[Interview] Pacte de responsabilité - “Pas de chèque en blanc au patronat”

Publié le 15/01/2014

Interrogé par Le Nouvel Observateur le 14 janvier 2014, Hervé Garnier, secrétaire national de la CFDT livre sa première analyse suites annonces du président de la République concernant le pacte de responsabilité.

Alors, accélération ou tournant de la politique de François Hollande ?

Le président dit que c'est une accélération, c'est sa définition... On y voit en tout cas le prolongement de la réponse à un certain nombre d'attentes. Il devait donner du sens et fixer des objectifs : il le fait. Il n'y a pas de changement fondamental de sa politique.

Et le pacte de responsabilité, c'est un changement ?

Ce n'est pas une surprise. Beaucoup de choses restent à concrétiser et il faudra connaître les détails pour évaluer la portée du pacte. L'échéance importante, c'est le 21 janvier lors des vœux aux forces économiques : François Hollande devra préciser ce qu'il attend de nous.

Le calendrier vous convient-il ?

- Qu'il y ait un calendrier assez précis nous convient. Cela oblige à se mettre en situation. Après, il faudra concilier l'exigence de résultats et le temps nécessaire pour construire cette politique. La trajectoire pour 2017 nous semble intéressante. Cela donne aussi le temps de construire les contreparties. Le Medef annonce un million d'embauches, il faut maintenant qu'il nous dise ce qu'il est prêt à mettre sur la table pour les créer. Et, au-delà du nombre d'emplois, il est aussi question de la qualité de ces emplois.

Et les pistes sur les contreparties sont elles bonnes ?

Les jeunes, les seniors, la formation, la rémunération… On a une feuille de route qui se tient. Nous sommes prêts à nous investir sur tous ces sujets.

Vous évoquez la hausse des salaires. Le patron du Medef, Pierre Gattaz, avait lui aussi abordé cette question peu avant le président de la République. N'y-a-t-il pas un peu de démagogie là-dedans ?

C'est en tout cas un des éléments pour réussir le pacte mais aussi la relance. On ne pourra pas aborder la question des qualifications et des classifications si derrière ne se pose pas la question des rémunérations. L'un ne peut pas aller sans l'autre.

Vous n'avez pas d'inquiétude sur la question de la compensation des 35 milliards d'euros de cotisations familiales ?

C'est un pari. Tout va dépendre de la capacité des différents acteurs à s'engager. Le président de la République nous a donné une feuille de route, on va voir comment les autres vont réagir. Nous serons très exigeants vis-à-vis du patronat, à la fois dans son attitude et sa capacité à s'asseoir autour de la table des discussions pour travailler aux contreparties. Il n'y aura pas de chèque en blanc.

Mais si la compensation se traduit par une réduction des dépenses publiques, ne craignez-vous pas que cette accentuation de l'austérité freine la relance ?

C'est bien sûr le risque. Mais François Hollande parie justement sur la relance de l'économie. Pour lui, cet investissement doit permettre de financer son projet.

Propos recueillis Louis Morice