[Interview] “Le dialogue social fonctionne”

Publié le 17/01/2016 (mis à jour le 18/01/2016)

La veille de la présentation du plan emploi par le président de la République Laurent Berger a fait le point sur les attentes de la CFDT lors d'une interview pour les journaux régionaux de l'Est de la France.

Myriam El Khomri vient à nouveau de promettre l’inversion de la courbe du chômage. Vous y croyez ?

Je déteste ce terme de « courbe » : il s’agit de personnes. Je n’ai pas à y croire ou pas, mais à rester mobilisé pour que le nombre de chômeurs diminue.

Le plan que François Hollande doit présenter lundi (formation apprentissage, prime à l’embauche dans les PME) est-il à la mesure du défi ?

La formation est essentielle contre le chômage, mais elle ne peut suffire. Quant à la prime pour les PME, nous y sommes opposés, sauf s’il s’agit de réorienter une partie des aides prévues par le pacte de responsabilité, avec une conditionnalité très forte sur les embauches.

Le gouvernement a déjà promis de revoir le pacte, sans le faire…

Le patronat n’a pas totalement tenu son engagement sur le pacte en termes d’emplois et de formation. La responsabilité de l’État est donc de trouver le moyen de le lui faire tenir, en réorientant l’argent vers ceux qui ont joué le jeu, et en ne versant pas les aides aux autres.

Et si rien ne se passe ?

Ce sera la preuve que, sur ces questions, une partie du patronat français est bloqué. Il continue de demander des allégements de charges, des aides financières, des flexibilités de licenciement… Mais la baisse du chômage ne peut pas se régler en diminuant les droits des salariés ni sans investissement massif.

La loi Khomri permettra de négocier l’organisation du travail au niveau des entreprises. La porte ouverte à toutes flexibilités ?

Négocier l’organisation du travail au plus près des salariés reste le meilleur moyen de répondre aux besoins à la fois de la production et des salariés. Après, il faudra voir ce que la loi propose. Moi, je crois au dialogue social, et je constate que ça marche dans de nombreuses entreprises, comme chez Michelin à Roanne ou STX…

Et comme sur le travail du dimanche ?

La CFDT vient de signer un accord dans la joaillerie-bijouterie, qui prévoit des embauches, une compensation à 150 %, des gardes d’enfant… J’espère aussi que nous parviendrons à un accord à la FNAC. C’est la démonstration qu’il peut exister un dialogue social au niveau des entreprises comme des branches, qui améliore le quotidien des salariés.

La loi portera aussi le compte personnel d’activité. Vous espérez un accord national patronat-syndicat sur ce sujet ?

Tout ne sera pas réglé par un accord ou une loi, mais il faut construire le socle de ce qui est une rénovation de notre système social. Les premiers pas peuvent être un compte épargne temps généralisé, ou encore des moyens supplémentaires pour la formation des jeunes sortis du système scolaire sans qualification. Ma crainte, c’est que les échéances politiques ou patronales ne mettent le projet par terre.

Nous parlons de loi Khomri et plus de loi Macron. On dit que c’est à cause de vous, qui n’aimez pas le ministre de l’Économie…

C’est faux ! Je n’ai pas à aimer ou pas un ministre ! Le casting de qui porte une loi relève d’un choix politique. À ceux qui le font de l’assumer

Comment abordez – vous la négociation sur l’assurance chômage ?

Je suis inquiet, quand j’entends les discours dominants. L’un dit qu’il faut inciter les chômeurs à travailler, comme s’ils étaient des fainéants – mais avec cinq millions de chômeurs, il faut arrêter ces bêtises. L’autre réclame des économies. Nous refusons d’entrer dans ces logiques punitive ou financière. L’essentiel est que les chômeurs soient couverts dans une période où, à côté de beaucoup de flexibilité, il faut aussi de la sécurité, pour les chômeurs comme pour les salariés.

La CGT lance une pétition de soutien aux syndicalistes de Goodyear, condamnés de la prison ferme. La signerez-vous ?

Chacun sait que la CFDT ne partage pas la conception du syndicalisme mise en œuvre chez Goodyear, qui a emmené les salariés dans le mur. Je n’approuve donc pas le texte de la pétition, qui défend cette conception. Mais la peine prononcée est complètement anormale et déraisonnable. Ces personnes ne doivent pas aller en prison.

Propos recueillis par Francis Brochet