[Interview] “Il faut des projets concrets”

Publié le 01/02/2016

Interrogé par Le Télégramme dans le cadre d'un déplacement en Bretagne, Laurent Berger est revenu sur les difficultés que traverse actuellement la région.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur le territoire et sur son bassin d'emploi ?

C'est un territoire qui souffre beaucoup. L'emploi s'est dégradé. Je pense qu'il y a eu des difficultés d'anticipation. Cela ne veut pas dire que rien n'est possible. Si on anticipe, il est possible de faire des choses. Ici comme ailleurs, il ne faut pas penser que nous vivons une situation inéluctable, que l'emploi serait amené à disparaître et qu'on ne pourrait rien. Il faut lutter contre cette idée et pour ça, il faut des projets concrets.

Justement, quelles solutions concrètes peuvent être mises en place ?

Il faut définir les filières d'avenir et là où l'emploi peut être créé. Je crois qu'il faut aller vers des logiques de montée en qualité des filières plutôt que vers des logiques d'aides en permanence. Des aides oui, mais uniquement si derrière il y a des investissements et si cela crée de l'emploi durable. Il n'y a pas de solution miracle. La solution,
c'est l'investissement. Sur le territoire, il y a de vraies forces vives pour réagir et des militants qui font leur boulot. Même s'il faut avoir un regard lucide sur les difficultés, je ne veux pas nourrir le sentiment du déclin. Il faut aussi observer ce qui peut émerger de positif et cela viendra de ceux qui s'investissent.

En parlant de ceux qui s'investissent... À l'hôpital de Morlaix, les tensions sont fortes. Quel regard portez-vous sur ce conflit ?

C'est un des secteurs où il y a la plus grande unicité de mal-être. Plus qu'un problème de temps de travail, comme on essaye de nous le dire, c'est un véritable souci d'organisation du travail et du dialogue social. Quand il y a des situations comme ici, avec une direction qui essaye de passer au-delà des syndicats, elle va au casse-pipe et s'expose à des mouvements et à des mobilisations plus importantes. Je suis en total soutien à l'équipe.

Autre cas assez particulier, celui de la Brittany Ferries, où plusieurs marins sont en opposition avec les syndicats. Comment sortir d'une telle impasse ?

C 'est un peu d'instrumentalisation. La direction de la Brittany Ferries, qui, au passage, n'est pas en difficulté financière, met les salariés sous pression, les monte contre les syndicats et rompt le dialogue social. Il faut remettre les choses dans le bon ordre : une information de la direction aux organisations syndicales sur les stratégies, un dialogue social pour regarder comment faire évoluer les choses et des accords à signer quand ils peuvent s'appliquer. Aujourd'hui, les syndicats sont pris entre le marteau et l'enclume. Il va falloir faire beaucoup de pédagogie pour expliquer le jeu de la direction, avec un gros travail de proximité pour faire comprendre que ce n'est pas aux seuls salariés de supporter les restructurations.

Et la crise agricole dans tout ça ?

À ce sujet, j'ai plusieurs messages. D'abord, il y a le problème du coût du travail. Il faut parler de compétitivité et ce n'est pas seulement une question d'aides. Ensuite, on évoque, depuis longtemps, une réorganisation des filières, mais rien n'a bougé. Évidemment, il y a aussi la guerre des prix. La répartition des marges se fait au détriment des producteurs. Or, industriels, producteurs et grande distribution sont interdépendants, chacun doit prendre ses responsabilités. Il est incroyable, dans notre pays, qu'on soit incapable d'influer sur la grande distribution qui met les agriculteurs sous pression. Enfin, une remise en question du modèle agricole est nécessaire, mais pas avec plus d'aides et moins de charges, on l'a vu, ça ne marche pas.