[Interview] “Refuser d'ouvrir des négociations serait un acte d'irresponsabilité du patronat”

Publié le 13/02/2017

Dans une longue interview aux Echos du 13 février 2017, Véronique Descacq, la secrétaire générale adjointe de la CFDT, met la pression sur le patronat pour qu'il accepte de rouvrir la négociation sur l'assurance-chômage.

Comment abordez-vous la réunion de mercredi sur l'assurance-chômage ?

Nous avons précisé le diagnostic. Maintenant il faut rouvrir les négociations et aller vite pour rassurer les salariés et demandeurs d'emploi. Contrairement à une idée reçue, les Français ne sont pas tellement en retard en matière de réforme du marché du travail et pas si atypiques que cela sur l'indemnisation du chômage. Notre particularité, c'est l'utilisation des contrats courts, voire très courts - parfois moins d'un jour - dans certains secteurs. Lutter contre la précarité grandissante est donc un sujet incontournable.

Le patronat a refusé en juin. Pourquoi aurait-il changé d'avis ?

Ils n'ont pas dit non, ils ont dit qu'ils n'avaient pas de mandat. Il faut se replacer dans le contexte de la fin de la discussion parlementaire sur la loi travail, qui a provoqué de la confusion.

Vous croyez à un revirement ?

Je dirais plutôt un retour à la raison. Il faut être clair, la CFDT ne s'est pas engagée sur le pacte de responsabilité pour aujourd'hui réclamer une hausse du coût du travail. Force est de constater que la surtaxation des CDD que nous avions imaginée en 2013 n'a produit aucun effet sur l'allongement de la durée des contrats. Nous proposons des cotisations dégressives pour inciter à aller vers l'emploi stable, ainsi qu'une mesure d'équité pour éviter les différences de traitement entre salariés en contrats très courts, à temps partiel ou à temps plein.

Via un malus ?

Non. Notre idée est que les entreprises qui modifient leur comportement vis-à-vis des salariés en les gardant plus longtemps y trouvent un intérêt. Beaucoup d'entreprises qui utilisent des contrats courts reprennent le même salarié ou des salariés différents sur le même poste. Nous faisons le pari que si, en faisant des contrats plus longs, elles paient moins de cotisations, elles seront nombreuses à le faire.

FO défend un autre système. En avançant une fois de plus divisés, les syndicats ne se mettent-ils pas en situation de faiblesse ?

Le dispositif de Force ouvrière qui s'appuie sur la définition d'un taux pivot de CDD nous paraît complexe à mettre en œuvre, donc moins incitatif. Mais nous sommes ouverts à toutes les propositions faisant la preuve de leur efficacité pour rallonger la durée des contrats.

Ca ne résout pas l'équation financière...

Il faut distinguer la question de la dette accumulée de celle du déficit annuel. Une grande partie de la dette vient du report de dépenses de l'Etat vers l'assurance-chômage. L'équilibre financier est accessible. Par exemple, si on allonge la durée des contrats, il y aura moins de précarité et l'assurance-chômage aura moins à indemniser.

Une partie du patronat veut que l'Etat ne garantisse plus les emprunts de l'Unédic pour lui interdire les déficits....

Qui veut ça ? Les assureurs qui sont les premiers à acheter de la dette de l'Unédic garantie par l'Etat ? C'est un non-sens ! Mais il faut faire les réformes nécessaires pour remettre le système d'équerre. Et il faut le faire avant l'élection présidentielle pour démontrer la capacité des partenaires sociaux à gérer l'assurance-chômage et nous mettre en position d'ouvrir les discussions qui s'imposent avec l'Etat. Assurance-chômage des établissements publics, des frontaliers, financement de la culture, retraites progressives et dette, mais aussi sécurisation des fins de carrière. Sans compter le relèvement de l'âge de la retraite et la fin des préretraites dont il a reporté une partie de la charge sur l'assurance-chômage. Les sujets ne manquent pas.

La CFDT est-elle prête à accepter une réforme de l'indemnisation des seniors ?

L'augmentation de la durée d'indemnisation d'un an à partir de 50 ans envoie un très mauvais signal sur l'emploi des seniors et mettrait beaucoup de seniors dans l'impasse du chômage de longue durée.. Mais le relèvement de cette borne d'âge doit aller de pair avec un engagement des entreprises pour maintenir les seniors en emploi et les former.

Que se passera-t-il si le patronat refuse d'ouvrir des négociations ?

Ce serait un acte d'irresponsabilité, incompréhensible dans la période.

Propos recueillis par Leïla de Comarmond