter contre le dumping social et de préserver les conditions de travail de tous les salariés.