[Interview] “Le pilotage à vue ne suffit pas”

Publié le 01/04/2014

Dans une interview accordé aux quotidiens régionaux du groupe Ebra le 1er avril 2014, Laurent Berger, fait le point sur la situation économique et sociale au lendemain du second tour des municipales et dans l'attente de la formaiton du nouveau gouvernement.

À votre avis, qu’ont voulu dire les Français ?

Ils ont une attente de projet, de cap, de vision. Une vision qui permettrait de résoudre leurs problèmes quotidiens (l’emploi, la pauvreté, les inégalités…) et de savoir quel destin collectif on veut pour le pays. Le pouvoir peine à répondre à cette attente, d’où un vote de défiance très lourd.

La faute à François Hollande ?

Je le dis depuis longtemps : notre pays a besoin d’un cap clair. Le pilotage à vue ne suffit pas. Le président avait commencé d’en proposer un en ce début d’année, mais depuis, ça n’avance pas assez vite…

C’est le Pacte de responsabilité. Il faut le garder ou s’en défaire ?

Le problème, c’est que le pacte de responsabilité, au lieu d’être un projet du pays, est devenu un épouvantail, alors que le seul enjeu, c’est l’emploi. Potentiellement, ce pacte peut nous aider à sortir du chômage de masse et d’un modèle économique fondé sur la production à bas coûts qui nous conduit à l’échec. Pour cela, il doit comporter de vrais engagements sur l’emploi, la qualification des salariés, l’apprentissage et l’investissement. Il faut aussi un processus par étapes, afin de vérifier chaque année si les entreprises jouent le jeu de l’investissement, de l’emploi et de la transition énergétique. Pacte ou pas, la vraie question pour moi, c’est d’améliorer la compétitivité, l’emploi et la vie des salariés.

Vous plaidez pour réduire moins vite les dépenses. Au risque de laisser filer les déficits ?

La CFDT dit depuis très longtemps qu’il faut maîtriser l’endettement de la France. Mais cela nécessite un vrai débat sur la dépense publique ! Et pour nous, il est hors de question de revenir sur le plan pauvreté, de maintenir le gel du salaire des fonctionnaires, ou de revenir sur les 60 000 embauches dans l’Éducation nationale. Ce serait une faute. La dépense publique, ce sont d’abord des services essentiels rendus aux citoyens : santé, éducation, sécurité… Et nous en avons besoin !

Manuel Valls Premier ministre, qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas une question de personne. Comme les salariés ne choisissent pas leur patron, moi je ne choisis pas les ministres.

Vous avez appelé à « faire barrage au Front national ». Vous n’avez guère été entendu…

Pour moi, le Front national est toujours trop haut : ce parti (je ne parle pas de ses électeurs) est une tache sur la démocratie. Nous avons le choix entre une société autoritaire, qui sera dans le « y qu’à, faut qu’on » et la recherche du bouc émissaire, et une société plus apaisée, du dialogue et de l’écoute. C’est plus compliqué, mais ce sera toujours mon choix.

Propos receuillis par Francis Brochet