[Interview] “Pas question de donner un chèque en blanc au patronat”

Publié le 03/01/2014

Interviewée dans Les Échos du 3 janvier 2014, Véronique Descacq, la secrétaire générale adjointe de la CFDT, revient sur les annonces du président de la République lors de ses vœux, notamment concernant le coût du travail.

Lors de ses vœux, François Hollande a proposé un « pacte de responsabilité » au patronat sans évoquer les syndicats. Vous a-t-il oubliés ?

On ne peut pas faire ce procès au président de la République. Depuis 2012, les conférences sociales annuelles ont alimenté le dialogue entre les partenaires sociaux et abouti à deux accords majeurs, sur l’emploi il y a un an et, tout récemment, sur la formation professionnelle. Construire un pacte social pour sortir la France de la crise, c’est ce que l’on fait depuis un an et demi. Pour réformer, il faut négocier des avantages pour les uns et les autres. Mais il faut rester vigilant et faire respecter le dialogue social.

Derrière le « pacte de responsabilité » il y a l’idée d’échanger une baisse des charges des entreprises contre des créations d’emplois. Y croyez-vous ?

Ça fait trente ans que le Medef dit : « Baissez le coût du travail, on créera de l’emploi. » Mais à la CFDT, nous ne croyons pas au dogme selon lequel il suffirait de réduire les charges des entreprises pour que, comme par miracle, elles augmentent leurs effectifs. Nous l’avons dit à la conférence sociale, nous ne sommes pas opposés à un débat sur le coût du travail, sur lequel le Haut Conseil du financement de la protection sociale a engagé des travaux. Mais là-dessus comme, plus globalement, sur la remise à plat de la fiscalité, la CFDT n’admettra pas que la réforme se résume à transférer des charges des entreprises vers les ménages. Il n’est pas question de donner un chèque en blanc au patronat. Nous voulons des engagements fermes et chiffrés, les paroles ne suffisent pas.

Concrètement, que préconisez-vous ?

L’objectif doit être de sortir du modèle productif à bas coût pour aller vers un modèle qui mise sur la qualité. Il faut donc conditionner les aides afin de s’assurer que les entreprises utilisent les sommes dégagées pour investir dans la modernisation de l’outil de production et dans les hommes, pas pour augmenter les dividendes des actionnaires. Il faut en outre que les partenaires sociaux puissent en vérifier l’usage. Mais de toute façon, il faut être clair : il n’est pas question que le Medef obtienne le transfert de dizaines de milliards d’euros des entreprises vers les ménages. Je vous rappelle que la CFDT est prête à un transfert des cotisations familiales des entreprises sur la CSG, mais à condition que le pouvoir d’achat des salariés soit préservé.

Propos recueillis par Leïla de Comarmond