[Interview] “Que le ministre corrige ses propos” concernant le contrôle des demandeurs d'emploi

Publié le 03/09/2014

Interviewé dans Ouest France au lendemain des déclarations du ministre du Travail sur le contrôle des demandeurs d'emploi, Laurent Berger confirme qu'il considère ces propos comme inacceptables et fait le point sur les dossiers sociaux à venir.

Vous avez réagi vivement aux propos de François Rebsamen ?

J'ai dit que j'étais atterré. C'est inacceptable. La démonstration qu'on a parfois des politiques qui ont oublié que, derrière, il y a des hommes et des femmes qui vivent durement leur situation. Là, il y a une stigmatisation insupportable.

Inacceptable ?

J'invite Monsieur Rebsamen à corriger ses propos. À dire que, bien sûr, le contrôle existe mais qu'il ne doit pas être punitif. Ce n'est pas tant de contrôle que d'accompagnement vers le retour à l'emploi dont ont besoin les chômeurs. La réponse, ce n'est pas le bâton, c'est la formation.

La rentrée est déjà suffisamment compliquée...

Oui. Dans une société où il y a de fortes tensions, arrêtons de monter les uns contre les autres. C'est dangereux et injuste. La rentrée est difficile parce qu'il y a cinq millions de chômeurs, que la France est en croissance nulle, et que de nombreuses entreprises sont en difficulté. On a besoin d'une société plus apaisée, coopérative pour construire des solutions.

Que vous inspirent le discours de Manuel Valls au Medef et la nomination d'Emmanuel Macron à Bercy ?

Ce qui a été au coeur de l'actualité, c'est l'entreprise, qui n'est ni ange ni démon. Une partie de la gauche et le gouvernement ont fait leur révolution culturelle. Une enquête montre que 74 % des salariés sont fiers de travailler dans leur entreprise. Il faut arrêter de la dénigrer. Au patronat, maintenant, de faire aussi sa révolution culturelle.

Comment ?

Il doit considérer que l'entreprise est aussi une propriété sociale. Évidemment, elle appartient à un actionnaire, mais le patronat doit tenir compte de la situation des salariés, de leur devenir. Tout cela, c'est le dialogue social. Il doit être plus développé.

Le patronat veut donner sa chance au gouvernement. Quid des syndicats ?

À la CFDT, nous voulons un syndicalisme qui soit utile aux salariés. Cela implique de la responsabilité. Mais elle doit être partagée par les patrons. Sur le Pacte de responsabilité, ils ont été dans la demande, il faut qu'ils soient dans l'engagement et fassent bouger les négociations de branches sur l'investissement, l'emploi et les classifications. Si Pierre Gattaz vient avec sa liste de courses supplémentaires, cela ne marchera pas.

Êtes-vous prêts à discuter des seuils sociaux et de l'assouplissement du travail dominical ?

Il n'y a pas de négociations sur les seuils mais sur la qualité du dialogue social. Pour nous, le vrai sujet c'est que tous les salariés soient représentés, y compris dans les toutes petites entreprises. Sur le travail de dimanche, cela doit rester une exception. Ce qu'on veut, c'est une réglementation claire avec des contreparties pour tous les salariés.

Le calendrier de l'agenda social sera arrêté mardi. Votre état d'esprit ?

Constructif et mobilisé. Le gros sujet reste l'emploi, en particulier celui des jeunes et des chômeurs de longue durée. La mobilisation doit être forte et générale. Il faut tous se relever les manches. Aujourd'hui, le cap est plus clair, mais cela ne suffit pas. Maintenant, il faut ramer dans le bon sens. Du côté des patrons, pour l'instant, c'est trop faible. Ne perdons pas de vue, aussi, qu'il n'y aura pas de relance en France sans relance en Europe.